LA SECONDE QUESTE SAINT-SÉVERIN
La rue de Sac-à-lie ^ .
sous. DENIERS.
Nicolas de Nantueil, tave7iiler . ... 15 »
Jehan Berte, poissomiîer de mer . . 10 »
Richart de Rosay, chandelier jj 18
Gilebert Pierre , le serrurier 9 »
Nicolas de Gaans, talemelier- 9 »
Richart ïe Gay, cavalier ^ 6 »
Robert Bertaut, poissonier de mer. 3 »
Nicolas l'Engevin, serrurier » 18
Jehan Bon-aide, plaslrier 6 »
Ferri, le tonnelier 9 »
Jehan Maagier, chanvrier 6 »
Jehan, le mire » 18
' Auj. rue Zacliarie.
^ Boulanger.
^ Savetier.
On se trouve donc, à six cents ans de distance, en présence d'une sorte d' A?iîiiiaire du commerce, tel que celui qui est publié aujourd'hui par la librairie Didot, et Ton comprend quelle lumière un pareil recueil doit jeter sur le passé de notre grande ville.
Mais vous allez voir combien d'écueils sont semés sur la route de l'historien, et avec quelle circonspection doit avancer celui-là surtout qui a l'imprudence de prendre pour sujet d'étude les infiniment petits du temps jadis.
Si tous les habitants de Paris figuraient dans les Tailles dont je viens de parler, on établirait sans peine le chiffre de la population et une foule d'autres statistiques pleines d'intérêt. Tous, malheureusement, n'y sont pas compris. Dans l'ancien droit, il était de principe que le clergé contribuait par ses prières, la noblesse par son sang et le peuple par son argent à la prospérité du royaume. Ce principe, je m'empresse de le dire, souffrait de très nombreuses exceptions, mais les deux premiers ordres n'en étaient pas moins exempts en général des impôts directs désignés sous le nom de Tailles. Les rôles de celles-ci ne comprennent donc ni les membres du clergé, ni ceux de la noblesse, ni même les membres de
rUniversité. D'abord, ces derniers étaient encore tous à peu près gens d'Église; puis, en vertu des privilèges accordés à l'Université, toutes les personnes qui en dépendaient : professeurs, étudiants, avocats, médecins, etc. , ne payaient point d'impôts ' .
Dès que l'étude s'avisa de se produire en dehors des temples et des cloîtres, la papauté s'émut, et pour conserver le monopole de l'instruction, encouragea la fondation desUni-
' Voy. Ecoles et collèges. — Je pense donc que Géraud s'est trompé en nous présentant (p. 524) les trente-liuit charlatans dont j'ai donné la liste comme des médecins, comme les seuls médecins qu'il y eût à Paris. A tout le moins eût-il dû s'apercevoir qu'aucun des personnages célèbres connus povir y exercer alors la médecine, même qu'aucun individu exerçant ce qu'on nomme aujourd'hui une profession libérale, n'était compris dans la Taille qu'il publiait. Bien plus, sa liste contient huit mirgesses, et l'Université n'a jamais admis de femme dans son sein. Ce qui prouve encore que ces trente-huit individus n'appartenaient pas à l'Université, et par conséquent ne pouvaient être médecins, c'est que certains d'entre eux avaient contracté mariage : Sarre, fille d'un sieur Vivant, avait elle-même une fille nommée Florion [Taille de 1292, p. 179); dans une ordonnance de mars 1299 (publiée par Depping, Règlements sur les arts et métiers de Paris j p. 383), je trouve aussi mentionnée « Jehannette, fille de mestre Jehan le Mire. » Tous les gens que M. Géraud regarde comme des médecins, sont, il est vrai, qualifiés de mires et mirgesses, titres qu'ils prenaient et que leur donnait le peuple. Mais la Faculté lutta sans cesse contre ces faux médecins, et celte lutte dure encore.
