XI
LES nOlS DE FRANCE ET LES ÉCROUELLES.
Origine du privilège attribué aux rois de I;"rance de guérir les écrouelles par le simple attouchement. — Autres personnes qui prétendaient jouir de la même prérogative. — Caractère sacerdotal des rois de France. — Cérémonie du toucher des écrouelles par nos rois. — Louis XIII, Louis XIV et Charles X. — Autres remèdes employés pour la guérison des écrouelles. — Cérémonie du lavement des pieds aux pauvres le vendredi saint par les rois de France.
Les rois de France, bien que tous n'aient
pas été des saints, s'attribuaient le pouvoir de
guérir les écrouelles. Il leur suffisait de les
toucher avec la main, en disant au malade :
« Le roi te touche, Dieu te guérit. «
Nos chroniqueurs ne sont pas d'accord sur l'origine de ce privilège. Quelques-uns pensent qu'il remonte jusqu'au règne de Clovis. C'est un fait bien connu que ce prince, ayant abjuré l'idolâtrie , fut baptisé à Reims par saint Rémi et oint de l'huile divine qu'une colombe avait apportée du ciel. La vertu de guérir les écrouelles émanait précisément, disentils, de ce saint chrême, qui servit dans la suite au sacre de tous nos rois. Clovis ignora d'abord qu'il lui avait communiqué une si précieuse
faculté. Parmi ses courtisans se trouvait un certain Lancinet, brave guerrier atteint d'écrouelles, et qui avait tout tenté pour s'en délivrer: même , suivant le conseil de Gelse , il avait mangé deux serpents, sans qu'un mieux sensible se fût produit dans son état. « Un jour, comme le roy Glovis sommeilloit, il luy fut advis qu'il touchoit doucement et manioit le col et la playe à Lancinet, et qu'aussi-tost son lict fut tout brillant et enflammé d'un feu céleste , et qu'à mesme instant Lancinet se trouva guéri , sans qu'il parût aucune cicatrice. Le Roy s'estant levé plus joyeux que de coustume, tout aussi-tost qu'il fut jour il fit son premier coup d'essay, et essaya de le guérir en le touchant ; et estant arrivé comme il désiroit, avec l'applaudissement de tout le monde, en ayant rendu généralement grâces à Dieu, tousjours depuis ceste grâce et faculté a esté comme héréditaire aux rois de France, et s'est infuse et transmise à leur postérité : la tenant purement de Dieu ^ »
Il ne faut pas oublier que, comme les empereurs chrétiens de Gonstantinople, les rois de France, rois très chrétiens et fils aînés de
* P. de Lancre, L'incrédulité et mescréance du sortilège, p. 160.
l'Église, unissaient à leur souveraineté temporelle un caractère religieux et presque sacerdotal, émané de Fonction sainte qui les avait sacrés. Ju vénal des Ursins , archevêque de Reims, s'adressant à Charles VIÏ, lui disait : « Au regard de vous, mon souverain seigneur, vous n'estes pas seulement personne laye^, mais prélat ecclésiastique ; le premier en vostre royaume qui soit, après le pape, le bras dextre de l'Église. »
Nos rois, écrit G. du Peyrat, « participoient à la prêtrise . )^ Aussi figuraient-ils parmi les chanoines de plusieurs églises, de Saint-Martin de Tours, de Saint-Hilaire de Poitiers, des églises d'Angers, du Mans, etc. Le jour de leur sacre, ils revêtaient sous le manteau royal une dalmatique, vêtement des diacres. Enfin, comme les membres du clergé, ils avaient le privilège de communier sous les deux espèces du pain et du vin, et de baiser la patène, non à l'envers, mais en dedans.
L'origine de la communion sous les deux espèces remonterait, prétend-on, à Louis le Débonnaire, à qui il avait été prédit qu'il mourrait empoisonné par une hostie. Mais, à
* Laïque.
dater de Louis XIII, nos rois ne communièrent plus ainsi que le jour de leur sacre ^ Quand ils se soumirent à la loi commune, ils s'attribuèrent le droit de choisir Thostie et d'en faire faire Y essai. On en plaçait, dit-on, dans un bassin d'argent autant qu'il y avait eu de rois de France depuis Clovis^; le clerc de la chapelle en avalait une et le roi désignait ensuite du doigt celle qu'il voulait prendre^. On a écrit aussi que nos rois étaient encensés avec du feu sans parfum, coutume qui daterait de Philippe le Bel, présenté comme ayant redouté l'odeur de l'encens.
