LA COMMISSION DES INSCRIPTIONS ET MÉDAILLES DEPUIS 1808 JUSQU'EN
En mai 1808, la Commission des Inscriptions et Médailles dut être réorganisée pour celle raison que des ressources financières plus considérables furent mises à sa disposition. Elle reçut, en effet, une allocation de 12.000 francs, « pour frais d'un dessinateur-sculpteur, pour des dessins à remettre au net, des ouvrages à acquérir et indemnité de la Commission, composée de cinq membres, du Président de la Classe el du Secrétaire perpétuel. •> Voici dans quelles circonstances lui vint cet important supplément à son budget.
La Commission administrative de l'Institut avait établi un budget général de dépenses prévues, pour toutes les Classes, montant à 4^8. qoo francs.
Napoléon qui s’était montré satisfait du Rapport général sur l’Etat des Lettres, des Sciences et des Arts, porta spontanément ce chiffre de dépenses à 440-000 francs, augmentant ainsi de 1 1.100 francs la dotation annuelle de l'Institut. D’après la lettre d’avis relative à cette généreuse surélévation de crédit, le Ministre Crétet semble à peine au courant des intentions de l’Empereur, car il dit: « Cette augmentation paraît être fondée sur les frais que doivent occasionner les travaux relatifs à Y Histoire littéraire de la France ».
Mais à la suite de celle lettre, nous lisons dans le Procès-verbal - : « M. le Secrétaire perpétuel informe la Classe qu’outre les 12.000 francs affectés aux travaux
1. Il s'agit ici- de Benjamin Duvivier né à Paris, le 5 novembre 1730, mort le 10 juin 1819, élu membre de la
Séance de 1 Académie des Beaux-Arts diUi novembre 1821 ; Henry Nocq! Les Duvivier. Paris, 1911.
2. A la suite du Procès-verbal de la Séance de la Classe, du 18 février ISOS.
littéraires ordinaires, Sa Majesté a jugé à propos de lui allouer, dans le budget de celle année, la somme de a3.ioo francs, à employer tant pour les indemnités et frais du travail de la Commission ries Médailles, que pour la continuation de Y Histoire littéraire de la France , ordonnée par Sa Majesté, et propose de renvoyer cette affaire à la Commission spéciale qui a été chargée, au mois de septembre dernier, du Rapport sur l 'Histoire littéraire, que la Classe a adopté, et d’adjoindre à cette Commission celle des Médailles, en les invitant à faire le plus tôt qu’il sera possible, un Rapport sur l’emploi des fonds et l’organisation du travail des deux Commissions. »
Les deux Commissions se réunirent en effet, le vendredi 22 avril 1808, à midi, et décidèrent d’établir chacune respectivement leur budget propre, dans les limites lixées par les libéralités de l’Empereur. Pour la Commission des Inscriptions et Médailles, réunie de nouveau le mardi 26 avril, è 7 heures du soir, elle se décide « de proposer qu’une somme de 10.000 francs soit affectée à la dépense ann uelle de ses travaux, en sorte que 2.000 francs seraient distraits des 12.000 francs qui lui étaient affectés, et mis à la disposition de la Classe, pour augmenter les fonds nécessaires aux travaux de Y Histoire littéraire ».
En conséquence de ces arrangements, il importait de constituer sur de nouvelles bases, les deux Commissions visées afin d’accélérer leurs travaux et d’assurer le bon emploi des fonds dont elles disposaient désormais. Cette réorganisation lit l’objet d’un Rapport général dont Silvestre de Sacy fut chargé ; lecture en fut donnée dans la séance de la Classe d’IIisloire et de Littérature ancienne, du vendredi G mai 1808. Le voici :
« Messieurs,
« En exécution de votre délibération du 22 avril dernier, la Commission des Médailles et celle que vous aviez précédemment nommée à l’effet de vous proposer un plan pour la continuation de. YHistoire littéraire de la France, se sont réunies et se sont occupées d’arrêter un projet d’emploi et de distribution des fonds que le Gouvernement a assignés dans le Budget de cette année pour les travaux des Médailles et de Y Histoire littéraire. C’est ce projet que la Commission m’a chargé de vous soumettre, -le dois commencer par vous rappeler la natur« des travaux confiés è la Commission des Médailles et de ceux dont la Commission que vous aurez à nommer pour la continuation de YHistoire littéraire de la France, devra s’occuper.