LKS MKDl.riNS. J 1
versités. Presque toutes ont la même origine. Maîtres et étudiants prennent l'initiative, s'associent pour défendre leurs intérêts. Le pouvoir civil, désireux de favoriser les lettres, exempte de la juridiction ordinaire la studieuse association; en même temps, il demande au pape une bulle qui autorise la création de l'Université et qui désigne le dignitaire ecclésiastique chargé de conférer, au nom de l'autorité pontificale, la licence d'enseigner ^ A la fin du treizième siècle, la papauté et l'Université de Paris sont deux institutions corrélatives. Un seul pape, pour maintenir l'unité du pouvoir religieux; une seule Université , pour maintenir l'unité en matière de doctrine : telle est la règle. Tout individu sachant lire et "écrire est un clerc, et ce titre rattache à l'état ecclésiastique ceux-là mêmes qui ne lui appartiennent pas directement. Il leur impose aussi certains devoirs, le célibat entre autres.
C'était le cas des médecins, et l'on voit beaucoup d'entre eux faire profession dans un couvent ou parvenir aux plus hautes dignités ecclésiastiques. Obizon, médecin de Louis
^ Yoy. plus loin.
le Gros \ était chanoine de Paris, et il se retira à Tabbaye de Saint- Victor^ après la mort de son maître. Espérant le sauver, il lui avait fait avaler, dit Suger, « des potions repoussantes et des poudres si amères qu'il fallait, pour se soumettre à ce régime, posséder un courage surhumaine » Un sieur Pierre Lombard, chanoine de Chartres, fut médecin de Louis le Jeune "^5 mort à soixante et un ans d'une paralysie ^ .
Parmi les médecins attachés à la personne de Philippe- Auguste, on cite Rigord, qui raconta la vie de son maître dans une chronique fort curieuse^, et finit moine à Saint- Denis ; Jean de Saint- Albans, qui se fit dominicain; Gilles de Corbeil, qui devint chanoine de Paris. Leurs soins, unis à leurs prières, nempéchérent pas Philippe-Auguste de mou-
' Lebeuf, Dissertations sur l'/iistoire de Paris, t. II, p. 196.
^ Il fut enterré dans le cloitre. Son tombeau était surmonté d'une épitaplie où on l'avait qualifié de " suuimus medicus. » Voy. G. Naudé, De anticjuitate et dignitate scholœ -medicœ Parisiensis panegyris, 1628, in-S", p. 150.
^ Opéra, édit. Lecoy de La [Marche, p. 142.
* Histoire littéraire de la France, t. IX, p. 194.
° « Morbo paralysis et senio fatigatus obiit. " Guillaume de jSangis, Chronicoi, édit. Géraud, t. I, p. 70.
^ Vila Philippi-Augusti. Dans le Recueil des historiens, t. XVII.
rir à cinquante-huit ans, d'une lièvre quarte, dit Guillaume de Nangis^ .
Un anonyme, qui a écritlavie de Louis VIII, nous apprend que ce prince mourut d'une maladie mortelle^. Les Chroniques de Saint-Denis célèbrent sa chasteté : " Il eust oncques, disent-elles, affaire à femme fors à celé que il prist à mariage^; » et, renchérissant sur cet éloge, Guillaume de Puylaurens rapporte que « sa maladie était de telle nature qu'elle aurait pu céder à l'usage d'une femme ; si bien qu'Archambaud de Bourbon fit introduire dans sa chambre pendant qu'il dormait une pucelle choisie, belle et de bonne maison, à qui l'on avait fait la leçon sur la manière dont elle s'offrirait au roi, lui disant qu'elle ne Aenait pas par envie de débauche, mais pour alléger le mal dont elle avait ouï parler"^. » Louis YIII la repoussa.
Roger de Fournival, né à Amiens, qui fut
* Édit. GérauJ, t. I, p. 169. — ^ oy. aussi Guillaume le Breton, Philippidos lib. XII, édit. Delaborde, t. II, p. 369.
- Il Infirmitas mortalis invasit. » Recueil des historiens, t. XVII, p. 310.
'' Dans le Recueil des historiens, t. XYIl, p. 422.
* Guilehnus de Podio Laurentii, Historia Albigensium, dans le Recueil des historiens, t. XIX, p. 217. — Je cite la traduction publiée dans la Collection Guizot, t. XV, p. 2/'4.
