ÉTUDE DE RHUME I
Et mon nez trop mouche semble une betterave
Enorme et cuite à point.
Et le flot que mes yeux versent sur lui le lave,
Mais ne le blanchit point.
Sur mes poils blonds la vague épaisse et toujours neuve
Ruisselle dans ses jeux. Ma barbe pend, et j'ai la tête d'un vieux fleuve
Glauque et marécageux.
Un seul lobe fidèle, attendant l'accalmie,
Reste dans mon cerveau.
Je le sens sous mon front grossir comme une mie
De pain dans un seau d'eau.
Bientôt je ne serai qu'un marais insalubre,
Redouté des passants.
Mes bords pulluleront, vienne le soir lugubre,
De feux follets dansants.
De longs roseaux vont croître en mes ondes opaques.
Même, avant qu'il soit tard, Pour ennuyer Pasteur, dans une de mes flaques,
Va germer un têtard.