XI
Coupandi, Et occident] i Impiine per totam terrain.
Saignandi, perçandi, taillandi, coupandi sont de trop. C'était l'affaire des chirurgiens, et un médecin se serait laissé couper la main plutôt que de s'abaisser à une œuvre aussi servile ^ .
On le voit, ce n'est pas la Faculté qui autorisait le jeune licencié à professer la médecine : l'autorité ecclésiastique avait conservé ce privilège, souvenir de son ancienne suprématie sur tout ce qui concernait l'enseignement. A la fin du dix-huitième siècle encore , dans un établissement tout laïque, le Collège de France, les professeurs, laïques aussi, n'entraient en fonctions qu'après avoir prêté serment entre les mains du grand aumônier, qui leur conférait ainsi une sorte d'investiture.
Les licenciés avaient donc le droit d'enseigner la médecine et de la pratiquer; mais pour avoir voix délibérative à l'école, et tenir un rang distingué dans la grande famille médicale, le titre de docteur était indispensable. On pouvait le briguer quelques semaines après
^ Voy. Les chirurgiens.
l'examen de licence, et on l'obtenait sans grande peine. Bien entendu, il y avait encore à observer des l'ormalite's strictement réglées par les statuts '. Le candidat soutenait une dernière thèse, dite la vesperie, qui précédait la séance solennelle où allait être reçu le nouveau docteur.
Avant tout, il lui fallait prêter le serment dont Molière a reproduit exactement le sens dans la cérémonie du Malade imaginaire. Le premier bedeau s'avançait vers le jeune licencié, lui faisait une profonde révérence, et lui disait : « Domine doctorande, antequam incipias, liabes tria juramenta. » Et il en lisait la formule :
V Vous observerez les droits, statuts, lois et louables coutumes de la Faculté ^.
2° Vous assisterez, le lendemain de la Sainl- Luc, à la messe dite pour les docteurs décédés.
3° Vous lutterez de toutes vos forces contre les gens qui pratiquent illégalement la méde-
' Art. 40 à 44.
- « Quod observabis jura, statuta, leges et laudabiles consuetudines hujus ordinis. »
Molière traduit ainsi :
Juras gardare statuta
Per Facultatem prœscripta
Gum sensu et juramento.
cine. Vous n'en épargnerez aucun, de quelque ordre ou de quelque condition qu'il soit '.
Après chaque article, le candidat répondait par l'immortel Juro, le dernier mot que Molière ait prononcé en public.
Le président de l'acte prenait ensuite un bonnet carré, s'en servait pour tracer dans l'air le signe de la croix, puis le posait sur la tête du candidat, qu'il embrassait en qualité de confrère^. Celui-ci montait alors dans la chaire et proposait une question médicale ^ au plus jeune des docteurs assistants. Le président argumentait à son tour. Enfin, dans un beau discours, le nouvel élu rendait grâces au Dieu tout-puissant, à la Faculté et aux personnes présentes'^.
^ « Quod tibi viribus contendes adversus medfcos illicite practicantes, nulli parcendo, cujuscumque ordinis aut conditionis fuerit. »
Molière écrit :
De non jamais te servir De remediis aucunis Quam de ceux seulement doctœ Facultatis, Maladus dut-il crevare Et mori de suo malo.
" Statuta, art. 43.
^ « Quaestionem medicara proponat. »
^ « Tum demum novus doctor Deo optimo maxime, medicorum collegio, parentibus etamicis adstantibus, eleganti sermone gratias agat. >» Statuta, art. 43.
LES MEDECliNS. 101
Il ne possédait encore que le titre de docteur, mais il prenait celui de docteur régent dès qu'il avait présidé à la soutenance d'une thèse. En 1751, il n'y avait encore à la Faculté que huit professeurs * ; ainsi que le doyen, ils étaient choisis parmi les docteurs régents et élus chaque année.
La durée des études à la Faculté était en général de six à sept ans, pendant lesquels examens, disputes et thèses se succédaient à courts intervalles. Les examens ne duraient guère plus de deuxheures, mais la soutenance des thèses était interminable. Pour la quodlibétaire, par exemple, on disputait de six heures du matin à midi ; le président, les bacheliers présents , puis neuf docteurs à tour de rôle accablaient, toujours en latin, le malheureux candidat sous une grêle de questions et d'arguments. Le Diafoirus du Malade imaginaire n'a pas oublié de mentionner ces solennités dans l'éloge qu'il fait de son fils François : « Je puis dire que, depuis deux ans qu'il est sur les bancs, il n'y a point de candidat qui ait fait plus de bruit que lui dans toutes les disputes de notre école. Il ne s'y passe point
' Compris les professeurs de chirurgie, de botanique et de pharmacie. Statuta, art. 51, 55, 56 et 57.
d'acte où il n'aille argumenter à outrance pour la proposition contraire. Il est ferme dans la dispute, fort comme un Turc sur ses principes, ne démord jamais de son opinion, et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique ^ . » Et comme pour rendre la lutte encore plus inégale , l'usagevoulaitque le récipiendaire fournit àses rivaux et à ses juges les moyens de réparer leurs forces. Dans une pièce attenante à la salle des actes, étaient servis, aux frais du candidat, de la bière, du vin et des échaudés. On rapporte même que la dignité du lieu fut quelquefois méconnue par l'effet de trop copieuses libations.
Dès l'année 1395, il est question de thèses dans les Cojnmentaires ; ils n'en fournissent toutefois le titre qu'à partir de 1539. A l'origine, elles consistaient en une grande feuille manuscrite remise au doyen et aux examinateurs. La première qui fut imprimée, porte la date du 17 février 1559, mais pendant longtemps encore, beaucoup d'étudiants se contentèrent de les faire copier. D'abord de format in-folio, elles deviennent in-quarto en 1662.
' Acte II, se. 6.
QUiESTIO MEDICA.
QUODLIBETARHS DISPUTaTIONIBUS MAN£ DîSCUTîENDA
IN SGHOLTS MËDîCORUM.
Die Jovis quianâ Januarii. 1713.