TOMÈS
Vous vous trompez.
LISETTE
Je l'ai vu.
M. TOMÈS.
Gela est impossible. Hippocrate dit que ces sortes de maladies ne se terminent qu'au 14 ou au 21 ; et il n'y a que six jours qu'il est tombé malade.
LISETTE
Hippocrate dira ce qu'il lui plaira, mais le cocber est mort '.
Les astrologues exerçaient alors un métier aussi honoré que fructueux. Dans toute bonne maison, le père eut cru faillir à un devoir sacré s'il n'avait fait dresser l'horoscope de chacun de ses enfants au moment de leur naissance. Héroard écrit dans son Journal : « Le sieur Pietro Alsense, commandeur de Naples, Sicilien, le vient voir [le petit Louis XIII] ; il avoit fait sa nativité. Puis je le menai voir
' L'amour médecin, acte II, se. ii.
Monsieur pour faire la sienne '. » Lors de la naissance de Louis XIV, on eut soin, dit Voltaire^, d'appeler dans la chambre même de la reine un astrologue chargé de tirer Fhoroscope du nouveau-në ". Cet astrologue était le savant Jean-Baptiste Morin, à qui Ton doit les premières recherches sérieuses sur la détermination des longitudes, et qui occupa la chaire de mathématiques au Collège de France. Les plus grands seigneurs venaient lui demander de dresser leur horoscope, et c'est lui que Molière mit en scène dans Les amans magnifiques sous le nom de l'astrologue Anaxarque. Vautier, premier médecin de Louis XIV, eut l'idée de faire créer en sa faveur une charge d'astrologue de la Cour, qui eût été adjoint au premier médecin du roi ^ .
1 18 avril 1607, t. I, p. 259.
^ Siècle de Louis XIY, étlit. Beuchot, t, XIX, p. 267, et t. XX, p. 176.
^ Il n'est pas question de ce fait dans la vie de J.-B. Morin, vrai panégyrique placé en tète de son Astroloc/ia ffallica, 1661, in-folio. On y raconte cependant toutes les relations de Morin avec la Cour, même avec Richelieu et Mazarin, et l'on y parle souvent de la confiance que lui témoignait la reine mère.
■* « Ilocque agitaverat animo eum astrologum in ter aulica minisLeria constituendum esse, qui primario medicorum régis cornes esset adjumento futurus. " Vie de J.-B. Morin, p. 7. Voy. aussi le Dictionnaire de Bayle, art. Morin.
LES MEDECIÎSS. 215
Il ne fut pas donné suite à ce projet. D'ailleurs Yallot , successeur de Yautier , était adepte trop fervent et trop éclairé de la science astrologique pour avoir besoin qu'on lui vint en aide. Au début de chaque année, il annonçait au roi quelles seraient^, pendant le cours des douze mois, les principales maladies à redouter, « prédictions fondées, il le dit luimême, sur son expérience et sa connoissance des astres ^ » Ainsi, en janvier 1659, il écrivait dans son Journal de la santé du roi : « Et pour le regard de la constellation, je la vois si propice et si favorable que nous n'aurons point sujet de craindre pour la présente année des maladies malignes, contagieuses , ni extraordinaires. » A partir de 1669, il interrompit le cours de ses prédictions. Pourquoi? L'événement lui avait-il trop souvent donné tort, ou avait-on commencé à railler son don de prophétie? Rien de tout cela. S'il faut l'en croire, il rencontrait au contraire trop bien : « Je suis résolu, écrit-il, de ne plus rien insérer de semblable en cet ouvrage, parce que les envieux supposent que j'ai fait mes prédictions après coup. » Les successeurs de Yallot
* Journal de lu santé de Louis XIV, p. 50.
imitèrent cette prudente conduite, ce qui n'empêcha pas Louis XIV de résister pendant soixante-dix-sept ans aux soins que ses médecins ne cessaient de lui prodiguer.
Le 1 1 octobre 1597, la Faculté avait décidé de prendre pour insignes trois cigognes por-
tant dans leur bec un rameau d'origan \ avec cette devise Urbi et orhi salus '^ , allusion au droit qu'avaient les docteurs de Paris d'exercer dans le monde entier^.
Le patron des médecins était l'évangéliste saint Luc, qui avait, dit-on, exercé la méde-
^ Labiée à laquelle on prêtait alors une foule de propriétés bienfaisantes.
^ Synopsis rerum memorabiliwnj etc. (Abréfjé manuscrit des CommeiUaires) , f" 260.
^ Voy. ci-dessus, p. 48 et 97,
cine, et dont la fête se célébrait le 18 octobre. L'ouverture officielle de l'école avait lieu ce jour-là. Précédés du doyen en grand costume, les docteurs régents en robe rouge, pèlerine d'hermine et bonnet carré, se rendaient dans la chapelle de la Faculté ^. A leur tète marchaient les bedeaux portant leurs masses d'argent, et le cortège était fermé par les bacheliers en robe noire. Le curé de Saint- Ltienne du Mont célébrait une messe solennelle, puis un grand festin réunissait tous les assistants. Le lendemain, à neuf heures, une messe était dite à l'intention des docteurs décédés dans l'année, et tous les membres de la Faculté devaient y assister, sous peine d'amende. Cet usage disparut vers le commencement du dix-septième siècle.
' Cette chapelle, élevée en 1499, avait été reconstruite en 1529, puis en 1695. Yoy. Jaillot, quartier Saint-Benoît, p. 22.