MÉDAILLES DU COURONNEMENT DE LA REINE
Fig. 10.
Médaille de Jean Parise.
Fig. 13. Fig. 14.
Médaille de Jean Parise.
au duc de Bracciano, en lui promettant son portrait: ^'^
Lorsque cette heureuse peinture aura l'honneur [d'entrer] dans votre illustre Rome, plaignez avec moi mon grand malheur cjui m'a réduite au point de lui porter envie. J'achèterais, s'il était possible, d'une grande partie de mes autres félicités ce bonheur qu'il aura, mais mon destin m'a tellement ôté l'espérance de ce bien qu'il ne me laisse pas seulement la liberté de le souhaiter. Je le désire pourtant malgré lui, et mon esprit malgré lui rendra ses pensées citoyennes en cette glorieuse ville. Pardonnez à mon transport; il m'a fait parler avec plus de liberté qu'il m'est permis. .S'il était possible d'ajouter la parole à cette peinture, je la ferais parler afin de pouvoir en secret plaindre auprès de vous mon irrémédiable malheur et afin de protester en public que je suis
Monsieur mon Cousin
Votre très afifectionnée Cousine Christine.
Christine, on le sait, fut constante dans cet amour pour Rome, et nous trouverons le même sentiment exprimé dans deux médailles qu'elle fit frapper trente ans plus tard. La médaille de Jean Parise avait été un précurseur.
Un artiste charmant, qui signe E. P. a fait, peu après, deux belles médailles de la reine. Il est vrai que
(1) Voir l'article de l'auteur Cristina di Svesta c Paolo Giordano II, duca di Bracciano dans Archivio délia R. Socieià romayia di sioria patria, vol. XXIX, pp. 16-17, Rome, 1906.
(2) Voir figg. 51 et 53.
(3) Eric Parise.
ce sont plutôt des personnifications que des portraits, mais quelle délicieuse tête que celle de la plus petite (fig. 15)! ^'^ La seule critique qu'on pourrait faire à cette jolie pièce est que le médailleur a donné au plan une forme légèrement concave, ce qui est jugé contraire aux bonnes règles de l'art par beaucoup de connaisseurs.
La plus grande représente la reine en Minerve, coiffée d'un casque richement ciselé (fig. 16). '^'^ A gauche la légende christina; à droite, dans le champ, devant la tête, une branche de laurier. Au revers, un soleil à face humaine dardant ses rayons (fig. 1 7). C'est cette médaille que la reine avait l'habitude de donner, en or ou en argent, à ceux qu'elle voulait distinguer, et notamment aux savants et hommes de lettres.
Le soleil, qui était comme le phénix, une des emprises préférées de la reine, occupe ici pour la première fois un revers tout entier. Je confesse ne pas beaucoup
(1) Module 30 mm. Au revers, trois muses, Polymnia, Melpomène et Calliope avec la légende dvlces ante omnia. Le cabinet de Munich possède une épreuve coulée en plomb du droit avec des traces de gravure indiquant que l'artiste a hésité s'il devait mettre christina regina ou regina christina. Comme on le voit, cette dernière formule a prévalu.
(2) Module 42 mm. On trouve plus souvent cette médaille coulée que frappée.
(3) Elle a inspiré le recueil Car/iihia m Nitmnuim Christinae Reginae, Paris, 1653. — Arckenholtz, Mémoires concernant Christine, Reine de Suède, Amsterdam et Leipzig, 1 751-1760, I, p. 262.
aimer ce soleil trop joufflu et lui préfère décidément les soleils des médailles romaines de Christine. Le lecteur verra bientôt s'il est de mon avis.
Les médailles de Jean Parise et de E. P. ont certainement, entre toutes celles frappées durant le règne de Christine, joui de ses préférences. Elles seules ont quelque chose de ce sentiment classique qu'elle a toujours apprécié, et elles lui ont donné comme un avant-goût de l'Italie, dont l'art primait à ses yeux tous les autres. Christine n'a jamais aimé et compris que la peinture italienne et a franchement avoué son indifférence pour celle des autres pays. Elle écrivait, le i6 mars 1652, au duc de Bracciano, au sujet de sa galerie des tableaux:
Il y a un nombre infini de pièces, mais en dehors de trente ou quarante qui sont des originaux italiens, je ne tiens aucun compte des autres. Il y en a d'Albert Durer et d'autres maîtres allemands, dont je ne sais pas les noms. Tout autre que moi les estimerait beaucoup, mais je vous jure que je les donnerais tous pour une paire de tableaux de Raphaël, et je crois de leur faire encore trop d'honneur. '^^
Christine était tout à fait sincère en écrivant ces lignes. Quand elle quitta la Suède après son abdication, emportant avec elle tout ce qu'il y avait de plus précieux dans les collections du royaume, elle laissa à Stock-
Ci) Voir figg. 32, 34 et 36.
(2) Cris f ma di Svezia e Paolo Giordano II, p. 26. Retraduction de la traduction italienne de l'original français. Celui-ci est perdu.
holm - heureusement pour la Suède - presque tous les tableaux hollandais et allemands.
Avec de telles dispositions elle n'a évidemment pas dû goûter beaucoup les productions des Dattier, des Hôhn et des Rethe. Elle a réservé ses sympathies pour les œuvres des médailleurs romains, auxquels elle allait dorénavant confier le soin de proclamer sa gloire.