‹ Les médailles romaines de Christine de SuèdeChapitre 12 sur 34 · MÉDAILLE DE GIOVANNI HAMERANI · texte numérisé non relu

MÉDAILLE DE GIOVANNI HAMERANI

Droit (fig. 31): CHRISTINA REGINA A Buste de Christine, de profil à droite. Tête et col nus. Coififure bouclée et frisée, les cheveux ramassés sur la nuque. Sur la tranche du buste: J. H. F. (Johannes Hameranus Fecit). Module: 36 mm.

Revers (fig. 32): nec a falso a nec a alieno. Un soleil à face humaine dardant ses rayons, placé au dessus du centre du flan. Les

(i) Les coins de cette médaille, assez endommagés, se trouvent au Musée Monétaire de Paris. Le droit de l'autre est reproduit dans l'étude de Mellier. Il est un peu supérieur comme ressemblance, ce qui ne veut pourtant pas beaucoup dire.

6o LES MÉDAILLES ROMAINES DE CHRISTINE DE SUÈDE

rayons s'avancent jusqu'au bord. La légende sur une banderole en haut. En bas, sur les rayons: 1675.

Christine n'a-t-elle pas été contente de l'œuvre de Chéron, ou a-t-elle simplement désiré un peu de variété et des modules différents? Toujours est-il qu'elle commanda à deux artistes romains de nouvelles médailles NEC FALSO NEC ALiENO, des modules de 36 et 39 mm.

Le jeune fils d'Alberto Hamerani, Giovanni, auquel la reine s'adressa pour la première, était alors au début de sa brillante carrière et possédait déjà toutes les qualités qui ont fait de lui le premier des médailleurs romains de son siècle. Un dessin élégant et correct, une merveilleuse sûreté de main et une pureté de goût qui l'a protégé contre les exigences de la mode, voilà ce qui distingue avantageusement Giovanni Hamerani de ses émules contemporains, et qui donne à ses œuvres, aux monnaies comme aux médailles, un charme particulier.

Il fit pour le portrait de Christine deux cires de 36 mm. L'une fut choisie pour l'exécution du coin (fig. 31). L'autre, qui se rapproche beaucoup du type de la première, fut écartée pour une raison ou une autre. Il fit encore une cire plus grande, de 45 mm., montrant le buste de la reine, de profil à droite, tête nue, portant une cuirasse à écailles, avec ornements en forme de masque sur l'épaule et la poitrine, recouverte d'une draperie agrafée sur l'épaule droite. ^'^ Cette cire est fort

(i) Les deu.x dernières cires se trouvent dans la collection du comte G. Primoli, à Rome, lequel les a achetées, avec beaucoup

belle et très supérieure à la plupart des bustes de Christine, mais ce fut pourtant la première qui eut seule l'honneur de lui plaire. Je devrais plutôt dire d'être acceptée par elle, car, comme nous le verrons bientôt, Christine ne trouva pas le portrait assez ressemblant.

Le soleil du revers a une face moins individuelle que celui de Chéron, ce qui est une incontestable supériorité. C'est bien le traditionnel soleil des conventions héraldiques. Mais l'emploi d'une banderole pour placer la légende donne au type une certaine lourdeur, surtout sur le bronze. ^'^

MÉDAILLES DE G. B. GUGLIELMADA

Droit (fig. 33): CHRISTINA REGINA. Buste de Christine, de profil à droite. Tête nue. Cheveux bouclés et frisés ramassés sous la nuque en un chignon entouré d'un fil de perles. Tunique rete-

d'autres cires des Hamerani, à M™^ Arquari, dont le mari fut le légataire des filles du dernier Hamerani.

(1) Les coins de cette médaille se trouvent à la Monnaie de Stockholm, ainsi que tous les coins des médailles frappées durant la vie de la reine dont il sera question dans la suite.

(2) Je me sers du mot «tunique», quoique ce terme un peu vague ne soit pas d'usage classique pour désigner le premier vêtement féminin. Celui-ci s'appelait chez les Grecs y^izm, chez les Romains pallium et, plus tard, subucula.

nue sur l'épaule par quatre boutons. Sur la poitrine un bijou de forme rhomboïdale, auquel est suspendue une grosse perle. Dissimulées dans les boucles au dessus du chignon les lettres G. F. (Guglielmada Fecit). Module: 39 mm.

Revers (fig. 34): nec falso nec alieno. Un soleil à face humaine, dardant ses rayons, placé au centre du flan. Les rayons s'avancent jusqu'au bord. La légende en haut, contournant le bord.

