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COSTUME DES MEDECINS AU DIX-UUIÏIEME SIECLE

D'après J.-B. Oudry,

Li<:s Mi:nMCi>is. i49

pierres taillées en gradin, pour faciliter aux docteurs de monter leurs mules et d'en descendre ^. » Les Paradoxes de Bruscamhille nous apprennent que tout bon médecin devait être « pourveu de quatre choses, » dont la première était «.une bonne mule, qui ne soit point fantasque et qui ne le renverse point dans la boue^. » A quatre-vingt-neuf ans, le médecin Guérin faisait encore ses visites à cheval ^, et Gui Patin n'eut jamais d'autre monture^. Dans la consultation de L'Amow^ médecin ^, Tomes vante « sa mule admirable 51 et Desfonandrès « son cheval merveilleux^. » Boileau a rendu célèbre Guénault et son chevaP ; celui du docteur Jean Pecquet s'abattit un jour en pleine rue et lui cassa la jambe ^ . Le docteur Grichard, du Grondeur , pièce jouée en 1693, se servait encore d'une mule^. L'important était de choisir une bête tran-

^ J.-x\. Hazon, Eloge liistorifjue, p. 59.

2 Édit. de 1615, p. 34.

^ Gui Patin, Lettre du 19 décembre 1659, t. III, p. 172.

* Gui Patin, Lettre du 4 février 1650, t. I, p. 512.

* Joué en 1665.

" Acte II, se. 3.

^ Guénault sur son clieval en passant m'éclabousse.

(Satire VI, vers 68.)

^ A. Portai, Histoire de Vanatoviie, t. III, p. 6.

° « Hé, Lolive, qu'on scelle ma mule, je reviens dans un

quille, qui n'exposât pas son maître à perdre la gravité recommandée à tous les docteurs par les statuts de l'école '. Ces statuts contiennent encore bien d'autres prescriptions curieuses que les médecins juraient d'observer. Elles étaient dictées par l'esprit de corps, et elles nous rappellent que la Faculté se regardait alors comme une famille, responsable de la conduite de tous ses membres. Tous étaient assurés de trouver auprès d'elle aide et protection, mais elle exigeait en retour un dévouement sans limite aux intérêts de la corporation. A tort peut-être , les docteurs d'aujourd'hui souriront en lisant ces injonctions extraites des statuts :

Tous les médecins vivront en bonne intelligence.

Nul n'ira visiter un malade sans y avoir été invité ^.

Nul ne fréquentera les charlatans, les empiriques.

Le secret professionnel sera rigoureusement gardé. Nul ne divulguera ce qu'il aura

moment, pour aller voir un malade qui m'attend. » Acte I, et;. 10.

' Article 81.

^ i< Nisi légitime vocatus, » Art. 77.

VU, entendu ou deviné chez les malades ^

Les plus jeunes docteurs se lèveront devant les anciens, les anciens seront polis et bienveillants vis-à-vis des jeunes.

Dans les consultations, le plus jeune donnera son avis le premier, puis chacun suivant son ancienneté.

Les docteurs appelés en consultation prendront riieure du plus ancien et auront soin d'être exacts, de peur que le retard d'un seul ne gêne ses collègues ou ne mécontente le malade ^.

Toutes les ordonnances seront écrites en latin, signées et datées. Elles porteront le nom du malade ^.

Dans les assemblées de la Faculté, les docteurs se conduiront avec décence et gravité. Ils opineront suivant leur rang d'ancienneté, tranquillement, paisiblement, et l'un après l'autre ^.

Les statuts seront lus tous les ans à haute voix par le premier bedeau, le jour de Saint-

* » ^'Egroruin arcaiia, visa, audita, iiitellecta eliminet nemo. » Art. 77.

^ « iSe vinius niora a?gro inolestiam, vel caetcris collegis incoininoduiii afferat. » Art. 78.

3 Art. 79.

* « Ti'anquille, placide et sigillatim. » Art. 81.

Luc, en présence des docteurs assemblés après la messe ^ .

