‹ Les médaillés du SalonChapitre 18 sur 33 · JEAN GEOFFROY · texte numérisé non relu

JEAN GEOFFROY

les plus forts se taillent des parts léonines. La composition s’enlève avec un relief étonnant sur un fond gris-pâle, représentant une muraille ornée seulement de quelques affiches aux couleurs éteintes. Une lumière matinale, triste et froide, éclaire cette scène et la dramatise encore davantage.

La toile de M. Geoffroy, malgré certains détails malheureux dont nous n avons d ailleurs pas critiqué l’exécution, a une véritable grandeur d aspect, qui résulte de la facture franche et robuste de cet artiste doué d une pénétrante observation, et qui sait s’emparer avec force de la vérité.

DEUXIÈME MÉDAILLE

VALADON (Jules-Emmanuel)

Nè à Paris

Elève de DROLLING, de L. COGNIET et de H. LEMANN

L’énergique exécution des toiles exposées cette année par M. Valadon prouve assez que cet infatigable et vaillant artiste, n’est pas encore à la veille de déposer son pinceau, et nous nous en réjouissons fort, car nul peintre n’est plus sincèrement épris de son art que lui et c’est toujours dans des sensations bien personnelles qu’il trouve ses heureuses inspirations.

M. Valadon a traité plusieurs genres avec un égal bonheur. Nous connaissons de lui des natures

mortes « ses humbles » qui sont de véritables chefs-d’œuvre, et de petits tableaux d’intérieur devant lesquels on se surprend à songer à la facture si sincère et à la fois si puissante et si délicate des vieux maîtres flamands. Mais c’est surtout au portrait que M. Valadon doit sa très sérieuse réputation de peintre de talent.

J’ai encore devant les yeux ces deux figures d’une vigueur d’exécution si particulière et d’une inoubliable intensité d’expression, qu’il exposa au Salon de 1880 et qui lui valurent une médaille de troisième classe.

C’est aussi à un portrait que M. Valadon doit l’honneur d’être classé parmi les hors-concours. Cette toile, qui porte pour titre un Vieux, est de modestes dimensions, mais toutes les qualités du peintre y sont concentrées dans une exécution tout-à-fait remarquable.

M. Valadon a exposé, à côté de cette œuvre, un autre tableau d’un charme pénétrant qu’il a intitulé A T église. La composition est des plus simples : Une jeune fille de taille élégante prie à genoux sur une chaise. Ses coudes sont appuyés sur le dossier du siège et l’attitude de ses mains, pieusement jointes dans un accès de ferveur, indique assez où vont ses pensées. Sa tête, qui se détache lumineuse dans la clarté blanche qui tombe en rayons par les hautes fenêtres ogivales, est légèrement relevée, son regard fixe l'autel d’où montent les chants sacrés auxquels se mêlent ses prières. Près d’elle, dans la pénombre de l’église, sont agenouillés des vieux paysans dont les traits fortement accusés et d’un dessin violent font encore ressortir davantage la grâce exquise de la pieuse jeune fille.

M. Valadon a très habilement noyé la plus grande partie de cette composition, toute vibrante d’une émotion contenue, dans un demijour mystérieux où l’on croit voir flotter les odorantes fumées de l’encens.

Cette toile pouvait tout aussi bien être médaillée que celle mentionnée plus haut. L’une et l’autre s’imposaient également à la bienveillante attention du jury. Elles ne sont cependant pas plus remar-

JULES-EMMAUEL VALADON

quables que celles que M. Valadon expose depuis si longtemps, chaque année. Aussi nous permettons-nous de supposer que c’est surtout à l’ensemble de l’œuvre de cet artiste, œuvre compacte et durable, née d’efforts incessants soutenus par un amour sincère de l’art, que le jury vient d’accorder cette distinction honorifique, bien méritée, en vérité.

DEUXIÈME MÉDAILLE

BAUDOIN (Paul-Albert)

Né à Rouen

Elève de Gleyre et de MM. Delaunay et Puvis de Chavannes

M. Paul Baudoin eut pour maîtres MM. Gleyre, Delaunay et Puvis de Chavannes. La grande toile qu’il expose cette année prouve qu’il a sérieusement profité des leçons de ces illustres artistes, car il possède à fond l’art de préciser les formes et il a su donner à sa composition un grand aspect décoratif trouvé dans les recherches d’un coloris harmonieux et calme.

Son vaste panneau rentre dans la caté-, gorie des commandes municipales, qui ont en général si pauvrement inspiré les auréats des concours pour les décorations des mairies de la Seine.

Le sujet traité par M. Baudoin n’est pas une poétique évocation du

passé, comme le superbe triptyque de son maître Puvis de Chavannes. Il a choisi pour thème pictural le Travail et la Famille, et tous ses personnages appartiennent à la vie moderne.

Les deux groupes constitutifs du sujet sont séparés par une porte qu’encadre le panneau.

L’artiste a représenté la famille dans la partie de droite de la toile.

La conception de ce fragment de l’œuvre est très heureuse.

Devant la façade d’une maison de modeste apparence à laquelle un jardinet rempli de fleurs éclatantes donne un riant aspect, sont groupés, dans un très habile ordonnancement, des femmes du peuple et des enfants, qui causent, rêvent et jouent en attendant le retour des travailleurs.

On devine, dans l’expression de béatitude tranquille répandue sur le visage de ces pauvres gens, dont les attitudes pleines de vérité ont été fort bien rendues, comme une apothéose du bonheur familial qui forme un saisissant contraste avec le drame terrible auquel nous a fait assister M. Marée dans le Lendemain de paye.

La partie gauche du panneau est remplie par la foule des travailleurs. Ce sont de robustes tailleurs de pierre armés de deltoïdes et de biceps triomphants, ce qui rend absolument injustifiable la nonchalance de leurs mouvements et l’inutilité de leurs efforts trop modérés, pour retourner un moellon.

Si je ne me trompe, les ouvriers de M. Baudoin ont été quelque peu

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