Giovan-Battista Guglielmada, qui est l'auteur de cette troisième édition, était déjà connu pour avoir fait la médaille de Clément IX tu dominus et magister. Il travaillait à la Monnaie pontificale comme aide-graveur et eut comme tel l'honneur de collaborer avec le chevalier Lucenti, maître de la Monnaie, à la médaille du jubilé de 1675.^'^ C'était un graveur habile, dont le burin reproduisait avec une admirable fidélité dans l'acier du poinçon et du coin le modèle en cire qu'on posait devant lui. Mais il ne fallait pas lui demander beaucoup plus, et surtout pas un effort d'imagination. Exécuteur consciencieux, il était comme créateur d'une médiocrité désolante. Son dessin n'est pas toujours très sûr, notamment en ce qui concerne les mains et les pieds, et ses figures n'ont ni grâce, ni majesté. Sa technique se distingue par l'em ploi fréquent du matoir, surtout pour les chairs. Quant aux portraits, il n'a guère réussi qu'avec Innocent XI. Ce pontife avait un profil si caractéristique, qu'il a dû être presque impossible de le manquer.

(r) Il a aussi fait cinq médailles d'Innocent XI: 1676, 1680 et 1688. Il signe: J. B. Gugliel. F., J. B. G. F., G. F., et G.

Voyez ce qu'il a fait de Christine! Il n'y a pas l'ombre d'une ressemblance. Toute la physionomie est d'une terne fadeur, le cou et le bras sont trop gros, le costume et la coiffure d'une pseudo- antiquité qui frise le ridicule.

Le revers a mieux réussi. Grâce à la simple disposition de la légende, il fait un effet moins lourd que celui de G. Hamerani (fig. 32), mais l'idée de placer le soleil au centre même du flan n'est pas heureuse. Cela donne l'impression d'un grand bouton, plutôt que d'une médaille.

Christine apprécia l'œuvre de Guglielmada moins sévèrement que je viens de le faire. On sait quels jugements inattendus les dames portent sur leurs propres portraits. La reine a évidemment été contente du sien, car elle commanda au graveur deux nouveaux revers, ^'^ pour être frappés avec ce droit, et le chargea d'une nouvelle édition de plus grand module du revers au soleil.

Droit (fig. 35): A CHRISTINA A REGINA A Type fidèlement copié d'après le droit de la MAKEAQS de G. F. Travani. Dans le bout de la boucle retombant sur l'épaule droite la lettre g, initiale du graveur. Grènetis de perles. Module: 63 mm.

Revers (fig. 36): nec falso nec alieno. Un soleil dardant ses rayons, qui s'avancent jusqu'au bord. La légende en haut, contournant le bord, couvrant les rayons. Grènetis de perles.

(i) Ce sont les revers non sUFKiciT(fig. 38) et suFFiciT(fig. 39). Voir p. 65.

La figure du soleil n'est pas aussi nettement séparée des rayons que dans les autres revers, et la rondeur n'en est pas parfaite. Un graveur des plus distingués a cru pouvoir en conclure que Guglielmada a laissé quelque élève travailler à ce revers. Un sculpteur non moins distingué a trouvé au contraire une supériorité dans cette exécution plus libre et plus large. C'est une affaire de goût. Pour ma part, je me range très humblement à l'avis du sculpteur.

La pièce n'est pas datée. Elle doit avoir été faite après 1675, date de la médaille de Gio. Hamerani, mais elle peut même avoir été faite après 1681, époque à laquelle Christine confia à M. Soldani Benzi, en collabo ration avec Guglielmada, la commande de la dernière série de ses médailles. La nec falso nec alieno est une de celles qui constituent cette série, "^'^ et elle a été frappée alors avec quatre nouveaux droits modelés par Soldani^'' et avec trois autres revers, ^'^ dont deux sont de Guglielmada.

(1) Voir p. iio.

(2) Figg. 48, 55, 56 e 57.

(3) Figg- 62-64.

(4) Le beau droit que Guglielmada a copié d'après Travani se trouve frappé avec un de ses nouveaux revers (fig. 64) et avec les revers hic amor haec patria est (fig. 53) et a socio derelicta a DEC RESTiTUTA SUETIA (fig. 72). Une imitation de la nec FALSO NEC ALIENO fait partie de la série des rois et reines de Suède par Arvid Karlsten.

MÉDAILLES DE G. B. GUGLIELMADA

Pl. IX.

Fig. 3S.

Fig- 39

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