Comme aux siècles précédents ^, les médecins étaient tenus de veiller sur l'àme de leurs clients. Pie V leur interdit de faire plus de trois visites à un malade qui ne se serait pas confessé depuis le début de ses souffrances^. La bulle est du 8 mars 1566, et je ne trouve, avant le dix-buitième siècle, aucun acte émané de l'autorité civile qui se soit associé à cette défense. Le 8 mars 1712 seulement, une Déclaration royale l'approuva en l'amplifiant, et menaça de peines sévères toute désobéissance. Le pape accordait trois visites, le roi n'en permet plus que deux : quand le docteur arrive pour la troisième fois, il doit se retirer aussitôt si son malade ne lui présente un billet de confession :

Tous les médecins de nostre royaume soient

^ « Eaque singulis annis, die festo Sanctce Lucae, post rem sacrani, omnibus doctoribus adstantibus in scholis superioribus, jubeant a majori bidello publiée recitari. » Art. 84.

* Voy. ci-dessus, p. 30.

^ « Statuimus quod omnes medici, cum ad infirmes in lecto jacentes vocati fuerint, ipsos ante omnia moveant ut idoneo confessori omnia peccata sua confiteantur, neque tertio die ulterius eos visitant. » Bibbothèque nationale, manuscrit n° 21,737, f° 7.

LES MEDECINS. 15:î

tenus, le second jour qu'ils visiteront les malades attaquez de fièvre ou autre maladie qui par sa nature peut avoir trait à la mort, de les avertir de se confesser. Et en cas que les malades ou leurs familles ne paroissent pas disposez à suivre cet avis, les médecins seront tenus d'en avertir le curé ou le vicaire de la paroisse dans laquelle les malades demeurent, et d'en retirer un certificat signé du confesseur desdits curés ou vicaires, portant qu'ils ont esté advertis par le médecin d'aller voir lesdits malades.

Défendons aux médecins de les visiter le troisième jour, s'il ne leur paroist pas par un certificat sig^né du confesseur desdits malades qu'ils ont esté confessez.

A peine pour la première fois de trois cents livres d'amende; pour la seconde, d'être interdits de toutes fonctions pendant trois mois ; et pour la troisième fois, d'être déchus de leurs degrés et privés pour toujours du pouvoir d'exercer la médecine en aucun lieu de notre royaume...

Ordonnons qu'il en sera usé de la même manière pour les chirurgiens et apotliécaires...

N'entendons, au surplus, dispenser les médecins, ni les chirurgiens et apotliécaires, d'avertir les malades, même avant le second jour de leur maladie, de se confesser, lorsque la qualité du mal l'exigera'.

Le duc de Bourbon, premier ministre sous

^ Bibliothèque nationale, manuscrit n" 21,737, f''41.Voy. aussi IsamLert, Anciennes lois françaises, t. XX, p. 573.

Louis XV, ne se contenta pas de puiser à pleines mains dans les caisses de l'État et de spéculer avec les frères Paris. Gouverné par sa maîtresse la marquise de Prie, aussi rapace que son amant, ce saint homme, voleur et libertin, voulut être en même temps le zélé protecteur de TÉglise et des mœurs. Sous son ministère , les persécutions religieuses recommencèrent dans toute la France, et les protestants en furent presque réduits à regretter le règne de Louis XIV. Parmi ses titres de gloire figure la Déclaration du 17 mai 1724, qui confirme les dispositions citées plus haut '. Je malmène un peu, dans ce volume, l'ancienne Faculté, et ce sera bien pis quand je raconterai l'histoire de ses luttes avec les chirurgiens. Je ne veux donc pas négliger l'occasion qui se présente de faire son éloge, et je constate à sa louange que la plupart des médecins osèrent éluder cette ordonnance et si salutaire, » pour parler comme les écrits du temps.

' " Les secours spirituels n'étant en aucuns temps plus nécessaires, surtout à ceux de nos sujets qui sont nouvellement réunis à l'Eylise, que dans les occasions de maladies oti leur vie et leur salut sont également en danger. Voulons... » Dans Isambert, t. XXI, p. 265.

