ET SINE TE
La première médaille de Christine, après qu'elle eut quitté la Suède, devait déclarer au monde que la reine prétendait n'avoir rien perdu de sa grandeur par son abdication. C'est une pièce coulée (module: 44 mm.), montrant au droit (fig. 18) le buste de la reine, de profil à gauche, la tête entourée d' une couronne de laurier, avec de petites boucles retombant derrière la nuque. L'inscription, christina, est placée à droite derrière la tête. Au revers (fig. 19), une grande couronne royale avec, en dessous, les mots et sine te (Même sans toi).
La devise ne manque pas de fierté, mais Christine ne peut s'attribuer l'honneur de l'avoir inventée. L'idée lui en a probablement été suggérée par deux médailles de Paolo Giordano II Orsini, duc de Bracciano, frappées en 1635. Toutes les deux ont au revers la Fortune, l'une vue de face, l'autre de dos, avec les mots et sine te. Christine était, dès l'année 1649, en correspondance avec le duc, et celui-ci lui avait envoyé, en 1650, un précieux bahut, contenant, comme il écrit à la reine, « quelques bagatelles de ce pays».^'^ Il est permis de croire que le
(i) Voir Cristina di Svezia e Paolo Giordano II, pp. 12-13. De BiLDT. 5
duc, qui était sculpteur, graveur et émailleur, et qui s'intéressait particulièrement aux médailles, n'aura pas négligé cette occasion de lui faire tenir les siennes. ^'^ Il lui envoya aussi, en 1652, un portrait qu'il avait fait d'elle en or et en émail d'après une miniature qu'elle lui avait donnée. Le duc parle de lui-même comme du « peintre >, mais, comme il ajoute que la reine pourrait lire le nom du peintre « sur le revers du portrait » , il me semble probable qu'il s'agit vraiment d'une médaille, coulée et émaillée.
Le duc serait-il l'auteur de la et sine te de Christine? Il reçut la reine avec grande magnificence en 1655, lors de son passage par Bracciano pour se rendre à Rome, mais les descriptions contemporaines des fêtes qu'il lui donna ne mentionnent pas de médaille. Néanmoins il aurait pu en faire une, soit plus tôt, soit plus tard, mais ce n'est là qu'une simple conjecture.
Selon Brenner,*^'^ la médaille de Christine aurait été faite à Rome. Il ne cite cependant ni ses sources, ni aucun fait à l'appui. Elle peut tout aussi bien avoir été
(1) Miiscum Mazzuchclliamun , vol. II, Venise, 1763, reproduit, tab. CXI, huit médailles de Paolo Giordano II, et, tab. CXXIV, quatre de son parent et successeur Flavio Orsini, duc de Bracciano. La légende d'une des médailles de Flavio affirme qu'elle est de sa propre main.
(2) « Quello del pittore leggerà la M. V. nel reverso del ritratto » (op. cit. p. 22).
(3) Elias Brenner, Thésaurus Nuinmorinu Svco-Gothicorum, Stockholm, 1731, (2= édition), tab. VIII, p. 191.