NAPOLÉON EMPEREUR
Ce deuxième semestre de l’année 1809 est une des périodes pendant lesquelles la Commission fait preuve de la plus grande activité ; elle se réunit plusieurs fois par semaine et délibère notamment sur la composition des nombreuses médailles destinées à éterniser le souvenir de la glorieuse campagne de 1800 : la victoire d’Ulm (Méd. LXXXV), la délivrance de la Bavière [Méd. LXXXVI), l’Entrée à Vienne [Méd. LA XXVI II), la prise de Brunn (Méd. LX AA/A), Austerlitz (Méd. AC), la Paix de Presbourg {Méd. XCI), la création des royaumes de Bavière et de Wurtemberg {Méd. AC//), les drapeaux de Wertingen {Méd. XCV), et une série d’autres médailles qui font suite à celles-ci dans notre Recueil. C’est le moment où, par surcroît, elle est saisie par l’Empereur, alors installé à Schoenbrunn, du projet des inscriptions les plus glorieuses qu’elle ait eu à composer et sur lesquelles nous insisterons tout particulièrement.
Le décret impérial ordonnant l’érection de l’Arc de Triomphe du Carrousel, devant la cour du Palais des Tuileries, est du 26 février 180G I Médaille CI). L’architecte Fontaine, une fois ses plans adoptés par l’Empereur, eut à se préoccuper des inscriptions h placer sur les diverses faces du monument et qui devaient rappeler la campagne de Vienne et d’Austerl itz, ainsi que les principaux articles du Traité de Presbourg. Il fut invité à les demander à la Classe d’Histoire et de Littérature ancienne; la Commission des Inscriptions et Médailles fut saisie de cette demande dans sa séance du 8 août 1809. La lettre était accompagnée du plan et du dessin géomélral de l’Arc de Triomphe. Les choses n’allèrent pas toutes seules, comme, on va le voir.
« La Commission... considérant qu’un monument consacré particulièrement à retracer les exploits de la Campagne, de i8o5 en Allemagne et, par conséquent, à offrir aux soldats de toutes les armes un témoignage d’honneur et de reconnaissance, doit se regarder comme un monument spécialement national; que malgré l’universalité de la langue latine et sa propriété reconnue hêtre la langue lapidaire, il est des cas où la convenance exige d’employer aussi l’idiome français ; que ce cas a surtout lieu ici. où l'emploi exclusif de la langue latine priverait de l’avantage de lire sur le marbre l’expression de l’admiration publique ceux-là mêmes qui en sont l’objet ; considérant en outre que déjà quelques explications ont été gravées en français au-dessous des bas-reliefs qui décorent (les faces de l’Arc de Triomphe,
Arrête :
i° Qu’il y aura sur l’Arc de Triomphe des inscriptions en langue française et en langue latine ;
3° Que ces inscriptions seront réparties, savoir, une française à une grande, face de l’Arc, et une latine à l’autre face correspondante, et de même pour les faces latérales ;
3° Que l’inscription qui doit régner dans la frise sera en langue française d’un côté, et en latin de l’autre. »
Le 1G août 1809, la Commission entend la première lecture des projets d’inscriptions. Mongez propose, pour l’emplacement de face, l’inscription latine suivante ;
Neapolio Imperalor et Rex
Profligalis intra cenhim elles Auslriacis Vindebonâ oecupalâ Mililibus suis dirai, consecrat
Et pour l’inscription courante sur la frise en face :
Cohorlibus... Austriacorum... vicloribus
Projet de Visconti :
lmp. Neapolio Caesar Aug. Germanie us , exercilibus hoslium delelis, l 'indebona in dedilionem accepta terris a Rheno ad Marum irimeslri spalio subaclis Vicloriæ monumenlum dicaoit.
üuatremère de Quincy propose pour un des deux emplacements de face le prod’inscriplion française qui suit :
.1 Napoléon, Empereur el Roi, toujours vainqueur el à la Grande Armée d’ Allemagne qui , sous ses ordres, dans la campagne de 1805, en trois mois el dix jours a pris 26 villes, a enlevé 2300 canons, a fait 88.000 prisonniers, a conquis 6 provinces el forcé l'ennemi à signer la paix de Presbourg.
Le ■>•> août, Mongez propose l’inscription suivante, pour l’une des faces antéures du monument :
Napoléon, Empereur el Roi, après avoir donné la paix dans Vienne consacre ce monument à la gloire des Armées
qui onl terminé sous ses ordres, en cenl jours, la guerre contre les Autrichiens.
Quatremère de Quincy propose pour la même face :
.1 Napoléon, Empereur el Roi, toujours vainqueur el à la Grande Armée d' Allemagne qui, sous ses ordres,
dans la Campagne de 1805, a vaincu devant E/m, a pris la capitale de l' Autriche el détruit a Austerlitz les forces combinées de l'ennemi.
Quatremère de Quincy propose en outre pour la face latérale :
Pour avoir, dans l'espace de cenl jours , prisa l'ennemi 26 villes , 2.319 canons de bronze, 203 enseignes militaires, fait prisonniers 88.000 soldats, 49 généraux agrandi l'Empire de six provinces el dicté la paix à Presbourg.
Visconti et Petit-Radel proposent, pour l’une des faces latérales :
Urbes algue oppida capla 26 vexilla 203
lormcnla ex aere ferroque 2319 hoslium duces caplivi 49 hominum millia 88.000 bellum inlra dies cenlum confeclum paris leges Posonii diclæ .Y6"* 1805 Veneli, Dalmatæ, Rhæli, Norici, Medilerranei Germani ris OEnum ab imperio Auslriaco abscedunl Sociis allribuunlur
Ingens auri algue argenli pondus victori pensum.
Pour l’inscription courante de la frise, dans une des faces latérales, Visconti propose :
I)e Germanis
Dans une des laces antérieures :
Triurnp/ius Imperaloris Gertnanicus Dans l’autre face latérale :
Ann. MDCCCIX.
Le 29 août, Mongez propose une nouvelle rédaction d’inscription française; la discussion se prolonge; finalement, la Commission arrête les inscriptions latines suivantes :
Pour une des faces antérieures :
IMP. NEAPOLIO AUG. GERMANICUS EXERCITIBUS HOSTIUM DELETIS VINDEBONA IN DED1TIONEM ACCEPTA TERRIS A RHENO AD MARUM TRIMESTKI SPATIO SUBACTIS VICTORIÆ MONUMENTUM DICAVIT ANN. MDCCCIX
Pour une des faces latérales :
CAPTIS URB1BUS ATQUE OPPIDIS XXVI
VEXILLIS CCIII, TORMENTIS EX AERE FERROQUE MMCCCXIX HOSTIUM DUCIBUS CAPTIVIS XLIX HOMINUM MILLIBUS LXXXVIII BELLO INTRA DIES CENTUM CONFECTO PAC.IS LEGES POSONII DICTAE Xbris MDCCCV VENETI, DALMATÆ, RHÆTI, GERMANI CIS OENUM AB IMPERIO AUSTRIACO ABSCEDUNT SOCIIS ATTRIBUUNTUR
INGENS AURI ARGENTIQUE PONDUS VICTORI PENSUM.
Dans une des faces latérales :