Les uiéilecins du roi. — Ils sont dispensés de produire des {jrades universitaires. — Pour réussir, la science ne leur suffisait pas. — Médecins et mort des rois de France depuis Louis XII juscju'à Louis XVI. — Coniiucnt se pratiquait l'autopsie du roi. — Le Journal d'iléroard. — Le Journal de la santé de Louis XIV. — La cliarjje de preiuier médecin vendue par Mazarin. — Prudence du Régent. — Serment que prétait le premier médecin avant d'entrer en fonctions. — Ses appointements, ses privilèges, sa clientèle. — Acquérait le titre de comte. — Ses armoiries. — Service médical de la maison du roi. — D'Aquin et Fagon. — Satires contre les médecins de Cour.

La plus haute dignité à laquelle put prétendre un docteur était celle de médecin du roi. Le choix fait par le souverain dispensait même de tout grade universitaire : l'article 74 des statuts de la Faculté permet expressément l'exercice de Fart médical aux licenciés, aux docteurs et aux gens attachés comme médecins à la maison du roi ou à celles de la famille royale ^ La charge d'archiàtre ou premier

' « Nullus Lutetiae medicinam faciat, nisi in hac medicorum schola licentiatum aut doctoratum assecutus fuerit... aut in album medicorum regiorum relatus sit, Piegique christianissimo vel ejus familiae re ipsa inserviat. '> La Faculté envoya le bonnet de docteur à Lieutaud, premier médecin de Louis XV. V^oy. Guyot, Traité des offices, t. I, p. 545.

153 LA VIE PllIVÉE D'AUTREFOIS.

médecin du roi, recherchée à la fois pour rhonneiir et le profit que l'on en retirait, fut presque toujours remplie par des personnages habiles. Si beaucoup de docteurs restés célèbres ne r obtinrent pas ou ne surent s'y maintenir, c'est que la science ne suffisait pas pour faire bonne figure à la Cour. Il y fallait réunir le tact de Thomme du monde, l'exquise politesse de manières et la souplesse du courtisan, montrer de la complaisance sans servilité, n'être ni négligent ni trop empressé, ni hautain ni trop familier.

Lestoile raconte que Nicolas Petit, premier médecin de Henri IV, ^ ne pouvant accommoder sa vie ni ses mœurs à celles de la Cour, obtint de se retirer en sa maison à Gien, aimant mieux gouverner là son compère le savetier et boire librement avec lui , que de courtizer et gouverner les dieux de la Cour, avec envie possible et calomnie, à laquelle ceux de cest estât sont volontiers exposés. » On lui trouva sans peine un successeur, et d'autres après celui-là. L'un d'eux, le laborieux Dulaurens, mourut, dit-on, à la peine, « parles veilles qu'il lui falloit souffrir près le Roy, lequel quand il ne pouvoit reposer envoioit quérir ledit docteur pour lui venir lire, et le

faisoit souvent relever en plein minuit ' . u Louis XIV tourmentait moins ses médecins, mais il n'aimait pas que Fa(jon se servît du mot ordonnance, et Louis XY reprit assez vivement Chirac pour avoir dit il faut en lui parlant.

Les trois meilleurs médecins de Louis XII furent :

Salomon de Bombellie.

Jean Loysel (Joannes Avis), élu doven de la Faculté en 1470.

Guillaume Gop , Suisse d'origine , mais docteur de Paris, plus helléniste que médecin.

Tout le monde sait que Louis XII mourut , comme Philippe VI, ayant sur son vieil k^e épousé une jeune femme. « La belle Marie d'Angleterre fut cause de sa mort, pour l'embrasser trop souvent, » écrit Brantôme ^.

François I" eut pour médecins :

Guillaume Cop.

Louis de Bourges, qui alla rejoindre en Espagne son maître prisonnier de Charles-

' Lestoile, Journal de Henri IV, 26 septembre 1609, édit. Michaud, t. XV, p. 537.

^ Tome III, p. 243, et voy. Variétés gastronomiques, p. iOi.

15S LA VIK PRIVKE D'AU TRKFOIS.

Quint. Il était fils du médecin de Charles VIII, et il fut tenu sur les fonts baptismaux par Louis XII ^.

Guido Guidi (Vidus Vidius), noble florentin, professeur au collège de France.