« La Commission des Inscriptions cl Médailles est chargée de la rédaction des inscriptions que le Gouvernement veut placer sur les monuments nouveaux et de la restitution de celles qui ont été détruites, et qu’il juge à propos de rétablir. Elle doit composer les types et les légendes des médailles qui sont demandées à la Classe; entin, elle doit travaillera YHistoire métallique de Sa Majesté l'Empereur, ouvrage destiné à être gravé en taille douce et dont les dessins peuvent aussi être frappés en médailles. Tous les projets d’inscriptions, de types et de légendes doivent être soumis à la délibération de la Classe. Lorsqu’ils ont été définitivement arrêtés, ils sont remis au Secrétaire, dont la fonction est d’y joindre les descriptions nécessaires, d’après les matériaux fournis par la Commission, et de les adresser au Gouvernement. L 'Histoire métallique doit offrir, outre les descriptions des médailles, un texte historique dont toutes les parties se lient et forment un ensemble. Dans un état de choses tel que celui dont nous sommes témoins, les événements d’une haute
importance sont tellement multipliés et se succèdent avec une telle rapidité, que chaque année du Gouvernement de l’Empereur exigera un grand nombre de médailles; le travail des descriptions et de la rédaction du texte historique suivra nécessairement la même proportion.
La Commission des Inscriptions et Médailles, composée de cinq membres, est en activité depuis deux années. Tous les projets arrêtés par la Commission sont soumis à votre délibération et, par conséquent, appartiennent à la Classe. Pour imprimer encore plus de earacLère aux travaux de celle Commission, et surtout ;'i Y Histoire métallique de Sa Majesté, nous vous proposons d’arrêter que le Secrétaire perpétuel sera seul chargé de toutes les descriptions de médailles, de la rédaction du texte de l’Histoire métallique et de toute la correspondance relative à ces travaux. En conséquence, il devra être considéré comme un sixième commissaire. Celle disposition est en quelque sorte de droit, et peut-être même eut-il été inutile d'en faire un objet de délibération si les fonctions dont il s’agit n’exigeaient une indemnité et si vous n’étiez obligés de déterminer cette indemnité par votre délibération, le Gouvernement vous ayant laissé la répartition des fonds assignés pour les travaux des deux Commissions... » Suivent les dispositions relatives à Y Histoire littéraire; puis le Rapport continue :
« La Commission des Inscriptions et Médailles aura des frais indispensables pour l’exécution des dessins et du type des médailles ; elle devra nécessairement s’attacher un dessinateur digne de coopérer à ses travaux. Elle a donc dû demander une somme suffisante pour cet objet, et si l'on considère l’activité qu'il convient de donner à la composition de Y Histoire métallique et la correction exigée des dessins destinés à être gravés d’abord en taille douce, l’on ne trouvera pas qu’on puisse fixer cette somme au-dessous de 2.400 francs.
« La même Commission a aussi besoin d’une modique somme pour faire face à quelques menus frais, comme achats de médailles modernes, papier, etc.
*< En conséquence, nous vous proposons d'allouer pour indemnité à chacun des cinq membres de la Commission des Inscriptions
et Médailles 1.200 francs. Cy . (5. 000 francs
Pour frais de dessin, 2,400 francs. Cy. . . . 2.400 fr.
Pour menus frais de la même Commission . 400 fr.
Total . 8.800 fr. »
Les conclusions du rapport de Silvestre de Sacy furent adoptées et Daeier, Secrétaire perpétuel, fut chargé de rédiger les Notices explicatives de chaque dessin de médaille. Le 17 mai 1808, la Commission, élaborant un nouveau Règlement intérieur, décide de tenir deux séances par semaine, « l’une ordinaire et de rigueur », le mardi, à 7 heures du soir, l’autre, « supplémentaire », tous les vendredis, une heure avant la séance de la Classe. Sur la somme de 1.200 francs assignée à chacun des membres de la Commission, il est prélevé une somme de 100 francs pour former un fonds de « droit de présence ». L’article g de ce Règlement intérieur porte :
« L 'Histoire métallique devant être composée à deux tins, c’est-à-dire, devant offrir des médailles destinées à être frappées et destinées à être gravées en taille douce, avec l’accompagnement d'un texte historique, la Commission s'occupera spécialement de cette dernière destination et des moyens de la remplir avec autant d’activité que d’économie. »
C’est pour répondre à celte intention que la Commission décide de s’attacher.
par un traitement annuel, un dessinateur d’un talent reconnu « et qui sache mettre au nombre des avantages de ce choix l’honneur d'avoir été choisi ».0n déclare que le dessinateur sera assimilé aux membres de la Commission, aura droit d’assister aux séances et recevra la même indemnité. Il est procédé ensuite à l’élection du dessinateur : le sculpteur Antoine Chaudet, membre de la Classe des Beaux-Arts, est élu1.
