‹ Les médaillonsChapitre 17 sur 53 · A MADAME M. DE F · texte numérisé non relu

A MADAME M. DE F

Ma fenêtre joyeuse et qui n'est jamais close A pour rideau l'épaisse et verte frondaison D'un rang de peupliers qui ferment l'horizon Et qu'un ruisseau moiré, plein de soleil, arrose.

Leur cime frémissante où maint rayon se pose Verse une ombre sereine à ma vieille maison. Us bordent mon jardin, où croît l'herbe à foison, Mais qui rit et m'envoie un frais parfum de rose.

A MA FENETRE

Les feuilles, le murmure humble du ruisseau d'or, Et l'insecte et l'oiseau font un doux quatuor Pour fêter la nourrice adorable, la Terre.

Sous le ciel bleu, tout bleu, le joli, joli chant! J'écoute, et sens en moi, perdu dans ce mystère, L'impossibilité d'être sombre ou méchant.

Tavers.

Elle court, fraîche et vive, Entre sa double rive Que le mois de Maïa Coloria,

L'humble source qui pousse, Avec une voix douce, Bruit de lointains grelots, Ses petits flots.

A l'herbe qui l'écoute Et lui répond sans doute Son murmure discret Conte un secret,

Le secret de Cybèle, Comment elle est si belle, Pourquoi le ru chantant Est si content,

Le secret de la vie Joyeuse, épanouie Dans les flots querelleurs Et dans les fleurs.

Là, sans bruit l'onde glisse Et sur le sable lisse Plein de paillettes d'or Lente s'endort.

Ici de longues herbes Font des tapis superbes, De beaux tissus vermeils Et tout pareils

Aux chevelures vertes Des naïades alertes Plongeant au flot sacré Leur sein nacré :

Le courant qui les baigne Avec plus d'art les peigne, Malgré son nonchaloir, Qu'un démêloir.

Ma rivière charmante Du soleil est l'amante ; Et souvent Apollo . Jette sur l'eau,

Lorsque midi flamboie, Un réseau qui déploie Ses mobiles maillons Faits de rayons.

Papillons, demoiselles Embarrassent leurs ailes Et leurs fins corselets Dans ces filets.

Ma rivière, endormie, De la Lune est l'amie Et lui sert de miroir Quand vient le soir;

La pauvre Lune y mire Son .pâle et froid sourire, Son œil morne et voilé, Son nez gelé,

Ses langueurs, ses chloroses, Sa bouche aux coins moroses, Son visage ennuyé Qui fait pitié.

Pour consoler, ô Lune, Ta secrète infortune, Le bon petit ruisseau Te peint en beau.

Il rajeunit et lave Ta joue et ton œil cave Et ton front de métal Dans son cristal.

Ma source, humble et jolie, A tout, mélancolie, Caprice, éclat, beauté, Grâce et bonté.

C'est pour moi THippocrène D'où me viennent sans peine Des vers menus et courts Comme son cours.

Sous son dais de glycine C'est pour moi la Piscine Qui, mieux que Galien Guérit, pour rien ;

La Piscine sacrée Par l'Archange effleurée Où venaient les lépreux Chez les Hébreux.

C'est pour moi la baignoire Que de son pied d'ivoire Sara se balançant Frôle en passant,

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Lorsque cette ingénue, Rouge de se voir nue, S'attarde, non sans trac, Dans son hamac.

C'est le Léthé qui berce L'âme triste, et lui verse Avec son flot pâli.

Le doux oubli.

Comme à sa Bandusie, Source de poésie, Maître Horace immolait Un agnelet,

Pour la naïade, Reine

De ma claire fontaine,

Ange par la douceur,

Petite sœur

De la nymphe pucelle Qu'a su peindre si belle, Sans doute un jour de mai, Ingres charmé,

Sur la pelouse verte Je sacrifierais certe Des moutons, et tuerais De blancs gorets,

Si je n'aimais les bêtes Que Dieu fit, et leurs têtes Naïves, et leurs yeux Mystérieux.

Tavers.

(De la jetée , le soir).

Lorsque les becs de gaz s'allument sur le bord Des grands quais que la vague opiniâtre ronge, Et nous montrent, là-bas, dans un lointain de songe, De flammes couronnés, les noirs bassins du port,

Chaque lanterne jette un grêle reflet d'or Sur l'eau sinistre ; et plus l'étroit rayon s'allonge, Plus il pâlit : si bien que l'on dirait qu'il plonge, Tout droit, au sein profond du gouffre qui s'endort.

Et le port, miroitant sous l'œil fixe du rêve, Semble un lac Stygien, qui le long de sa grevé N'a point de nénufars et n'a point de roseaux,

Mais des fleurs de lumière aux corolles égales Dont on voit nettement luire, à travers les eaux, Les racines de feu, minces et verticales.

Havre.

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