Jean Gœurot^, qui eut l'idée, alors toute nouvelle, de publier en français un petit manuel de médecine à l'usage des gens du monde ^.

Martin Sans-malice, qui se fit appeler Akakia, traduction grecque de son nom. Ses descendants furent représentés comme médecins de la Cour jusque sous Louis XIII.

Jean Desjardins, qui latinisa son nom, et devint ainsi Jean Hortensius.

Philippe de Flesselles.

Jérôme de Varade, etc.

Trois vers célèbres ont appris à tous que

^ Hazon, Notice des hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine de Paris, p. 24.

^ La Nouvelle biographie générale le nomme à tort Jean Gœutot.

2 Summaire tressingulier de toute médecine et cyrurgie, spécialement contre toutes maladies survenantes au corps humain. Composé et approuvé par maistre Jehan Goeurot, docteur en médecine et médecin du treschrestien roy de France, Françoys, premier de ce nom. Iu-18, gothique, 8. 1. n. d. Très rare, mais souvent réimprimé sous d'autres titres.

Li:S MEDECINS. 159

François F' mourut au château de Rambouillet, en 1547, de la svphilis. L'assertion est contestable. Qu'il ait contracté très jeune cette maladie, cela n est point douteux; qu'il l'ait transmise à la reine, Brantôme seul l'affirme ^ Mais on soignait déjà la svphilis, on connaissait déjà les propriétés du mercure, et Paracelse entre autres l'administrait avec une redoutable prodigalité. La guérissait-il? Oui, à cela près que, comme aujourd'hui d'ailleurs, il en restait toujours quelque chose, et Brantôme a raison d écrire qu' « elle advança les jours du roi"^. » Lui-même en convenait: « Les excès de la jeunesse et de la volupté 1 affligeoient de langueurs incurables, et tiroient souvent de sa bouche cette confession que Dieu le punissoit par où il l'avoit offensé ^. » Un savant spécialiste, ^L le docteur Cullerier, chirurgien de l'hôpital du Midi, nie que François I" ait succombé aux suites de la svphilis ; il attribue sa mort à « une affection des voies urin aires, avec abcès dans les environs du canal de Turètre, accompagné proba-

i Tome YIII, p. iOT.

^ « Les dames plus que les ans luv causèrent la mort, » dit Tavanues. Mémoires, édit. Michaud, t. YIII, p. 136. ^ Pierre Matthieu, Histoire de France, t. I, p. 28.

160 LA YIK PRIVÉE D'AUTIIKFO I S.

blement crime fistule urinaire '. » Concluons donc par cette citation empruntée aux mémoires de Tavannes : « La vie des papes, des roys n'est de longue durée... Les voluptez les accablent, il leur semble estre immortels, que rien ne leur sçauroit nuire. Aveuglez de leur bonne iortune, les viandes non communes, les femmes, les artifices irritent les appétits au préjudice de leur santé... Il ne se peut mieux conseiller aux roys pour leur santé de ne penser commander aux maladies comme ils font aux personnes ^ . »

Les principaux médecins de Henri II furent :

Louis de Bourges.

François Miron , que nous retrouverons encore sous deux règnes.

Jacques de Sainte-Marthe, appartenant à la famille des illustres historiens de ce nom.

Jean Fernel, le plus célèbre médecin du seizième siècle. Gui Patin écrivait le 29 mars 1656 : « Je tiendrois à plus grande gloire d'être descendu de Fernel que d'être roi d'É-

^ De quelle maladie est mort Fj-ançois I"^^ ? Dans la Gazette hebdomadaire de médecine, n" du 5 décembre

' Mémoires, édit. Michaud, t. VIII, p. 245.

LKS MEDECINS. 161

cosse OU parent de l'empereur de Constantinople '. »

Jean Chapelain. Il soigna le roi lors de l'accident qui lui coûta la vie ^.

Chapelain conserva sa place de premier médecin sous François II et sous Charles IX. Il eut pour collègues :

François Miron.

Jacques de Sainte-Marthe.

Guillaume Milet, etc.