14 I.A VI K PRIVEE D'A U T U EFOI S.
médecin de Louis VIII et de Louis ÏX, paraît s'être borné à l'exercice de son art. Mais saint Louis eut encore auprès de lui Rogner de Provins, chanoine de Paris. Robert de Douai fut chanoine de Senlis et contribua pour une large part à la fondation de la Sorbonne. Ernaud de Poitiers devint chanoine de Saint- Quentin. Dudon, chanoine de Paris, après avoir vu le saint roi mourir de la peste à Tunis, conserva ses fonctions sous Philippe III et sous Philippe IV. Saint Louis décéda le lendemain de la Saint-Barthélémy \ « à l'eure que li fiex^ de Dieu se lessa pener et vout^ mourir en la sainte crois pour le salut du monde '^. »
Si les dignités ecclésiastiques se conciliaient aussi bien avec la profession de médecin ^ , c'est que, comme je Fai dit, tous les membres de l'Université, maîtres et élèves,
^ Guill. de Puylaurens dit la veille. Recueil, etc., t. XX, p. 77.
" Le fds.
^ Voulut.
^ Guillaume de Nangis, daus le Recueil des historienx, t. XX, p. 461.
^ J. Bernier, dans son Histoire chronologique de la médecine (1717, in-^", p. 153 et suiv.), donne une longue liste, des médecins de tous les temps et de tous les pays « qui se sont rendus considérables par la piété de leurs écrits et par les dignités qu'ils ont eues dans l'Église. »
LKS MÉDECINS. 15
étaient astreints au célibat. Avec ou sans dispense venue de Rome, on enfrei^^nait parfois cette règle, mais ce n'était pas toujours impunément, et les statisticiens dont j'ai parlé plus haut eussent dû la faire entrer en ligne de compte dans leurs calculs sur la population. En 1395, la Faculté de médecine refusa d'admettre à l'examen de licence le bachelier Jean Despois ^, parce que, disait-on, il était marié ^. Devenu veuf, il put continuer ses études, et fut même doyen de la Faculté en 1410 et 1411 ^ Un de ses successeurs, Charles de Mauregard, doyen en 14-43, ayant en 1447 commis l'imprudence de se marier, fut déclaré déchu de tous ses droits et privilèges. Le fait était d'autant plus grave qu'il avait épousé une Aeuve, ce qui, aux yeux de l'Eglise, constituait une sorte de bigamie du côté de la femme '' . Cinq ans après, le cardi-
' Joannes de Pisiis.
^ « Eo quod, ut diceLatur, uxoratus est. » Voy. A. F., Recherches sur la Faculté de médecine de Paris, p. 100 et 105.
^ Voy. la liste dressée par Cliomel, Essai historique sur la médecine en France, p. 266. Elle a été complétée par J.-G. Sabatier, Recherches historiques sur la Faculté de médecine, p. 396.
* Voy. J.-A. Hazon, Éloge historique de la Faculté de médecine (1770), p. 46.
liai d'Estouteville \ envoyé de Rome pour réformer FUniversité de Paris , autorisa le maria(je des maîtres, mais non celui des élèves ; jusqu'en 1600 , avant d'admettre les bacheliers à la licence, on leur faisait jurer qu'ils étaient célibataires ^.
Il semble n'y avoir eu à Paris que six médecins sérieux en 1272 et huit en 1274 ^. Les Commentaires ^ de la Faculté nous apprennent qu'il en existait trente-deux en 1395, et ils nous fournissent leurs noms. S'il faut en croire Jean de Jandun, qui écrivait vers 1323 ^, on mettait en eux grande confiance, et leur profession était fort honorée. " L'Université , dit-il, cette tendre mère, a des reconforts pour l'esprit et des remèdes pour le corps. Les médecins, qui travaillent à nous conserver la santé et à nous soigner dans nos maladie^, sont très nombreux. Lorsqu'ils s'en vont par
^ Guileliuus Totavilleus.
- J.-A. Hazon, p. 46.
3 Gliomel, p. 115 et 116.
^ Chaque doyen était tenu de rédiger un coniple rendu de tous les faits importants qui se produisaient à la Faculté durant son décanat. Ces comptes rendus portent le nom de Commentaires, lleliés en 25 volumes in-folio, ils renferment, écrite presque au jour le jour, l'histoire complète de la Facvilté depuis 1395 jusqu'en 1792. Voy, ci-dessous, p. 273. et suiv.
^ De laudibus Purisius, caput iv.