D'après un traité attribué à Raban Maur, qui paraît n'avoir pas eu le don de prophétie, « vers la fin du monde, les Roys de France tiendront l'empire romain, et le dernier de leur race , qui passera en grandeur tous les monarques des siècles passez, après avoir heureusement gouverné son ICstat, ira en pèlerinage en Hiérusalem, puis sur le mont Olivet, déposer son sceptre et sa couronne, qui sera
^ Abbé Oroux, Histoire ecclésiastique de la Cour, t. II, p. 254.
' Au dix-septième siècle, douze seulement, dit une i-elation manuscrite. Voy. Divers mémoires touchant les rangs et préséances. Biblioth. Mazarine, manuscrit n° 2734, f'' 59.
^ Guillaume du Peyrat, p. 785.
rentière consommation des monarchies et empires du monde ' . «
Revenons à Clovis. Le touchant récit de la merveilleuse guérison du hrave Lancinet a rencontré des incrédules. Ceux-là n'admettent pas que le don miraculeux de guérir les écrouelles soit antérieur au règne de Robert. Tout le monde convient, d'a:illeurs, que ses successeurs en jouirent comme lui. Raoul de Presles disait à Charles V : « Voz devanciers et vous, avez telle vertu et puissance, qui vous est donnée et attribuée de Dieu que vous faictes miracles en vostre vie, telles, si grandes et apertes que vous garissez d'une très horrible maladie qui s'appelle les escroelles, de laquelle nul autre prince terrien ne peut garir, fors
vous ^ . »
C'était là un point fort controversé. Personne ne songeait à nier que les rois de Hongrie eussent le pouvoir de guérir la jaunisse, les rois de Castille les démoniaques et les rois d'Angleterre les épileptiques ^; mais ces der-
' Voy. Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de Ja Cour, 1645, in-folio, p. 374, 669 et 727.
^ Traduction de la Cité de Dieu, dédicace au roi, édit. de 1486, p. 2.
^ Voy. Guillaume du Peyrat, p. 793.
niers prétendaient encore guérir les écrouelles ^ , ce dont ils n'ont jamais fourni aucune preuve certaine. De bons esprits soutenaient, en outre, que les écrouelles étaient miraculeusement guéries par tout enfant qui, venant au monde une main en avant, a aussitôt touché un cochon de lait; par le fils aîné du baron d'Aumont, comte de Châteauroux; par le septième enfant mâle né d'un même père, sans que la naissance d'aucune fille fût venue se placer entre eux^; mais, comme le fait très bien observer la princesse palatine , « on a connu que ce n'était là qu'une superstition ^. » Cet affreux mal , « dont le germe est une cacochimie, l'apparence d'un ulcère hideux à voir, dangereux au toucher "* et incurable, » était tenu de disparaître sans autre formalité que l'attouchement de nos rois, « et par la seule parole , sans anneaux , sans simples et sans autres ingrédiens et receptes particulières ,
^ Voy. Macbeth, acte IV, se. v.
^ Voy. Traité curieux de la cfue'rison\ des écrouelles par rattouchement des septénaires, Aix, 1643, in-16, p. 12.
2 Lettre du 25 juin 1719, t. II, p. 123.
* La Faculté de médecine de Paris, consultée par le Parlement, répondit le 28 novendire 1578 que » le pain pouvoit estre infecté par l'haleine de plusieurs personnes gastées d'escrouelles, qui demeurent en un mcsme lieu. » André du Laurens, OEuvres, trad. Th. Gelée, liv. II, chap. ii.
ains vrayment par miracle'. » Nous verrons que le miracle ne se produisait pas toujours, n'opérait pas sur tous les malades.
La cérémonie avait lieu après le sacre de chaque souverain, puis aux veilles de fêtes solennelles, à Pâques, à la Pentecôte, à la Toussaint, à Noël. Le prévôt de Paris faisait publier dans Paris que le roi toucherait les écrouelles tel jour et en tel endroit, afin que les malades s'y rendissent de bon matin. Le premier médecin , les médecins ordinaires, chirurgiens et barbiers les visitaient à l'arrivée, et renvoyaient ceux qui ne paraissaient pas sérieusement atteints. Les autres étaient rangés en plusieurs lignes , à genoux et les mains jointes. Le roi s'était confessé et venait de communier. Il arrivait, avec une suite nombreuse de princes, de prélats et de gardes du corps. Il s'approchait de chaque malade, lui traçait sur le visage le signe de la croix avec la main droite , en allant du front au menton et d'une oreille à l'autre, puis répétait à chacun ces mots : Le roi te touche, Dieu te guérit'^. Pendant l'opération, le premier mé-
^ G. du Peyrat, p. 795.
