‹ Les médailles historiques du règne de Napoléon le GrandChapitre 34 sur 197 · LE RAPPEL DES PROSCRITS · texte numérisé non relu

LE RAPPEL DES PROSCRITS

25 Pluviôse an VIII [14 février 1800).

La Révolution avail peuplé I Europe, et même des terres plus lointaines, R une multitude de Français fugitifs, d’exilés, de proscrits, que les factions qui se succédaient dans l’autorité avaient bannis ou forcés d’aller chercher leur salut hors de leur patrie, vers laquelle tendaient toujours tous leurs vœux. Donner le nombre de ces Français malheureux, errants dans les pays étrangers, pour sc soustraire à la mort ou à la persécution, serait peut-être le plus bel éloge qu’on pût faire du Gouvernement qui a rendu tant de citoyens a la Patrie, si l’oubli des maux passés n’é lait pas une manière plus digne de louer le génie bienlaisanl qui les a fait disparaître, et qui en a presque effacé jusqu’au souvenir. Pour ne pas le rappeler trop vivement, en célébrant le bienfait, on a réuni dans un seul résultat tous les actes successifs du Gouvernement par lesquels les proscriptions ont été abolies, comme les proscrits de différentes classes et rentrés à diverses époques ont été réunis dans les sentiments de la même reconnaissance.

Le l y pe présente l’autel de la Concorde, symbole du rétablissement de la paix intérieure, sur lequel brûlent les tables de proscription.

La légende, CIVIBVS ■ PATRIAE • REDDITIS, annonce que les Français exclus de leur pairie lui oui été rendus, et les mots : PROSCRlPi 10- N1S • TABVLAE • DELETAE, qu'on lit dans l'exergue, apprennent que les Tables de proscription sont détruites.

Dans la séance de la Commission du 11 septembre 1806, Mongez proposa rie composer une médaille ayant pour objet île commémorer les arrêtés Consulaires, en date du 4 Nivôse an VIII (25 décembre 17911) et du ;2o Pluviôse an VIII 14 février 1800 , et le Sénatus-consulte du ti Floréal an \ 2d avril 1802 , qui rouvrirent les portes de la France aux émigrés et aux proscrits politiques de toute catégorie. Voici le projet de Mongez : » Thémis debout tiendrait la loi delà clôture de la liste des Émigrés. La légende sérail : lmperii claustra exulibus reserala. L’exergue porterait la date de l'arrêté du Gouvernement. » Un membre préfère la légende : Proscriplionis labulæ re fixas.

Le 18 septembre, Visconti propose pour type : « La Clémence debout avec sa haste appuyée suides tablettes jetées à terre; indiquant la liste des Émigrés, elle tiendra à sa main le rouleau du Sénatus-consulte marqué des deux lettres formulaires S. C. La légende serait ; Civibus Palriæ reddilis. Pour exergue on lirait ; Clemenlia, et plus bas, la date du Sénatus-consulte. »

Dans la séance du 23 janvier 1807, le commentaire de cette médaille est présenté par la Commission à la Classe d'Histoîre et de Littérature ancienne, dans les termes suivants : Les tables de proscription s'accroissaient encore à l’époque où le Consulat fut décerné. Peu de jours après, on osa, pour la première fois, publier le désir de voir clore cette liste fatale, et bientôt le Premier Consul rendit aux besoins de l'Étal 68 exilés dont les premières Magistratures et les premiers Corps littéraires s'honorent aujourd'hui. Toutes les modifications qui, dès lors, adoucirent la sévérité des lois précédentes datent du premier Consulat de Napoléon, et les actes successifs qui ont développé toute l'étendue de ce génie pacificateur, ont eu pour origine le premier trait de justice qui fit clore la liste des Émigrés. Tel est le sujet de cette médaille. Son type représente la France indiquant la liste des Émigrés, par ces tablettes rompues et jetées à ses pieds, sur lesquelles elle lient sa haste appuyée. Ln rouleau tenu de l’autre main désigne la loi bienfaisante qui termina le cours de la proscription. La légende exprime les premiers effets de cette loi, par ces mots: Civibus palriæ reddi/is, signifiant qu’elle rend des citoyens à leur patrie. L'exergue porte la date de l'arrêté Consulaire: XIV Febr. 1800'. ■>

Ce type de médaille, bien que déjà dessiné, ne fut pas adopté ; il souleva des objections à cause de la diversité des catégories de proscrits qui bénéficièrent de la clémence du Premier Consul, les uns étant des citoyens auxquels on rendait enfin justice, les autres des révolutionnaires et des conspirateurs auxquels on pardonnait leurs crimes. Le projet de médaille, laissé de côté pendant quelque temps, fut repris seulement les 7 et 14 juin 1808.

Mongez est alors d’avis de supprimer le mot Clemenlia et d’y substituer: Tabula • delelæ. Ameilhon veut une couronne de chêne et, au milieu, une des légendes suivantes, inspirées de Cicéron : Cives palriæ aris focisque reslilu/i ; — Civibus ad aras el focos palriæ revocatis : — Civibus ad palrios focos revacalis. Quatremère de Ouincy propose, « vu la diversité des genres de proscriptions et de proscrits », de faire deux médailles : » L’une serait selon le type précédemment arrêté et dessiné, en conservant la légende : Civibus palriæ reddilis , mais en substituant la figure de la Justice à celle de la Clémence, et en y mettant pour exergue: Justifia redur. L'autre médaille sur le même sujet annoncerait l’extinction de l'esprit de faction et de proscription par l’image de la Concorde rétablie entre les citoyens. Deux ligures, dont les armes seraient à terre derrière chacune d'elles, s'embrasseraient sur l'autel de la Concorde. Légende : Concordia civium; exergue : Oblivio. »

Enfin, le mardi 21 juin 1808, le type est définitivement arrêté. Le 4 novembre 1808, la Commission adopte en première et en seconde lecture » attendu l’urgence », la Notice el le dessin.

