II. — La nouvelle
Près de rompre la trame invisible et tenace Où s'agitent, pareils aux poissons dans la nasse, Vénus aux cheveux d'or et son beau cavalier, Vulcain changea d'avis, et d'un ton singulier : « Ma foi, dit-il, j'ai tort! et, réflexion faite, J'étais un malappris d'interrompre leur fête. Ils se trouvent bien là, qu'ils y restent ! Et vous, Rassurez-vous, beau-père, et gardez vos gros sous ! C'est vrai, je n'ai pas su comprendre votre fille, Mais j'aurais dû sauver l'honneur de la famille En me taisant au moins, comme fait tel et tel. Messieurs les Citoyens de l'Olympe immortel,
Prenons congé. Bonsoir. C'est l'heure de la soupe.
Ainsi dit le boiteux ; et la divine troupe,
Le jugeant un peu fou, sortit en clabaudant.
« J'ai là, se dit Neptune, un gendre accommodant,
Mais pourquoi ce tapage et pourquoi ces histoires ? »
Et le Dieu regagna, de ses promptes nageoires,
Sa grotte cristalline où fleurit le corail.
Vulcain fut à Lemnos et reprit son travail. Tant que dura la nuit, muet, sans savoir presque Ce qu'il faisait, arme d'un marteau gigantesque, Sur l'enclume sonore il frappa comme un sourd.
Il revint au palais dès le lever du jour... Sous le filet divin, la Reine de Cythère, Avec des cris et des soubresauts de panthère, De ses ongles roses griffait son compagnon Qui fort brutalement lui tordait le chignon Et tirait à pleins poings sa chevelure éparse. Elle l'appelait monstre, il la traitait de garce... Et, déridant son front, encor que trop chargé, L'ingénieux Vulcain se dit : « Je suis vengé. »