JEAN-BAPTISTE OLIVE
d’attribuer la deuxième médaille à l’épave de la Navarre, plutôt qu’au coup de mistral.
Cette dernière œuvre est tout à fait hors ligne. Il est impossible de rendre avec plus de force et de fidélité l’aspect bouleversé de la mer, l’azur froid du ciel, la transparence de l’air, la couleur crayeuse de la campagne, un jour de mistral. Ah! que M. Olive connaît bien son pays de Provence et comme il sait répandre sur ses toiles, le rayonnement de son soleil, la limpidité bleue de son atmosphère, la blancheur de ses terrains, l’outremer de ses flots, sans avoir recours pour cela à ces procédés charlatanesques, employés par quelques peintres bruyants dont l’art factice et encombrant devient une pénible obsession, et qui recherchent avec fracas une popularité éphémère et de mauvais aloi dans l’exhibition presque quotidienne, de toiles sans nom qui semblent avoir été couvertes de peinture par des sauvages ignorants mais bien doués.
DEUXIÈME MÉDAILLE
GIRARD (Albert)
Né à Paris
Élève de son Père
Voilà bien longtemps déjà, depuis 1861, si je ne me trompe, l’année même où M. Jules Lefebvre obtenait le premier prix de Rome, que la villa Médicis a ouvert pour la dernière fois ses portes aux paysagistes.
Les grands néo-réalistes anglais. Constable, Bonington et quelques autres, réagirent avec une telle puissance contre les doctrines classiques dont Michallon fut le grand prêtre et Valenciennes, Bidault,
Bertin, Wattelet . les représentants les plus auto-
risés, en exécutant, d’après la nature, de merveilleuses toiles aux couleurs vivantes, que bientôt toute une ardente pléiade de jeunes artistes vibrants et sincères, les Rousseau, les Fiers, les Cabat, les Decamp, les Huet, les Dupré . enthousiasmés par les
chefs-d’œuvre révélateurs des maîtres d outre-Manche, fermèrent les oreilles aux théories fausses de l’enseignement classique du paysage et se mirent tout simplement à peindre des ciels, des maisons, des arbres semblables à ceux qu’on rencontre dans les champs.
A partir de ce moment, et malgré les persistants efforts des Aligny, des Flandrin, des Bellel, des Alexandre Desgoffe, le paysage historique était mort. La réalité avait tué la fiction. Le public s habitua enfin à ne plus aimer dans l’art du paysage que ce qui était vrai, la forêt de Fontainebleau devint la villa Médicis de tous ces fervents amoureux de la nature et dès lors l’Etat ne jugea plus à propos d’entretenir à ses frais dans la ville éternelle, pendant quatre années, des jeunes artistes qui découvraient dans les environs de Barbison, de Chailly et de Marlotte des motifs de tableaux aussi inspirateurs que l’éternel tombeau de Cœcilia Metella et que les ruines de l’aqueduc Julia animées seulement par la présence de quelques bœufs aux longues cornes et d’un berger au chapeau pointu.
M. Albert Girard, auquel le jury d’examen vient d’accorder une médaille de deuxième classe, est le dernier paysagiste qui abrita ses rêves de gloire dans l’atelier romain d’Achille-Etna Michallon.
Lorsqu’on passe en revue l’œuvre importante de cet artiste de talent on est très surpris du peu d’influence qu’exercèrent sur son esprit les leçons de l’école et la contemplation obligatoire des sujets de paysages historiques. M. Albert Girard fut et est demeuré, malgré son séjour à la villa Médicis, où les préceptes d’ Aligny étaient encore très en honneur en 1861, un artiste très original, sincèrement épris de la vraie nature et si l’on devinait une influence dans son œuvre, ce serait plûtôt celle de Rousseau et de Corot que celle des faux imitateurs du Poussin et du Lorrain.
La toile qu’il expose cette année sous ce titre : La première heure; bord de la Seine est une œuvre d’une exquise délicatesse d’exécution. M. Girard a su rendre avec beaucoup d’habileté et d’émotion toute la fraîche