‹ Les médaillonsChapitre 18 sur 53 · A JOSEPH COUTRET · texte numérisé non relu

A JOSEPH COUTRET

Par les couchants sereins et calmes, les mouettes Vont mêlant sur la mer leur vol entrecroisé : Tels les gris souvenirs pleins de douceurs secrètes Voltigent dans un cœur souffrant, mais apaisé.

L'une dans les clartés rouges et violettes Dort, ou languissamment fend le ciel embrasé ; Une autre, comme un trait, plonge aux ondes muettes Ou se suspend au flot lentement balancé.

LES MOUETTES IOI

Nul oiseau vagabond n'a de plus longues ailes, De plus libres destins, ni d'amours plus fidèles Pour le pays des flots noirs, cuivrés, bleus ou verts.

Et j'aime leurs ébats, car les mouettes grises Que berce la marée et qu'enivrent les brises Sont les grands papillons qui butinent les mers.

Vers le grand soleil d'-or qui, par l'ombre insulté, Ramène sur son front sa pourpre qu'il déploie, — Là-bas, vers l'incendie énorme qui flamboie Sous l'écran violet de l'âtre illimité,

Il vole, il vole, épris d'un désir indompté, L'oiseau gris qui du gouffre et des flots fait sa joie ; Dans cette pourpre ardente il s'enfonce, il se noie, - Et qui le voit du bord le voit dans la clarté.

Jamais il n'atteindra l'astre divin : qu'importe ? — Ainsi vers l'Idéal un saint amour m'emporte, Heureux si je pouvais, dans mes rapides jours,

Loin des réalités et des laideurs humaines,

Sans l'atteindre jamais m'en approchant toujours,

Apparaître baigné de ses lueurs lointaines !

Couchant bizarre. En haut le ciel couleur de brique. Plus bas, rayant le mur de l'éternel palais, Luisent sur une nacre aux chatoyants reflets De minces traits de feu, d'un éclat phosphorique.

Avec une rigueur quasi géométrique Se prolongent tout droit ces lumineux filets, Parallèles entre eux, rouges et violets, Réglant le ciel ainsi qu'un papier de musique.

Des mouettes là-bas, esprits des flots amers, Nouant et dénouant des gammes à travers Cette portée immense aux lignes purpurines,

Dans leur vol cadencé la sèment de points noirs Et notent le chant triste et divin des beaux soirs, Lentement déchiffré par les brises marines.

L'eau répète Le ciel mat.

Calme plat, Mer muette.

La mouette, Qui s'ébat Sur le mât, Le complète,

Simulant D'un vol lent Et perplexe

Un accent Circonflexe En passant.

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