DEUXIÈME MÉDAILLE ET PRIX DU SALON
MAREC (Victor)
Né à Paris
Élève de J.-P. LAURENS
MÉDAILLE DE TROISIÈME CLASSE EN i8 85
Si l’éclectisme est en fait de rêveries philosophiques le commencement de la fin, ainsi que l’a dit très judicieusement un penseur austère, on est obligé de convenir qu’en matière de critique d’art nulle méthode n’est d’une plus sage application, surtout dans ce moment de crise où tant de .systèmes opposés, tant d’écoles différentes surgissent chaque jour pour mourir le lendemain, et où l’art se disperse dans tous les sens à la recherche d’un progrès encore très mal défini. Aussi croyons-nous agir sagement en trouvant tout simplement bien ce qui nous paraît bien, sans nous préoccuper de l’origine de l’œuvre qui nous plaît, en applaudissant les artistes qui expriment avec talent les
formes de leurs rêves, comme ceux qui savent nous faire lire leur pensée intime dans une habile interprétation des réalités de la nature, et en nous découvrant très respectueusement devant les efforts sincères des derniers partisans d’un art aujourd’hui vieilli, mais qui en somme inspira autrefois de ferventes admirations à des gens qui nous valaient bien.
Mais il est une école dont les traditions funèbres se perpétuent avec une étonnante vitalité à travers les siècles et dont les partisans ne m’avaient jamais semblé plus nombreux qu’au Salon de 1886. C’est l’école du noir, l’école exécrable qui a fait de Bologne une sorte de Gomorrhe de l’art au souvenir maudit, et dont les toiles innombrables (car tous ces malfaiteurs de l’art, les Carrache, les Caravage, les Guerchin, etc., étaient des producteurs endiablés) donnent à nos musées l’aspect d’églises tendues de deuil. Cette école, je la déteste comme je la redoute, et de parti-pris je m’insurge, malgré mon large éclectisme, contre ces velléités de réhabilitation des peintres bolonnais tentées depuis plusieurs années par quelques factureurs farouches dont M. Victor Marée est sans contredit le plus remarquable.
Hélas ! Comment faire pour arracher ces infortunés à la désastreuse influence qu’ils subissent et les débarrasser de l’obsession des ténèbres ? Quelles mesures énergiques prendre pour rendre toute récidive impossible? Ne pourrait-on pas les sauver et nous sauver du même coup, en leur octroyant, par mesure d’hygiène artistique, des bourses de voyage dont ils ne pourraient jouir que dans les pays les plus lumineux : en Algérie, en Tunisie, en Egypte, par exemple. Au spectacle quotidien des marabouts blancs, accrochés comme des œufs gigantesques au flanc des collines rougeâtres, et se détachant vivement sur un ciel d’un bleu profond traversé par les vols des flamands roses, le voile de suie qui couvre leurs yeux finirait peut-être par tomber.
Mais non, le remède n’est pas encore là. C’est le jury d’admission qui le possède, et les Bolonnais de Paris ne cesseront d’enténébrer le Salon que le jour où on leur interdira formellement de chercher à char-