EUGÈNE MÉDARD
fût rendu acquéreur de l’une d’elles et lui eût attribué une place d’honneur dans un de ses musées.
Avec ses deux remarquables envois de cette année, M. Médard prend une haute situation parmi les peintres militaires de l’époque dont beaucoup, très habiles d’ailleurs dans l’art de composer un sujet, mais trop enclins à lui donner la maigre physionomie d’une illustration coloriée, manquent de cette vigueur de facture qui fait de l’auteur de Bu{enval un peintre de bonne race.
DEUXIÈME MÉDAILLE
BINET (Victor-Barthélemy)
Né à Rouen
Saluons dans M. Victor Binet l’un des jeunes maîtres de l’école paysagiste contemporaine. Voilà déjà plusieurs années que nous suivons ses progrès si sensibles et que nous remarquons ses envois à l’exposition des Champs-Elysées, tout en cherchant à pénétrer le mystérieux motif qui a déterminé le jury à retarder aussi longtemps la consécration officielle de son beau talent en refusant jusqu’à ce jour de le classer dans la glorieuse phalange des Hors-concours, où sa place était déjà marquée après sa très remarquable exposition de 1884.
L’an dernier, l’étonnement fut considérable dans le monde des peintres lorsqu’on apprit que sa Matinée de septembre, une des plus belles toiles du Salon, n’avait obtenu aucune récompense.
Loin de se décourager, M. Binet, à qui l’Etat, très bien inspiré, venait d’acheter sa toile pour la placer dans un de ses plus importants musées, et que soutenaient d’ailleurs sa passion sincère pour son art, les chaleureuses félicitations de ses camarades et de la critique toute entière, regagna, ses instruments de travail sur le dos, son bon petit pays de Quillebeuf auquel il va certainement faire une grande célébrité, très méritée d’ailleurs, si, chose dont il n’est guère permis de douter, ses tableaux sont de fidèles reproductions de la nature.
C’est encore à Saint-Aubin-sur-Quillebeuf que M. Victor Binet a peint les deux toiles qu’il expose cette année et dont le succès a été complet cette fois, car le jury s’est enfin décidé à décerner sans hésitation une deuxième médaille au jeune paysagiste.
La plus importante de ses œuvres est la Plaine dont la composition rappelle vaguement celle de la Matinée de septembre du Salon passé. M. Victor Binet aime les cieux profonds et les larges horizons baignés d air et de lumière. Nul mieux que lui ne sait exprimer dans toute sa réalité l’image des champs, et l’impression de nature qui se dégage de ses toiles est si pénétrante qu’on croit respirer devant elles l’air frais et embaumé de la campagne.
De tous les tableaux que nous avons vus jusqu’ici, signés du nom de M. Victor Binet, la Plaine est à notre avis le plus important et le mieux réussi. Malgré les dimensions considérables du cadre on ne peut reprocher au peintre d avoir enfermé le détail dans de trop grandes proportions et noyé un sujet trop restreint dans le vide d’une toile aux dimensions exagérées.
C’est bien la plaine immense que nous avons devant nous, avec ses attirantes profondeurs. Les larges plans successifs par lesquels on arrive à l’horizon fermé par les petits coteaux normands couverts de taillis, sont exécutés avec une précision désespérante, et avec une science très remarquable des rapports des valeurs.
La partie gauche de la toile est assombrie par un bois de hauts