A ALEXANDRE PHILIBERT
Ma cervelle où logeaient tant d'images pressées,
Où mes sensations Mêlaient, en des hasards qui créaient des pensées,
Les multiples sillons,
Ma cervelle où venait s'imprimer toute chose, Où, d'un art très pervers,
Les signes s'unissaient pour faire de la prose, Et quelquefois des vers,
Ma cervelle subtile, et qui jadis à coudre
Des rimes s'amusa, Sent sa pulpe grisâtre aujourd'hui se dissoudre,
En proie au coryza.
Mes lobes cérébraux qui se désagglutinent, Coulent, luisants et mous.
Flegmes, mucosités et glaires dégoulinent Avec d'affreux remous.
Je ne puis plus hélas ! jouir des bonnes sauces,
Respirer le jasmin.
Mon nez roule des flots immondes dans ses fosses,
Comme un éçoût romain.
Comme sur un vieux mur qu'en une sombre rue
L'humidité rongea, Sur mes tempes s'étend la mousse verte et drue,
Et je moisis déjà !
Ma trogne enflée a l'air d'une grotesque ébauche.
Je doute, — triste sort, — Si c'est mon nez, ou mon œil droit, ou mon œil gauche,
Qui pleure le plus fort.