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CASIMIR DESTREM

Hugo. Ils manquent de cette couleur épique dont il a revêtu les pasteurs du pays de Bethléem, et, chose plus grave, les ténèbres de la nuit ne dissimulent que trop imparfaitement des négligences de modelé et quelques maigreurs de dessin.

DEUXIÈME MÉDAILLE

GEOFFROY (Jean)

Né à Marennes (Charente-Inférieure)

Elève de MM. LEVASSEUR et Eugène ADAM

M.-H. — MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE EN i883

Il ne viendra à l’esprit de personne de prétendre que le jury fut mal inspiré lorsqu’il décerna à M. Geoffroy une deuxième médaille pour l’importante composition qu’il a exposée au Salon de 1886 sous ce titre sinistre : les Affamés. Cette œuvre est pleine de qualités maîtresses et fait le plus grand honneur à l’artiste qui l’a signée. Mais ce qu’on est en droit de reprocher à M. Geoffroy, qui semble voué fatalement à la peinture de la misère, c’est une accentuation excessive de quelques détails répugnants que l’on ne peut contempler sans éprouver un profond dégoût qui détruit en grande partie l’impression de pitié

que 1 artiste a cherché à provoquer par l’interprétation sincère de son sujet navrant.

J ai encore en ce moment devant les yeux certains pieds nus, entrevus à travers les blessures béantes de vieilles savates, et instinctivement je respire avec félicité le bouquet de roses qui se trouve si fort à propos sur ma table de travail.

M. Pelez lui-même est dépassé, son petit mendiant dont la figure exangue percée de deux grand yeux vides où se lisent toutes les angoisses de la faim, et près duquel le pouilleux de Murillo est un heureux de la terre, semble d’une propreté relative, à côté des affamés de M. Geofftoy. Je cioirais volontiers qu en s approchant de très prés de ces pauvres diables on découvrirait dans les excoriations de leurs peaux sales et dans les ruines de leurs hardes des générations de parasites fidèlement reproduits par 1 artiste. Mais l’odorante impression naturaliste qui se dégage de la toile de M. Geoffroy est si forte qu’on la regarde toujours à distance. Comme Parrahsius et Zeuxis, ces vénérables ultrapnmitifs, dont tout le monde connaît le légendaire duel au pinceau, M. Geoffroy sait aussi reproduire la nature avec assez d’exactitude pour réussir a faire prendre aux plus clairvoyants de ses comtemporains l’image des choses pour la réalité. Oh! ces chaussures des affamés :

« où la putridité des pieds nus se calfeutre » ;

Mais n’insistons pas davantage sur ces détails inutiles et très désagiéables dune œuvre qui se recommande, malgré son aspect peu réjouissant, par des qualités de premier ordre.

La scène décrite par M. Geoffroy se passe près d’un baquet qu’une main providentielle a déposé dans la rue et autour duquel des mendiants sordidement vêtus se rassemblent et s’agenouillent. De leurs mains crispées ils en retirent des aliments problématiques qu’ils se fourrent gloutonnement dans la bouche. C’est à qui dévorera le plus vite, car la foule des faméliques augmente toujours et la pitance si généreusement servie est insuffisante pour de si nombreux convives. Comme toujours

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