LUIGI LOIR
commerciale considérable lorsque M. Luigi Loir sera enfin en possession de la haute réputation que son talent lui donne le droit d’ambitionner, mais qu il n atteindra jamais s’il s’obstine à écraser éternellement les mêmes tubes sur sa palette.
Dans sa Fumée du chemin de fer il nous représente un coin de Paris, voisin des fortifications, à 1 instant où il est envahi par la fumée d’une locomotive qui passe sous un pont voisin.
Il va sans dire que le sol est humide, le ciel triste et pluvieux, les arbres dépouillés, et que les gens qui se promènent dans ce paysage spleenétique ont prudemment relevé les cols de leurs pardessus. Chose étrange, je n’y remarque aucun parapluie. On ne saurait s’imaginer de combien de parapluies M. Luigi Loir s’est déjà rendu coupable. La reproduction de ce « symbole de la vie tranquille et honnête » lui semble si agréable (car nul mieux que lui ne sait en fixer l’image), que je me demande si ce n’est pas pour avoir le plaisir d’en orner ses toiles qu’il fait ses ciels si menaçants ou si pluvieux.
A travers la Fumée du chemin de fer on aperçoit de ci, de là, des groupes de gens pressés, puis des cochers de F Urbaine qui ne le sont nullement et dont les chapeaux blancs cherchent vainement à jeter une petite note gaie dans cette symphonie en gris-majeur. Un marchand de marrons dont on aperçoit les fourneaux à côté d’un bec de gaz d’une exécution magistrale vante sa marchandise à deux petites jambes de fillette dont le reste du corps est perdu dans un nuage opaque. Tout à côté quelques chevaux attendent tête basse, d’un air triste et résigné, l’arrivée des omnibus auxquels on doit les atteler.
M. Luigi Loir s’est comme toujours montré maître dans sa façon franche et vigoureuse de peindre ces animaux dont personne mieux que lui ne sait rendre les attitudes et les formes.
Résumons notre impression sur cette toile à laquelle M. Luigi Loir doit 1 inestimable bonheur d’être classé parmi les artistes hors-concours.
Jamais il n’a exprimé avec plus de vérité la physionomie de la vue
de Paris qu’il s’était proposé de reproduire. Nous voudrions seulement le voir affirmer davantage son exécution, sans pour cela prendre M. Meissonnier pour modèle. L’effet si juste qui se dégage de ses compositions ne souffrirait certes pas d’une recherche plus prolongée du dessin. M. Luigi Loir est assez maître de son pinceau pour ne faire aucune concession excessive aux doctrines de 1 impressionisme si chères aux partisans forcés de l’à-peu-près. Mais surtout qu il varie un peu plus souvent l’aspect de ses ciels, à moins toutefois qu il ne soit troublé par l’étrange ambition de s’entendre appeler un jour le de Nittis de la pluie et du brouillard.
DEUXIÈME MEDAILLE
MÉDARD (Eugène)
Né à Paris
Élève de L. COGNIET et de M. GÉROME
MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE EN 187 g
La toile exposée cette année par M. Eugène Médard, sous ce titre Bu^enval ( 1870), est, bien qu’inachevée en certains endroits, une des meilleures peintures militaires du Salon.
L’impression qui se dégage de cette composition, peinte dans une note sombre, est bien faite pour donner l’idée de la guerre.
M. Médard a décrit la déroute dans toute son horreur. Au premier plan, dans un désordre effroyable, les fuyards, la plupart blessés, s’entassent et s’écrasent sur la neige rougie pour échapper aux obus ennemis qui sèment la mort autour d’eux.
La panique agrandit leurs yeux épouvantés,
convulse leurs traits, et l’on croit entendre s’échapper de ce troupeau affolé des cris de douleur et d’effroi.
Au loin, à travers la fumée du combat et l’ombre de la nuit qui s’avance, on aperçoit la longue ligne noire d’un régiment qui, pour couvrir la retraite, résiste encore, et recule pas à pas en échangeant des balles avec l’ennemi, invisible y derrière les villages en feu qui ferment
'■ ! l’horizon.
Un ciel sombre et pluvieux sous lequel se profilent de longs peupliers minces comme des fantômes et mutilés par la mitraille jette son voile de deuil sur ce drame épouvantable dont M. Médard dut être, je le pense, un des acteurs, car l’imagination seule ne peut suffire à l’exécution d’un tableau d’un effet aussi saisissant.
Au moment même où nous écrivons ces lignes, on nous apprend que M. Eugène Médard prit part à la guerre de 1870 et que depuis cette époque terrible le malheureux artiste souffre d’une cruelle maladie contractée dans l’humidité des campements et qui paralyse une grande partie de ses forces et de ses facultés créatrices. Nous nous expliquons dès lors pourquoi certaines parties de sa toile sont à peine ébauchées et pourquoi aussi une émotion si poignante est répandue dans toute cette vivante composition inspirée par de douloureux souvenirs.
M. Médard a encore exposé une deuxième toile, de toute petite dimension, représentant un combat dans un village. Toutes les qualités de l’artiste sont résumées dans cette minuscule composition, pleine de mouvement et d’une couleur juste et brillante.
Nous avons constaté avec peine en feuilletant le catalogue du Salon que ces deux toiles n’appartenaient plus à l’artiste. Sans doute l’État se