‹ Les médecinsChapitre 25 sur 44 · XI · texte numérisé non relu

XI

miire considération , ordonnent des médicamens aux malades lors de la canicule, il leur font courir hazard de mort. » Ceci était écrit par Gabriel Clément ^ , médecin ordinaire du roi. Et Fabbé de Clioisy raconte que le célèbre Brayer, appelé en consultation auprès de Mazarin, ayant eu l'imprudence de lui dire « qu'il paroissoit une comète , le cardinal se l'appliqua aussitôt, et répondit en acceptant l'au^jUre : La comète me fait trop d'honneur ^. » Enfin, le 23 avril 1699, on soutint solennellement à la Faculté la thèse suivante : An cometa inorhoriun prœnuntius ^?

Mais l'homme n'était pas soumis seulement à l'influence des astres, il l'était aussi à celle des nombres. Cette doctrine remontait, paraît-il, à Pythagore, mais elle s'était bien perfectionnée en traversant les âges, et elle n'avait pas encore perdu tout crédit à la fin du dixseptième siècle.

Dans le cours de sa vie, l'homme se heurtait sans cesse à des échéances fatales, années difficiles à passer, et à l'approche desquelles il fallait plus que jamais veiller sur sa santé.

' Le Irespas de la peste, 1626, in-12, p. 54. - Mémoires, édit, Michaud, t. XXX, p. 572. " Bibliothèque Mazarine, recueil n° A 11,773.

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C'étaient les années climatérirjues ' ou critiques. Le noml)re 7 et ses multiples déterminaient le moment de ces crises redoutables.

Le savant Corneille Agrippa, pensionné par François I" et médecin de sa mère Louise de Savoie, soumit ce noml)re 7 à une étude approfondie'"^ où Ion apprend, entre autres belles cboses, que :

Le monde fut créé en 7 jours.

Adam et Eve sont restés 7 heures dans le paradis.

Les animaux entrèrent 7 par 7 dans l'arche.

Esaïe compte 7 dons du Saint-Esprit.

On trouve dans l'Évangile 7 béatitudes.

Jésus ressuscita le 7^ jour.

Relativement à la vie humaine, chacun sait, dit-il, que :

La 7^ heure décide de la vie de l'enfant.

A 7 mois, les dents apparaissent.

A 21 mois, l'enfant commence à parler.

A 35 mois, il peut être sevré.

A 7 ans, tombent les premières dents.

A 14 ans, commence la puberté.

A 21 ans, F enfant est homme.

' Du grec xÀttia^, écliellc, degré.

^ If.-C. Agrippes opéra, Lyon, s. d., in-S", lib. II, cap. x, p. 140 et suiv.

A 35 ans, iLcesse de grandir.

A 42 ans, ses forces cessent d'augmenter.

A 49 ans, son âge le rend parfait.

70 ans est le terme ordinaire de la vie.

Sur ce dernier point. Agrippa se montrait plus généreux que ses confrères, qui regardaient la soixante-troisième année comme la grande, la terrible climatérique, sans doute parce qu'elle est le produit de la multiplication de 7 par 9, deux nombres impairs de la plus haute valeur ^ Pour le nombre 9, c'est assez prouvé par les 9 mois que l'enfant passe dans le ventre de sa mère et par les 9 jours que nos sages-femmes accordent à leurs pensionnaires après l'accouchement. Au siècle dernier, l'on disait encore couramment d'une personne décédée à 63 ans qu'elle était morte «dans son année chmatérique.» En revanche, quand on avait , sans accident , traversé ce dangereux passage, on se croyait sûr de son affaire pour longtemps. Battista Codronchi , célèbre médecin italien , a dressé une liste de 400 personnages qu'il déclare être morts dans une de leurs années climatéri-

' Voy. P. Bungus (Pietro Bongo), Numerorum mys teria, etc., 1618, 111-4°.

ques '. Naturellement, il commence par Adam qui, ayant vécu 930 ans d'après la Bible, est décédé dans sa 931^ année, année pour lui éA^demment climatérique , puisqu'elle renferme 7 fois 133 ans. Codronchi passe ensuite à Gain, puis à Malaleel, puis à Lametli, et redescend ainsi jusqu'à Pétrarque, Pomponius Lœtus et Copernic.

Quelques docteurs , d'humeur moins sombre, ont bien voulu attribuer aux années climatériques une influence heureuse, non seulement pour la santé, mais aussi pour toutes les circonstances de la vie, mariages, gains d'argent, même bons numéros à la loterie. Cette bienveillante interprétation n'a pu prévaloir.