LKS MEDFXINS. 17
les rues avec leurs riches habits et leur bonnet doctoral, ceux qui recourent à leur art n'ont pas de peine à les rencontrer. Oh ! qu'il laut être reconnaissant à ces bons médecins qui se conforment, dans la pratique de leur profession, aux règles d'une savante physique et d'une longue expérience ! » Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette savante physique. Elle ressemblait fort à celle des herbiers, ancêtres de nos herboristes, honorables guérisseurs qui, eux aussi, agissaient au grand jour.
Gomme on l'a vu, la médecine souffrait déjà d'une plaie qu'elle ne parviendra sans doute jamais à guérir. A côté des praticiens clercs, ayant fait des études régulières, une foule de charlatans, herbiers ou épiciers pour la plupart, exerçaient sans droit, fort aimés du petit peuple , auquel ils fournissaient à bas prix de prétendues panacées souvent fort dangereuses. Dès 1281, le doyen Jean de Gherolles leur déclare « qu'ils font grand tort aux habitants de Paris, qu'ils déshonorent la médecine et les médecins^. « En 1332, la Faculté connaissait vingt-trois de ces indi-
' « Apparet manifeste quocl etlam est periculuiii non modicum Parisius habitantium, nec non etiani vertitur in
IS LA VI K PinVKE D'A r T II K FOI S.
vidus ', et elle commençait contre eux et leurs pareils une guerre acharnée ^, au cours de laquelle elle n'eut pas toujours le rfessus.
Dans les carrefours, sur les places publiques, les herbiers attiraient la foule autour d'une table couverte d'un tapis bariolé, et débitaient, à grand renfort de hâbleries, des médicaments admirables. Un poète du treizième siècle, Rutebeuf, nous a conservé le souvenir d'une scène de ce genre. L'herboriste en plein vent débute ainsi :
Seigneurs qui ci este venu, Petit et grant, jonc et clienn % Il vos est trop bien avenu ; Sachiez de voir.
Je ne vos vuel pas desovoir'^, Bien le porreiz aparsouvoir% Ainz que m'en voize.
Asseiz-vos, ne faites noise.
Si escouteiz, c'il ne vos poizc.
Je sni uns mires.
dedecus et in gravciu infainiaui in niedicina pcritoruni. " Dans Cliomel, p. 130.
' A. Chcreau, dans le Dictionnaire des sciences médicales de Decliajnbre, l"^*^ série, t. XV, p. 464.
^ Voy. nne ordonnance de décendjre 1352. Dans les Ordonnances royales, t. II, p. 609.
■* Jeune ou vieux.
* Je ne veux pas vous tromper.
" Apercevoir.
Li:s MKnr.ciNS. 19
Puis il faisait aux badauds amassés autour de lui le récit de ses lon^js \ oyajjcs :
Si ai estei en niainz empires :
Don Caire m'a tenu li sires Plus tVon estei '.
Lonc tanz ai avec li estei, Grant avoir i ai conquestei.
Meir ai passée-.
Si m'en revin(j par la Morée, Où j'ai fait moult grant demorée^, Et par Salerne,
Par Burienne et par Byterne *.
En Puille % en Calabre, Palerne Ai herbes prises
Qui de granz vertuz sunt emprises :
Sus quelque mal qu'el soient mises Li maux s'enfuit.
Puis la prose succédait au chant :
Bêle gent, je ne suis pas de ces povres prescbeurs, ne de ces povres herbiers qui portent boîtes et sachez, et si estendent un tapiz;... ains suis à une
^ Plus d'un été.
^ J'ai passé la mer.
"^ Où j'ai fait un long séjour.
* Peut-être Viterbe.
* Dans la Pouille.
rO LA VIE PRIVKK D'AUTREFOIS.
dame qui a nom madame Trotte de Salerne', qui fait cuevre-cbief ^ de ses oreilles, et H sorciz ^ pendent à chaainncs ^ d'argent par-dessus les espaules. Et sachiez que c'est la plus sage dame qui soit enz quatre parties don monde '^...
' Allusion à la célèbre Trotula que l'on croit avoir été sage-femme à Salerne au treizième siècle. Elle avait, dit-on, écrit un grand nombre d'ouvrages, et l'on a publié sous son nom un traité des maladies des femmes dont elle n'est probablement pas l'auteur. Voy. Gli. Darembcrg, Histoire des sciences médicales, t. I, p. 265, et Malgaigne, OEuvres d' Ambroise Paré, t. I, introduction, p. xiu.