On sait que François II, né faible et scrofuleux, succomba tout jeune encore à un abcès tuberculeux de l'oreille. Suivant une tradition rapportée par Le Laboureur, « un valet de chambre huguenot empoisonna la coiffe de son bonnet de nuit à l'endroit qui répondoit à son oreille ^. » C'est là une fable bien conforme aux idées du temps, et qui ne vaut pas la peine d'être réfutée.

Charles IX accorda surtout sa confiance aux médecins :

François Miron.

Jean Mazille.

' Tome III, p. 59.

- Voy. Les chii-urgiens.

' Additions aux mémoires de Castelnau, t. I, p. 541.

Nicolas Dortoman, Hollandais, docteur de Montpellier.

Léonard Botal, apôtre de la « fréquente saignée ' . »

Louis Duret.

P2n ce qui touche la mort de Charles IX, l'imagination des chroniqueurs s'est montrée d'une grande fertilité. On l'a attribuée à une variole négligée, aux suites de la syphilis, à une sueur de sang, à un empoisonnement, etc. Mazille, alors premier médecin, crut à une fièvre tierce. Il est d'autant plus facile de ruiner toutes ces hypothèses que Guillemeau nous a transmis le procès-verbal de l'autopsie du roi^. Elle fut faite par lui, assisté de huit chirurgiens, sous la direction de Mazille qu'entouraient neuf médecins ordinaires. En somme, Charles IX était phtisique, et son autopsie prouva qu'il avait succombé à « une broncho-pneumonie entée sur des lésions avancées de tuberculose pulmonaire ^. »

Guillemeau fait précéder de ces quelques

' Voy. Les chirurgien.'!.

' OEuvres de chirurgie, édit. de 1649, p. 856. — Je le reproduis ci-dessous, p. 291.

^ D" Brouardel et Gilles de la Tourctte, La mort de Charles IX, dans Les grandes scènes historiques du seizième siècle.

lignes le procès-verbal qui fut sans doute rédigé par lui :

Le Roy estant mort, son premier médecin et son premier chirurgien, assistez des médecins et chirurgiens ordinaires de Sa Majesté, se trouvent à l'ouverture du corps, ensemble le grand chambellan, le premier gentilhomme de sa chambre et le maistre de la garderobe, accompagnez de ses premiers vallets de chambre et vallets de garderobe.

Le corps estant mis et posé sur une table, couvert d'un grand linceul, son premier médecin commande aux chirurgiens d'en faire ouverture, pour voir et cognoistre quelle peut estre la cause de sa mort,^ afin d'en faire un rapport à vray, et le signer tous ensemble.

Ce que tous ayant diligemment observé, tost après le corps est embaumé par lesdits chirurgiens.

Et d'autant que j'ay assisté à telles cérémonies plusieurs fois, et que cela peut servir à ceux qui ne l'ont veue observer, j'ay mis icy le rapport qui fut fait du corps du feu roy Charles neufiesme, pour l'ouverture et embaumement duquel je fus commandé par Monsieur de Mazilles, son premier médecin, de l'ouvrir, en la place de feu Monsieur Paré, son premier chirurgien, mon maistre, au logis duquel j'estois pour lors demeurant.

On doit citer parmi les médecins de Henri III :

François Miron.

164 LA VIK PlUVEK D'A UT R KFOI S.

Jean Mazille. Il mourut en 1578, dit Lestoile ' .

Louis Duret. Hazon raconte que quand sa fille se maria, le roi la conduisit à l'église, assista au repas de noce, et donna à l'épousée toute la vaisselle d'or et d'argent qui avait servi pendant le festin ^.

Nicolas Dortoman.

Léonard Botal.

Marc Miron. Il avait accompagné le roi en Pologne, et facilité sa fuite.

Henri III fut frappé par Jacques Clément à huit heures du matin. Le roi venait de se lever, il était assis sur sa chaise percée, ayant une rohe de chambre jetée sur les épaules ^. Le couteau du jacobin l'atteignit au basventre, « l'iléon fut percé d'outre en outre, selon la largeur du Cousteau, de la grandeur d'un pied ^. » Le chirurgien Portail accourut; il trouva le roi ensanglanté, qui venait d'arracher l'arme restée dans la blessure « et

' Journal de Henri III, édition Michaud , t. XIV, p. 106.