1. Ce n'est pas celle date, mais celle de l'arrété du 25 décembre 1790 qui ligure sur le dessin de Cliaudel.

CRÉATION DES PRÉFECTl'HES

Pluviôse an VIH J 7 février 1S00 .

Un des premiers soins du Chef du gouvernement lut de réformer le régime administralil de la France et de lui donner la simplicité, limité et la célérité d’action qu’on ne pouvait espérer des administrations départementales établies dans les principes du régime démocratique, et dont la marche incertaine était sans cesse embarrassée et retardée par la dillérence des opinions et les lenteurs des formés délibératives. Des Prélcls et des Sous- Préfets, nommés par le Chef de l’Étal et tenant de lui leur autorité, remplacèrent dans tous les départements les autorités populaires; les ordres du Gouvernement, au lieu d’être discutés, reçurent une prompte exécution, et l'Administration concentrée acquit l'ensemble, l’uniformité, la force nécessaires pour faire disparaître les obstacles qui auraient pu ralentir son action, et se concilier le respect, la confiance cl la soumission des citoyens.

L’emblème sous lequel on peut représenter l imité du Gouvernement

était le type naturel de celle médaille. On y voit la portion du globe (ju’occupe la France, avec sa division en déparlements, et on distingue même les noms de quelques-uns des plus considérables; au-dessus, est un gouvernail tenu par une main qui semble le faire mouvoir.

La légende, BEBYS • MANV • CE BT A • GYBEBNA \ DIS. indique que l'établissement des Préfectures a substitué la vigueur et l’unité du Gouvernement el à l'inconsistance et aux variations des Corps administrai ifs. La légende de l’exergue, PBAEFECTJ • PE B • GA ELIAS • CONSTITVTI. \\ — exprime d’une manière positive cet établissement el en donne la date.

ÉCI.A IHCISSEMEN T

Dans la séance de la Commission dos Inscriptions et Médailles du 11 septembre 18(lti, Mongez propose de mettre à l’étude une médaille avant pour objet de commémorer l’organisation de l’ Administration intérieure par le Premier Consul. - Sur un bouclier suspendu à une colonne, on lirait Praefecti Provinciarum. \ l’exergue, la date. »

Visconti propose : » Un faisceau surmonté de la husle pure, sur le lien duquel on lirait : Praefèçli provinciarum. » Gossellin propose la légende: Menti laudanike. I u membre avant fait observer que le mot Provinciarum ne lui parait pas correspondre au mot Département, ou adopte Praefectune.

La discussion est reprise le 27 septembre, el Visconti propose un nouveau type : « Un gouvernail reposant sur une portion d'hémisphère sur laquelle la carte de France serait tracée. La légende serait, en s’inspirant d'un passage de Tacite : Praefecti per Gallium constitua ' . L’exergue porterait la date île la loi concernant les Préfectures. ■> Une discussion s'étant élevée au sujet du sens précis du mot Gallia, on lit dans le procès-verbal du i octobre 1806 <i En réponse au doute qui s’était élevé dans la séance précédente sur la préférence qu'on devait donner au mot Gullia dans les compositions nurnismatiques, un membre lit le relevé très nombreux des exemples qui en autorisent l'emploi el ces exemples sont tous extraits des médailles de Louis \1V. •>

Le >23 janvier 1807, la Commission ayant présenté à la Classe d' Histoire et de Littérature ancienne un Rapport général sur treize médailles dont elle avait, à celte date, achevé l'élaboration, celle qui concerne l'Organisation administrative est accompagnée de la Notice explicative suivante :

« L'administration de la France, précédemment partagée entre la volonté de plusieurs, entravait l'exécution des lois, la perception des revenus de l'État et le recrutement de l’armée. Le Premier Consul médilanl, dans sa sagesse, sur la nécessité d'établir un meilleur ordre, organisa la France en Préfectures et en Mairies, en conseils de Département et en conseils municipaux. Ainsi, Faction administrative étant concentrée partout dans la main d'un seul el éclairée, par lu délibération de plusieurs, toutes les parties de l'État furent coordonnées selon l’unité d'un Gouvernement actif el prudent à la fois. Tel esl le sujel de cette médaille. Son type représente une portion de notre hémisphère où la France est caractérisée par sa configuration géographique. On lit le mol Gallia. Un gouvernail, symbole du pouvoir administratif, repose sur cet hémisphère. La main qui le régit exprime l’unité et l'activité du chef suprême. La légende : Praefecti per Gallias constitua, marque l'autorité qui a constitué les Préfets dans tous les départements de la France. L'exergue porte la date de l'arrêté Consulaire : -28 Pluviôse an Vlll 17 février 1800 . ..

Ce texte n'est pas celui qu’on lit ci-dessus, parce que le type et les légendes de la médaille ont été ultérieurement modifiés. Ils furent en effet remis à l’élude, dans les séances des 7. H el 21 juin 1808.

Le II novembre 1808, Monge/, propose cette légende additionnelle: Omnibus tandem manu cerla f/ubernatis. Quatremère de Quincy : Unus ubique rector. Le 25 novembre, ta Commission arrête :

I qu'il sera ajouté une main au gouvernail pour mieux désigner l'unité d'action ; 2 que ce symbole sera accompagné de la légende suivante: Débits vertu manu cjubernandis -,

1. Tacite, llist., IV, 'm : - Tulorripae Itlieni a Vitellio praefeclus. »

Ainsi qu'on peut le constater sur le dessin de Chauilel qui était déjà exécuté lorsque la décision lut prise, celte légende n’a pas été ajoutée, ni la date.

XAPOI.KOX

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