Dès le mardi 2.4 mai 1808, Chaudet eut à réviser les médailles déjii dessinées antérieurement: le Retour d'Égypte, le XVIII Brumaire et quelques autres. Le 3i mai, la Commission délibère « sur la forme et la dimension qu’il conviendrait de donner aux dessins des médailles d’après lesquelles devront s’exécuter soit les gravures en taille douce, soit les coins en bronze ». Elle invite Chaudet à présenter « un essai ou modèle de format, ainsi qu’un exemple de la manière et des dimensions dans lesquelles l’ouvrage manuscrit pourra être composé ». Les modèles de. Chaudet sont adoptés le 7 juin. Ce même jour, la Commission décide que les dates de tous les événements antérieurs à la reprise du calendrier Grégorien seront restituées sur les médailles selon le style de ce calendrier. Cette question des dates lut une de celles qui arrêta le plus longtemps la Commission; elle fut réservée jusqu’à la lin et nous verrons que la date manque sur la plus grande partie des dessins du Recueil de l 'Histoire métallique.
Le 9 août 1808, la Commission, » considérant que la tenue de ses séances à des heures et è des jours qui ne sont pas consacrés aux assemblées des Classes, donne lieu à un service extraordinaire de la part des garçons de la Bibliothèque, et de l'Institut, que la rédaction de ses procès-verbaux et autres écritures forment pour le Secrétariat un surcroît de travail et de surveillance, arrête ce qui suit :
« Sur la somme de 4f->° francs affectés aux menues dépenses de la Commission il sera donné, pour cette année, une gratification de i5o francs au Chef du Secrétariat et une somme semblable de 100 francs sera, pour cette année aussi, répartie entre les deux garçons de bibliothèque et Pingard. »
Récapitulant ses travaux, le 1 1 octobre suivant, la Commission constate qu’elle a achevé les projets de cinquante médailles; dès que les dessins seront mis au point par Chaudet, elle s’occupera de leur révision.
En outre, le 21 octobre, « pour que la rédaction de la partie historique n éprouve point de retard, elle arrête qu’il sera lait choix d un écrivain qui, sous l’inspection de la Commission, tracera dans les formes déterminées, les caractères des légendes et des exergues.
« Elle arrête en outre que sur chacun des dessins de médaille, il sera pris un calque qui restera annexé au procès-verbal.
« En conséquence, pour ces objets et d’autres petits frais de détail, elle arrête qu’il sera fait emploi de la somme, de 1 .200 francs, réservée par son précédent arrêté du mardi 17 mai 1808, et destinée à l’exécution des dessins.
« La Commission arrête qu’un exposé succinct des sujets des médailles dessinées, des motifs de leurs compositions, de leurs légendes et des autorités qu il pourra être nécessaire de citer, sera mis sous ses yeux et qu’il lui en sera
1. Né à Paris le 3 mars 1763 (paroisse Saint-Euslache), Chaudet avait été élu membre de I Institut le 12 janvier lS0f> : c’est é lui qu'échut l’honneur d'exécuter la statue de Napoléon en César romain, qui figura jusqu en 1814 au-dessus de la Colonne de la place Vendôme.
fuit deux lecture^ avant d'un transmettre la rédaction à M. le Secrétaire perpéluel.
« Elle arrête en outre que ses exposés, approuvés par elle, seront transcrits sur son Registre. »
Et dès ce jour même, en exécution de sa décision, la Commission entend « la première lecture de l'exposé des deux premières médailles, savoir, celles du Retour il'Erjijpleal du AT/ Il Brumaire ».
Le 28 octobre 1808, la Commission délègue l’un de ses membres, Petit-Radel, pour surveiller, sur les dessins des médailles, la transcription des légendes et des exergues.
Dans la même séance et la suivante, la Commission adopte, à la fois en première et en seconde lecture, « attendu l'urgence », le Commentaire explicatif rédigé par Dacier, Secrétaire perpétuel, pour les médailles du Consulat, du Sénat, du Corps législatif, du Conseil d'État, du Mètre ou Poids el Mesures, du Paiement des Rentes, du Rappel des Proscrits et de la Création delà Banque.