^ Eloge historique, p. 45, — J^estoilc dit seulement qu'il lui donna dix mille écus. Voy. au 13 novembre 1582.

^ Lestoile, 1" août 1589.

* Procès-verbal d'autopsie. Je le reproduis ci-dessous, p. 293.

LES MKDEGINS. 165

lenoit ses boyaux entre ses mains '. » Henri 111 mourut le même jour. IMais dej)uis lon^jtemps sa santé avait été compromise par les suites de la maladie qui paraît avoir empoisonné le sang de tous les descendants de François I". Sur ce sujet, Lestoile s'exprime si crûment que j'hésite à reproduire sa phrase ^. DeMayer, au contraire, dissimule la même idée sous des fleurs de rhétorique : « G'estoit, écrit-il, la main des plaisirs qui avoit défiguré Henri III. Il avoit trouvé à côté de la beauté des poisons cachés; un venin corrupteur circuloit dans ses veines ^. »

Le procès-verbal d'autopsie de Henri lY est signé par les médecins : A. Petit, A. Mi- Ion, deLorme, Regnard, Héroard, Le Maistre, Falaiseau, de Maïerne, Hubert, Le Mirrhe, Carré, Auberi, Yvelin , Delorme le jeune, Hautin, Pena, Lusson et Seguin ^.

Je mentionnerai seulement quatre des médecins de Louis XIII :

' Duc d'Angoulême, Mémoires, édit. MicKaud, t. XI, p. 65. — Lettre siw le siibject de la mort du Jloy, à la suite du Journal de Lestoile, édit. de 1876, t. III, p. 380.

* Journal de Henri IIJ, 23 janvier 1579.

^ Galerie plii'osophiquc, t. II, p. 83.

^ Sur la trépanation de Catherine, la mort de Henri IV et celle de Richelieu, voy. Les chirurgiens.

166 LA VI K PRIVÉt; D'AUTREFOIS.

Jean Delorme.

Charles Delorme, fils du précédenl. « Il n'étoit pas ignorant, mais grand charlatan et effronté courtisan, » écrit Gui Patin '.

Jean Héroard, dont je parlerai plus loin.

Charles Bouvard, médecin énergique et la providence des apothicaires. En un an, il fit administrer à Tinfortuné Louis XIII 215 purgations, 212 lavements et 47 saignées'^. Il prétendait que si Anne d'Autriche était devenue enceinte après vingt-deux ans de stérilité, elle le devait aux eaux de Forges, qu'il lui avait ordonnées ^. Bouvard fut anobli par édit de mai 1639 ^

Louis XIII mourut, âgé de quarante-deux ans, le 14 mai 1643. Dès le lendemain matin, Ton procéda à l'autopsie. On étendit le corps sur une table, deux bassins placés sur un billard voisin reçurent, l'un les intestins, l'autre le foie, la rate et le cœur ^ .

' Lettre du 18 juin 1658, t. II, p. 398.

- Aiuelot de la lloussaye, Mémoires liUloriquex, t. I, p. 518.

^ Voy. Les médicaments, p. 176.

* Ledit est reproduit dans le manuscrit n" 21,737, f** 79, de la Bibliothèque nationale.

^ Dubois [valet de chambre du roij, Mémoire fidèle des choses qui se sont passées a la mort de Louis XIII. Dans la collection Michaud, t. XI, p. 531.

LES MEDECIiNS. 167

On lui trouva, écrit Gui Patin, le foie tout desséché, comme aussi étoit toute l'ijabitude du corps; un abcès crevé dans le mésentère, de la largeur d'un fond de chapeau, avec quantité de san^j épandu dans le caecuui, colon et rectum, qui en étoient tous (jan[;renés. Le pus étoit un peu verdâtre et fort puant. 11 avoit vidé quelques vers durant sa maladie ; on en trouva encore un g^rand dans son ventricule ', avec cinq petits qui s'y "étoient engendrés depuis peu par le lait, avec horrible quantité de sucre qu'il a pris durant sa maladie. Il avoit aussi les deux poumons adhérens aux côtes, et un abcès dans le côté g^auche, avec beaucoup de sérosité dans la poitrine. Voilà tout ce qui s'en est dit, et dont tout habile homme peut mourir.