" Couvre-chef.
"' Sourcils.
''' Chaînes.
^ Rutebeuf croit faire une plaisanterie quand il parle des (fuatre parties du monde. On n'en connaissait alors que trois, et encore n'était-on pas bien fixé sur leur situation. Les géographes étaient surtout embarrassés pour placer l'Afrique. Dans une carte dressée au quatorzième siècle, et qui orne un manuscrit des Chroniques de Saint-Denis , Jérusalem est indiquée comme le centre du monde, et se trouve à la même distance de Nazareth que d'Alexandrie. (Voy. Histoire de l'académie des Inscriptions , t. XVI [1751], p. 185.) Pour les uns la terre était carrée, d'autres la faisaient ronde.
On a souvent écrit que l'Eglise condamna comme impie la croyance aux antipodes, et que Virgile, prêtre de Saltzburg, fut excommunié à cette occasion :
Que dirai-je d'un pape et de sept cardinaux.
D'un zèle apostolique unissant les travaux.
Pour apprendre aux humains dans leurs augustes codes
Que c'étoit un péché de croire aux antipodes.
(Voltaire, Epître 55, édit. Beuchot, t. XIII, p. 129.)
D'abord ceci se serait passé vers l'an 750 au temps du pape Zacharie. Ensuite, il parait que Virgile ne pensait pas du tout aux antipodes, et qu'il avait voulu parler seulement
I (SttanottMtiit %cnt/mtfmcm^t onîtte met fa on fa tcrxt e(î pfal ne pot ôeîïanô&e petfnçs (i ôc caaecnce/ caçquâr (t BcwÉf^ oicfoe ' eti cee câBemee a (f e(î fozf pat f effe foice que fa f ect« ctj Oe compf (T ' ao caff etoft ^f fe fait (c ctmtfi qatf fmigfc a ccufiP quiç font que tonkUtwx foitcdnmtatt) cèeeitautKneffbfe egftf?6<î maifone. ik cetcfe Ôc fa tette efî ccinf ôc met (i c|îÔin<fc «) trois patttce/ccjîaffauoû c») eutopc/af?e ([ ôffcicqae.iSacopc fe|î?5Df (xrôiêtiuf^ea (epfêttiorj./Stafieôepme ffptfttfoij (afqnee erj mtbç patmço:i£Mf . <2taffc<qaeDe miôç (ufqcice et) ocùticnt fÇafe afk confient autant a patf fug comme fontenfem6fe&»î)euiP awttee paitiea.
UNE MAPPh MONDE EN 152J.
D'après Le cuer de philosophie^ 1521, in-V, f" cxxi.
LKS ml;di:ci>s. -23
Osteiz vos chaperons, tendiez les oreilles, regardeiz mes herbes que ma dame envoie en cest païs et
d'un peuple supposé qui n'aurait pas été racheté par Jésus- Christ.
Il est certain d'ailleurs <|ue quelques Pères de l'E^jlise ont traité d'al)surde la croyance aux antipodes, et vers le milieu du treizième siècle, on n'osait pas encore s'exprimer trop ouvertement sur ce sujet. Le commentateur de Jean de Garlande, appelé à expliquer le mot pes, ne mentionne les antipodes que sous toutes réserves : « Pes, écrit-il, dicitur a pos graece, a quo antipodes dicuntur habitatores alterius emisperii, si veruni est cos esse. » (JDictionarius, édit. Scheler,
On crut pendant longtemps que la terre se composait de deux hémisphères, « deux demv-ronds divisés par la mer, et icellc non navigable, de sorte que rien ne pouvoit parvenir » d'un hémisphère à l'autre. Si l'hémisphère différent du nôtre était habité, c'est donc qu'il v avait « eu une double création de l'homme, et que ce ne fust d'un seul Adam que toute la race des hommes eut pris son origine : » doctrine contraire aux enseignements de la Bible. (A. Thevet, Cosmoçjraphie universelle [1575], t. I, p. 463.)
