MI NIHIL IN TERRIS
ET
LIBERO I NACQVI E VISSI E MORRÔ SCIOLTO
Droit (fîg. 40): CHRISTINA REGiNA. Buste de Christine de profil à droite. Tête nue. Cheveux bouclés et frisés, ramassés sur la nuque en un chignon entouré d'un fil de perles. Tunique retenue sur l'épaule par quatre boutons, dont trois visibles. Le quatrième est caché par une draperie retombant ;\ plis sur la poitrine et retenue sur l'épaule droite par une agrafe de forme ovale, ornée d'un soleil. Dans les boucles au dessus de l'oreille G. F., signature du graveur G. B. Guglielmada. Module: 63 mm.
Revers (fig. 41): mi nihil in terris (Il n'y a rien pour moi sur la terre). Un oiseau de paradis volant à droite au dessus de nuages, sous lesquels on voit une surface plane, devant peut-être représenter la mer.
Revers (fig. 42): libero i nacqvi e vissi e morro sciolto (Libre je naquis et vécus, et je mourrai indépendant). Un oiseau de paradis volant à gauche au dessus de nuages, sous lesquels on voit un paysage montagneux.
Ce grand buste de Christine est un peu mieux réussi que le petit que Guglielmada a fait pour ses médailles précédentes (fig. 33), mais c'est aussi tout dire. Cela
yO LES MÉDAILLES ROMAINES DE CHRISTINE DE SUÈDE
n'a ni beauté, ni caractère. Heureusement ce droit a été peu employé, et on lui a bientôt substitué les bustes plus élégants modelés par Soldani (figg. 48 et 56).
Les revers ne sont pas signés, mais l'emploi du matoir pour les nuages indique Guglielmada comme exécuteur. La pauvreté de la composition et la faiblesse du dessin sont des raisons de plus pour lui attribuer l'œuvre.
Une vieille légende avait fait accroire que l'oiseau de paradis n'avait pas de pieds et vivait continuellement dans les airs. Cette situation, plus poétique que commode, lui avait valu de devenir le symbole du détachement des choses terrestres et des aspirations vers le ciel. C'est bien ce sentiment que Christine a voulu exprimer par la pre mière de ces deux médailles, et la léo^ende mi nihil in TERRIS n'a guère besoin de commentaire. Au fond, c'est la même pensée que celle qui a inspiré non sufficit et suFFiciT, et que nous retrouverons bientôt dans la médaille NÈ MI BISOGNA NE MI BASTA.
Je regrette d'avoir à constater encore une fois un manque d'originalité de Christine. En effet Marie-Madeleine d'Autriche, grande-duchesse de Toscane, épouse de Cosme II, avait déjà longtemps auparavant fait frapper une médaille avec la légende aethera (Vers les cieux), ^'^ dont le revers a évidemment servi de modèle à Christine. Seulement, cette médaille, dont Gaspare Mola est
(l) A.: MARIA MAGD. ARCHID. AUSTR. MACr. DUX ETR. Buste
à gauche. Grènetis de perles. Module: 44 mm. Signé: Gasp. R.: aethera. Un oiseau de paradis s' élevant vers le ciel.
MI NIHIL IN TERRIS Jl
l'auteur, est beaucoup plus belle. L'oiseau de paradis s'enlève au milieu d'un riche paysage, et Mola a su éviter la raide et ennuyeuse position horizontale que Guglielmada a cru devoir donner à son volatile.
Le second revers exprime une idée un peu différente. Ce n'est pas seulement le détachement des choses terrestres, mais aussi, et surtout, la détermination de vivre indépendante d'elles, même au milieu d'elles. C'est au Tasse que Christine a emprunté la légende. Rinaldo a tué en combat singulier son compagnon d'armes Gernando, le fier descendant des rois de Norvège, et Godefroi de Bouillon le condamne à la prison. Tancrède, qui a vainement intercédé en faveur de Rinaldo, court à la tente de son ami pour lui annoncer la sentence. C'est alors que Rinaldo lui répond: ^'^
Difenda sua ragion ne' ceppi involto Chi servo è, disse, o d'esser serve c degno. Libero i' nacqui e vissi, e morrb sciolto Pria che man porga o piede a laccio indcgno.
(C'est aux esclaves et à leurs semblables de se justifier dans les fers. Je suis né libre, j'ai vécu et je mourrai libre; jamais on ne verra mes mains serrées d'infâmes liens).
Sur quoi il prend ses armes et quitte le champ des croi sés en cherche d'aventures.
Dans la liste de revers de médailles que Christine avait dressée en vue de la grande série qui devait for-
(1) Gernsalciuinc liberaia, canto V, ottava 42.
(2) Traduction de Mirabaud, Amsterdam, 1776.
mer son Histoire Métallique/'' série qui, on le sait, ne fut jamais complétée, la paire de médailles qui nous occupe, a reçu des revers différents. L'un devait montrer un oiseau de paradis avec la légende a te quid volui (Qu'ai-je voulu de toi?), l'autre un phénix avec la devise espagnole NY ARREPENTiDA NY DiSDiCHiADA (Ni repentie ni malheureuse)/^^ Toutes les deux devaient porter la date 1679.
La légende a te quid volui, à laquelle Christine est censée répondre: «Rien», exprime la même pensée que Ml NiHiL IN TERRIS, mais il est plus difficile de trouver un rapprochement entre la devise espagnole et le vers du Tasse. Il y a beaucoup de fierté dans les deux, voilà tout. «Ni repentie, ni malheureuse» . . . quel charmant billet pour un amant à recevoir après un premier rendezvous! Si Christine l'avait envoyé à Azzolino en 1655, au début de leur relation, il serait facile à expliquer. Mais en 1679, vingt-quatre ans plus tard? Je crains bien qu'il nous faut renoncer à deviner ce que la reine a voulu dire. Azzolino l'a sans doute su, mais il ne nous l'a pas répète.
(1) Arckenholtz, IV, 185, Revers de mddaillons . - Rovesci di medaglioni, Archives Azzolino, Travaux littéraires, doss. III.
(2) La seconde médaille se trouve, comme la première, frappée avec deux des beaux droits modelés plus tard par Soldani (figg. 56 et 58). Je n'ai pas réussi à retrouver d'exemplaires frappés avec le buste de Guglielmada (fig. 40), mais il ne me semble pas douteux que ce droit ait été originalement employé pour elle aussi bien que pour la première.
MÉDAILLES DE G. B. GUGLIELMADA
Pl. X.
Fig. 42.