Le 11 novembre, Petit-Radel propose « pour la délinéation des inscriptions et légendes à copier sur les médailles terminées », un dessinateur-écrivain, M. Pfeiffer, dont il présente quelques essais. La Commission adopte ce choix et alloue à ce dessinateur de lettres, <i francs par dessin de médaille, « sans comprendre dans ce nombre les lèles, pour lesquelles il sera fait une convention particulière s'il le faut».
Cette restriction vise une mesure générale prise auparavant par la Commission el au sujet de laquelle il importe de fournir une explication. L'effigie de l’Empereur n'est pas changée h chaque médaille nouvelle, La tète de face de Bonaparte, entourée de rayons solaires el accompagnée du mot Oriens est exceptionnelle et unique : c est une œuvre admirable, ébauchée par Chaudet, retouchée et achevée par Lemot.
La tête de profil de Bonaparte qui paraît pour la première lois sur la médaille du AT III Brumaire, est une œuvre non moins remarquable de Chaudet, reprise par Lemot. Mais celte Lète de profil estdestinée à figurer au droit de toutes les médailles de la période consulaire. On a, en conséquence, chargé le dessinateur de lettres d’en retracer à la plume simplement le croquis sommaire, à ti Ire de rappel, dans le Recueil manuscrit de Y Histoire métallique, en regard de chacun des revers composés par Chaudet. Après la proclamation de l’Empire, on substitua la Tôle Impériale lauréeà celle du Premier Consul, et celle tête impériale demeura invariable jusqu’à la fin des travaux de la Commission. En un mot, dans l’ordre chronologique, voici l’énumération des changements introduits dans le dessin de la tête de Napoléon :
i° Tête de face radiée. Médaille I ( Retour d'Égyple).
3 retenue de profil. Médaillé II (A VIII Brumaire j; type reproduit sur toutes les médailles suivantes, jusqu’à la médaille LXI.
> Tête impériale de profil, ceinte de la couronne de laurier, à partir de la médaille LXII Fondation de l'Empire) jusqu’à la fin du Recueil.
Au do décembre 1808, suivant le Rapport présenté par Quatremère de Ouincyà la Classe d’Histoire et de Littérature ancienne, la Commission des Inscriptions et Médailles avait déjà composé 55 médailles. « a5 d’entre elles, dit le Rapport, sont dessinées, et sous très peu de temps la Commission sera en état de présenter à la Classe un demi-volume de 20 planches, avec la description de chacune des médailles et le récit historique de l'événement à l’occasion duquel elle a été composée. »
Le 1 3 janvier 1809, *a Commission revient sur la question des dates à inscrire sur les médailles, sans arriver à une conclusion définitive, ce qui explique pourquoi la date des événements est restée si souvent en blanc, soit dans les Registres mêmes des Procès-verbaux, soit sur les dessins ou dans la Notice explicative qui les accompagne. Pourtant, dans sa séance du a3 février 1809, la Commission arrête que « siales dessins ainsi que dans les descriptions des médailles, il ne sera provisoirement placé d’autre date que celle de l’année, à l’exception des médailles dont les sujets ou les faits ont une date de jour fixe et lorsque la nature même du sujet est liée à cette époque ». Enfin, le 17 mars, la Commission, sur le Rapport de Petit-Radel, détermine quelles seront, parmi les médailles déjà dessinées, « celles qui porteront la double date de l’année et du jour, et celles où l’on se contentera de la date de l’année».
Quant aux légendes dont le dessin était confié à Pfeiffer, on lit dans le Procèsverbal du 10 octobre :
« M. Petit-Radel présente à la Commission le modèle de l’alphabet en caractère majuscules à employer dans les inscriptions. < N* travail que M. Petit-Radel s’était chargé de faire rédiger, d’après l'invitation de la Classe, est accompagné d’un mémoire explicatif et d’une table de proportion pour l’exécution des lettres de toute grandeur ». Des observations et des critiques furent présentées, qui firent prendre la résolution d’écrire à Rome, « pour avoir un dessin exact de la forme des lettres du Panthéon, ainsi que d’un fragment d’inscription au Vatican ». Ces modèles de lettres romaines auxquels la Commission attachait tant de prix devaient lui servir non seulement pour les légendes des médailles mais aussi pour la coin position des inscriptions monumentales que, de temps à autre, elle était chargée de rédiger.