Au dix-septième siècle, 1 on n'était pas encore bien fixé sur toutes ces questions. Louis Guyon, dans ses Diverses leçons publiées en 1625, s'efforce de démontrer qu'il peut y avoir des habitants aux antipodes de la terre, et que Jésus- Christ s'est intéressé à eux tout comme aux autres hommes. Il commence par établir cjue la terre est ronde : « Le centre du monde a telle propriété de tirer, par un mouvement naturel et secret, de tous costez les choses plus graves et solides à soy, comme l'aymant attire le fer de tous costez. La terre, qui est la plus grave, s'est attachée au centre du monde, et de tous costez, et par conséquent est ronde. » Ceci clairement démontré, il reste encore à établir comment « les hommes des antipodes peuvent vivre, et sans tomber, avant les pieds contre nous. Je mettrai icy la similitude d'une pomme d'arbre pendue en l'air, laquelle sera tout entourée, tant en haut qu'en bas, par dessous, de tous costez de fourmis.
en ceste terre. Et por ce qu'ele viiet ' que li povres i puist aiisi bien avenir comme li riches, ele me dist que j'en feisse danrée : car teiz^ a un denier en sa borce ^ qui n'i a pas cinq livres.
Et, continuant son boniment, le charlatan étalait aux yeux ébahis de ses naïfs auditeurs des remèdes pour toutes les maladies, et vantait le mérite de ses herbes sans pareilles :
Toutes ces fourmis ne tombent pas, et si vont et cheminent par toute la pomme. » (Tome II, p. 861 et 864.)
Mais le moyen âge ne possédait pas en cosmographie et en physique des notions si solides, si précises. Pour hii, l'extrémité du monde était le sec arbre, point Lien déterminé que mentionne une foule de fabliaux et de mystères. Sur le mont Membre, à deux lieux d'Iiébron en Judée, se dressait un grand chêne qui datait de la création du monde. Cet arbre, resté toujours vert jusqu'à l'époque de la Passion, sécha alors, et il ne devait plus porter de feuilles que le jour où un prince chrétien venu d'Occident ferait dire la messe sous ses branches. (Voy. Voyage de Mandeville , édition gothique sans date [bibliothèque Mazarine n" 18,077 B]. L'édition latine [incunables, n° 1300] est beaucoup moins complète sur ce point.)
Au treizième siècle, on montrait à une lieue de Jérusalem l'arbre qui avait fourni le bois de la sainte croix. (Voy. Les chemins et tes pèlerinages de la terre sainte, dans les Itinéraires a Jérusalem publiés par Michelant et Gaston Raynaud, p. 186.) Au seizième siècle, les pèlerins allaient encore visiter, à une lieue de Bethléem, le cep de vigne planté par ]Noé (Voy. Ant. Régnant, bourgeois de Paris, Voyage d'outre-mer, 1573, in-4°, p. 138).
1 Veut.
2 Tel.
^ Bourse.
LES MKDKCINS. 25
Ces herbes, disait-il, vos ne les iiian{jerez pas; car il n'a si fort biief * en cest pais, ne si fort destrier que c'il en avoit ausi (jroz corne un pois sor la langue qu'il ne niorust^ de mal mort, tant sont forts et ameires : et ce qui est ameir à la bouche si est boen au cuer^. Vos les mctreiz trois jors"* dormir en boen vin blanc; se vos n'aveiz blanc, si preneiz vermeil; se vos n'aveiz vermeil, preneiz de la belle vaue clère : car teiz a un puis devant son liuix ^ qui n'a pas un tonel de vin en son célier.
Yous en prendrez chaque matin pendant treize jours, et par la Passion du Christ, je vous dis que, ce faisant,
Tous sereiz gariz de diverses maladies et de divers mahains '^, de toutes fièvres, de toutes goûtes, de l'enfleure dou cors, de la vainne dou c c'ele vos débat. Car se mes pères et ma mère estoient ou péril de la mort, et ils me demandoient la meilleure herbe que je lor peusse doneir, je lor donroie ceste "^ .
En teil manière venz-je mes herbes et mes oignemens ^ : qui vodra si en preingne, qui ne vodra, si les laist^.
' Bœuf.
- Mourut.
" Est bon au cœur.
^ Jours.
' Sa porte.
'' Malaises.
' Que je leur pusse donner, je leur donnerais celle-ci.
** Onguents.
° Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français,