Il était indispensable de connaître encore, pour en tenir grand compte, l'action des jours critiques, des jours pairs et impairs, doctrine qui jouissait aussi d'une singulière faveur. Celle-là émanait d'Hippocrate, et la Faculté continuait à regarder la méthode thérapeutique du médecin de Cos, né 500 ans avant Jésus-Christ, comme ci la plus certaine, la plus sûre et la plus excellente de toutes^. ^ Or,

' Commentarius de annis climaclericix,ac ralione vitandi eorum pericula. Bologiie, 1620, iii-12, p. 10 et suiv.

- « Omnium certissima, tutissima, praestantissima. " Thèse

suivant Ilippocrale, « le 4" jour est indicateur du 7^ ; le 8" est le commencement d'une seconde semaine. Il faut considérer le 11% car c'est le 4^ de la seconde semaine. Derechef, il faut considérer le 17% car c'est d'une part le 4' à partir du 14% d'autre part le 7^ à partir du IV. » Je cite ici, bien entendu, l'excellente traduction de M. Littré. Le père de la médecine enseignait encore que la lièvre, « si elle ne quitte pas le malade dans les jours impairs, est sujette à récidiver ^. i?

Il était de principe à l'école que l'on devait mettre au rang des jours critiques impairs le 5% le 7% le 9^ et le 14^ composé de deux impairs. En tout cas, « le mal qui a commencé son cours par les jours pairs ne manque jamais de finir de même ^. i)

Belle science, et compliquée, et d'application difficile ! Car si les pilules devaient toujours être prises par nombres impairs ^, le docteur Diafoirus, l'éminent représentant de la

de J.-B. Moi-eau sur le génie cl'Hippocrate, soutenue le 2 avril 1648.

^ Apliorismes, trad. Littré, liv. II, aplior. 24, et liv. IV, aph. 61; t. IV des OEuvres, p. 477 et 525.

- Docteur Dufour, Les apliorismes d' Ilippocrale, avec de nouvelles observations, 1699, in-12, p. 537.

^ Voy. Montaigne, Essais, liv. II, cliap. xxxvii.

Faculté auprès d'Ar^^an, nous ensei(jne qu'il faut toujours mettre dans un œuf les crains de sel par nombres pairs ^

Ceux de mes lecteurs qui seraient désireux de connaître à fond la théorie des jours critiques la trouveront exposée avec autant de charme que de clarté dans le passage suivant que j'emprunte au docteur Dufour :

C'est du tems de la fièvre que l'on commence à compter le premier jour, qui ne juge pourtant que la fièvre éphémère.

Le second est appelle vuide, parce qu'il est sans effet.

Le troisième est nommé intercèdent, intercalaire ou provoquant, parce qu'il provoque la nature à faire évacuation, quoiqu'en vain. Néanmoins il est critique aux maladies très aiguës.

Le quatrième est l'indice du sept, car il montre par les signes de coction ou de crudité ce qu'il y arrivera pour la vie ou pour la mort.

Le cinquième provoque , et est pareil au troisième.

Le sixième est intercalaire, mais tiran et mauvais, critique aux maladies bilieuses, quoique bon aux maladies sanguines, qui se jugent aux jours pairs.

Le septième est nommé radical et vrai critique : il est la fin de la septième semaine.

' Voy. Le inaJade imaginaire, acte II, se. x.

212 LA VIE PllIVKK D'AUTRKFOIS.

Le huitième tient du six et un peu moins.

Le neuvième est intercalaire. Il approche de la nature des critiques, pour être composé de trois fois trois, et tenir le milieu entre le sept et l'onze.

Le dixième est vuide et médicinal , parce que l'on y peut purger.

Uonzième est l'indice du quatorze.

Le douzième est intercalaire et sans crise.

Le treizième est de môme.

Le quatorzième est critique, parce qu'il est la fin de la seconde semaine, et qu'il commence la troisième.

Le quinzième et le seizième ne sont point considérables.

Le dix-septième est l'indice du vingt qui finit la troisième semaine, et depuis vingt jusqu'à quarante est la fin des maladies aiguës.

Mais après quarante, les maladies sont appellées croniques, et se jugent tous les vingt jours jusqu'à six vingts, quoique ces crises soient obscures, pour être éloignées de leur principe. La lune est la cause de tous ces cliangemens plutôt que les nombres pythagoriques '.

Molière était mort six ans avant que le docteur Dufour eût publié ce savant exposé. Mais, comme tous ses contemporains, Molière connaissait bien la doctrine bippocratique, et en vérité, il fallait être une ignorante soubrette

' Les ap/iorismes, etc , p. 499.

pour n'y pas ajouter foi. Le docteur Tomes le démontre assez clairement à Lisette :

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