M. Bouvard n'est plus rien : il a de réserve une bonne pension, et est retiré chez lui avec soixantedix ans qu'il a sur la tête. M. Gousinot, son gendre, est premier médecin du roi, et a suivi la fortune de son maître M. le Dauphin^.

En somme, les symptômes indiqués par Gui Patin semblent démontrer que Louis XIII, de constitution malsaine et tuberculeuse, succomba à une pleurésie.

Louis XIV eut pour premiers médecins :

Jacques Gousinot 3 1643 à 1646

' L'estomac.

2 Lettre du 19 juin 1643, t. I, p. 288.

^ Pour un rhumatisme, il fut saigné soixaate-quatre fois

François Vaultier ' 1646 à 1652

Antoine Vallot ^ 1652 à 1671

Antoine d'Aquin^ 1671 à 1693

Guy-Grescent Fagon 1693 à 1715

Louis XIV "rendit l'âme le 1" septembre 1715, à huit heures un quart et demi du matin, sans aucun effort, comme une chandelle qui s'éteint"^. » Il mourait de gangrène sénile, maladie alors à peu près inconnue. Le procès-verbal d'autopsie constate que « la cuisse gauche s'est trouvée gangrenée, aussi bien que les muscles du bas-ventre , et cette gangrène montoit jusqu'à la gorge. »

en huit mois. « iVprès, on commença à le purfjer, d'où il fut soulagé, et en guérit à la fin, >> G. Patin, Lettre du 16 avril 1645, t. I, p. 353.

^ Ou Vautier. « Il se pique de trois choses, de savoir de la chimie, de l'astrologie et de la pierre philosophale. " G. Patin, Lettre du 6 décembre 1644, t. I, p. 347.

^ Ou Valot. Surnommé Gargantua, « depuis qu'il tua Gargant, intendant des finances, avec son antimoine. » G. Patin, Lettre du 2 juin 1657, t. III, p. 77.

^ Louis-Henry d'Aquin, médecin ordinaire du roi et père d'Antoine d'Aquin, avait été anobli en 1669. Voy. Jal, Dictionnaire c iticjue, p. 59.

^ Journal de Dangeau, 1" septembre 1715, t. XVI, p. 136. — Lefebvre, qui reproduit cette phrase, trouva sans doute le mot chandelle trop vulgaire, et écrivit : « comme une bougie qui s'éteint. » Journal liistoricfue de tout ce qui s'est pa'ixe depuis les premiers jours de la maladie du Boiy 1715, iu-18, p. 67.

LES MEDECIlNS. 169

Les premiers inédecins de Louis XV se sont succédé dans Tordre suivant :

Louis Poirier 1715 à 1718

Claude Dolart ' 1718 à 1730

Pierre Chirac 1730 à 1732

François Chicoyneal^ 1732 à 1752

Jean-Baptiste Sf.nac 1752 à 1770

Louis-Guillaume Lemonnier. 1770 à 177-4

Louis XY mourut de la variole, le 10 mai 1774, à deux heures après midi. Le corps était dans un tel état de décomposition que l'on n osa en faire l'autopsie. Comme le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chamhre, reprochait au chirurgien Lamarlinière sa pusillanimité, celui-ci répondit : « M. le duc, je consens à ouvrir le corps du roi, comme c'est ma fonction ; mais vous remplirez la vôtre qui est de tenir la tète de la feue majesté, M. le chambellan la sienne qui est de recevoir le cœur, etc. Je vous préviens avant qu'en peu d'heua^es nous sommes tous morts ^ . » Le duc eut le tort de ne pas insister. Bien plus,

^ Il choisit pour sa thèse de doctorat (janvier 1687) le sujet suivant : An in tanta multitudine medentium pauci medici ? et conclut affirniatiTement.

" Gendre de Chirac.

' P. de Mairobert, Journal historique, 14 mai 1774, t. YI, p. 7.

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