L’occasion s’en présenta, en particulier, à propos du Canal de Saint-Quentin, dont Napoléon avait suivi les travaux avec un si grand intérêt. La question de la langue fut de nouveau agitée et la Commission fut amenée à formuler quelques principes généraux.
« La Commission, dit le Procès-verbal du mardi 2 mai 1809, considère que la langue latine, soit par ses propriétés, soit par l’usage universellement reçu de l’employer dans le style lapidaire, doit continuer d’obtenir la préférence, et qu’elle persistera à faireles inscriptions en latin, tant qu’on ne lui en demandera pas expressément en français.
« Qu’il est cependant des cas où elle devra s’écarter de cette règle et offrir aux autorités, ou de choisir entre les deux genres, ou de les appliquer tous les deux à un monument, surtout lorsque ce monument, soit par sa destination, soit par la variété de ses surfaces, semblera exiger qu’on y multiplie les inscriptions.
« Que la difficulté des inscriptions françaises provient du génie particulier de la langue, qui n’admet que rarement l’inversion, l’ellipse et les formes concises avec lesquelles on donne de l'élégance ou de la noblesse aux pensées les plus ordinaires.
« Que le peu d’usage qu’on a fait jusqu’ici de la langue française en inscriptions est cause que l’on n'a que peu de modèles et qu’aucune méthode n’a été fixée en ce genre.
« Qu’il y a deux inconvénients à éviter dans la rédaction des inscriptions françaises; que l’un consiste dans un choix ambitieux, soit de pensées recherchées, soit de locutions oratoires et poétiques qui tendraient à faire des inscriptions un jeu d’esprit et provoqueraient d’autant plus la critique, que la prétention s’y ferait plus sentir.
« Que l'autre inconvénient est de tomber, en restant simple, dans un style trop uni, de devenir prolixe pour être clair, et d’adopter, en fuyant le ton emphatique, les formules de procès-verbal qu’on a presque toujours suivies jusqu’à présent.
« Que c’est entre ces deux écueils qu’il faut s’efforcer de passer pour parvenir à fixer, s’il est possible, un style propre aux inscriptions françaises.
« En conséquence, la Commission arrête comme règle de conduite et de goût qu'elle suivra le plus ordinairement :
« i° D’éviter dans la composition des inscriptions françaises, tout ce qui paraîtrait annoncer la prétention, soit à ce qu’on appelle le trait d'esprit, soit aux pensées recherchées ;
« 2° De n’admettre en général dans ses rédactions ni tournures poétiques ni phrases oratoires ;
« 3° De fuir aussi le langage trop commun et la prolixité qui caractérise le style de procès-verbal ;
a 4“ De se borner à réunir, dans les inscriptions françaises, à la grande clarté des pensées la seule élégance qui tient à la propriété des mots, à la correction du style et à la concision des tournures.»
Cependant, l’occasion d’appliquer ces principes se présentait de plus en plus fréquente et la Commission, presque débordée, pouvait à peine faire face à la double tâche qui lui était assignée : composer des médailles et des inscriptions monumentales. Le i-S avril 1809, les inscriptions à placer à l’entrée du tunnel du canal de Saint-Quentin l’occupent de nouveau. Elle prend connaissance, pour s’éclairer : i° d’une carte géographique du canal; 20 d’un dessin représentant une des entrées souterraines d'une partie excavée de ce canal; 3" d’une lettre de M. de Montalivet. Directeur général des Ponts et Chaussées, dont l’objet est de demander à la Classe d’Histoire et de Littérature ancienne, une inscription à placer au-dessus des entrées souterraines de ce canal.
« La Commission est d’avis qu’il soit composé deux inscriptions, l’une, latine et l’autre, française, lesquelles pourront être placées alternativement sur les quatre entrées du Canal.
•• M. Visconti se charge d'apporter à la première séance un projet d’inscription latine, et M. Mongez présentera un projet d’inscription française. »
Le 25 avril, Visconti présente deux inscriptions latines, l’une applicable à la totalité de l’ouvrage du canal, l’autre, visant le tunnel. Pour le canal en général :
NEAPOLIO IMP. AUG. C.ANALEM NAVIGIIS PERVIUM PARTIM EXCISIS MONTIBUS, PARTIM EFFOSSIS, AB ISARA AD SCALDIM PERDUXIT ANNO l8...
CURATORE VIARUM. . . MUNTALlVET 1 2
Pour le tunnel :