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PREMIÈRE MÉDAILLE

PEYNOT (Emile)

Né à Villeneuve-suk-Yonne

Elève de JOUFFROY et de M. HIOLLE

MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE iS83, DEUXIÈME CLASSE 1884.

Nous retrouvons cette année le Pro Patriâ de M. Peynot dont le plâtre obtint déjà un si grand succès au Salon de 1882. L’élégante figure du jeune sculpteur n’a rien perdu de ses qualités d’exécution, dans sa traduction définitive, malgré la mauvaise qualité du marbre.

Le corps du jeune patriote étendu à terre dans une pose pleine d’expression naturelle et de vérité sculpturale est d’une exécution fine et savante. Il était difficile d’exprimer plus fidèlement et avec plus d’habileté la souplesse molle du cadavre encore tiède et l’élégante gracilité des formes de l’adolescence.

C’est à cette très remarquable statue, un des meilleurs envois de Rome depuis longtemps et qui sera bientôt au Luxembourg, nous l’espérons bien, que le jury des récompenses a accordé une première médaille. Cette haute distinction honorifique ne fut jamais mieux méritée.

Le Pro Patriâ n’est pas le seul envoi de M. Peynot au Salon.

Nous y trouvons encore, signée du nom de ce jeune artiste, une vaste composition en marbre, d’allure .michelangelesque et qu il a intitulée « la Proie ».

Deux hommes, deux géants aux torses de titans et aux musculatures énormes, se disputent avec fureur un aiglon que l’un d’eux a enlevé de son nid. Dans l’ardeur de la lutte ils roulent sur la déclivité de la montagne vers le gouffre qu’on devine béant au-dessous d eux.

Rien n’est plus déplaisant en sculpture, a-t-on dit, que la représentation molle d’une action violente; cette réflexion très judicieuse ne pourrait certainement pas s’appliquer à la Proie de M. Peynot.

Le contraste entre les deux envois est frappant et bien fait pour caractériser le talent si complexe et si souple du brillant artiste qui sait exprimer avec une égale virtuosité le calme dans la mort, la jeunesse dans les formes et les mouvements de la vie dans ce qu’elle a de plus matériellement puissant et de plus passionné.

De ces deux oeuvres vraiment supérieures la première est la plus inspirée et la plus émouvante. La figure du jeune patriote étendu sans vie, son épée brisée à la main, est inoubliable. On y trouve les traits divinisés de l’éphèbe antique, auxquels une expression de douleur mortelle, indiquée avec un art infini, donne un charme d’une inexprimable mélancolie.

Il vient de rendre le dernier soupir. Sur sa bouche encore entrouverte flotte un vague sourire empreint de tristesse, et ses paupières sont closes pour toujours sur ses grands yeux morts. Le visage est calme et pur. De quelque côté que l’on tourne, le corps, délicieusement modelé et d’une tendresse presque féminine, se présente au regard dans une attitude pleine de naturel et de grâce.

Nous ne connaissons de M. Peynot que les deux œuvres que nous venons de mentionner, mais cela nous suffit pour prédire à ce jeune

ÉMILE PEYNOT

artiste une carrière pleine de succès, car il pense et il exécute avec un égal bonheur et son talent ne sera jamais l’esclave d’une formule d’école.

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