^ Quelques auteurs « se sont trompez qui ont escrit que les paroles du Iloy en cette cérémonie estoicnt : « Dieu te
decin appuyait sa main sur la tête du patient et le capitaine des gardes lui tenait les mains jointes. Quand le roi avait passé, l'aumônier servant remettait une aumône à chaque scrofuleux, en lui disant : » Priez Dieu pour le roi. " La cérémonie terminée, on présentait au monarque, afin qu'il se lavât les mains, trois serviettes mouillées, la première avec du vinaigre, la deuxième avec de l'eau pure et la troisième avec de l'eau de fleur d'oranger.
Convaincus ou non de la puissance surnaturelle qui leur était attribuée, tous nos rois se soumirent à cette répugnante corvée. On n'attendait même pas que le souverain eut l'âge d'homme pour la lui imposer. A l'issue de son sacre , le petit Louis XIII , à peine entré dans sa dixième année, dut toucher huit cents scrofuleux. Il eut un moment
gueRissE, le Roy te touche; '> car elles sont telles que je viens de dire. Et elles font foy que le Roy attribue ce miracle et la guérison de cette maladie, non à sa dignité royale, mais à Dieu qui opère en un instant; c'est pourquoy il dit : « Dieu te gueRiT » et non « Dieu te gueRissE. » G. du Peyrat, « aumosnier servant des Roys Henry le Grand et Louis XIII, » p. 819.
Le roi s'exprime en ces termes, « gallico sermone : Le Roy le touche et Dieu te guairist. » André Dulaurens, premier médecin du roi. De mirabili striana<; sanandi vi solis Gallice regibus christianissimis divinitus concessa, 1609, in-8°, p. 9 et 182.
264 LA VIP: PIUYKK D'AUTREFOIS.
de dégOLit. Marie de Médicis, rencontrant le P. Gotton ^ qui avait accompagné le prince, lui demanda s'il avait surpris chez lui quelque hésitation : " lequel luy respondit qu'à la vérité lors qu'il eut touché deux ou trois malades, il fit semblant de se vouloir torcher la main, mais qu'il se rasseura tout aussi-tost, et qu'il toucha bien et diligemment après cela". V Son médecin Héroard raconte qu'il se reposa quatre fois; « il blémissoit un peu, ajoute-t-il, mais il ne le voulut jamais faire paroître, et ne voulut pas prendre de l'écorce de citron^. » L'année suivante (1611), le pauvre petit touche encore six cent soixante scrofuleux au mois d'avril, onze cents au mois de mai et quatre cent cinquante au mois de septembre. Cette fois, la cérémonie, commencée à neuf heures un quart, dure jusqu'à onze heures et demie ; pendant l'opération, « il se trouve foible, il foisoit une extrême chaleur; lavé les mains avec du vin pur et senti du vin, il revient à lui"^. » Le 7 mai
' Confesseur du roi.
^ Théodore Godefroy, Cérémonial francois, 1649, in-folio, t. I, p. 436.
3 Journal, 21 octobre 1610, t. II, p. 32. * Journal d'Héroard, t. II, p. 64 et 76.
16 13, il touche encore mille soixante-dix malades, et mille soixante-six le 22 juillet 1616 \ Le vendredi saint, Louis XIV touchait en une seule séance jusqu'à dix-huit cents scrofuleux^. Après la cérémonie du sacre, Louis XV toucha deux mille malades et Louis XVI en toucha deux mille quatre cents, dont cinq furent guéris ^, proportion qui n'a rien d'exagéré. A chacun d'eux, le souverain répéta cette phrase : Dieu te guérisse, le roi te touche^. On voit que la formule sacramentelle avait été un peu modifiée : le roi cessait d'affirmer que Dieu allait guérir le malade, il se bornait à le souhaiter. Aussi, Charles X, le lendemain de son sacre, ne trouva plus à toucher que cent vingt malades, qui lui furent présentés par Alibert et Dupuytren^.
1 Journal d'Héroard, t. II, p. 120 et 198.
^ Voy. le Journal de la santé, p. 247, et les Mémoires du marquis de Sourches, t. I, p. 90 et 376.
^ " Le procès-verbal de ces guérisons, afin qu'il fût bien constaté qu'elles étaient définitives, ne fut signé que le 8 octobre suivant, par la supérieure du couvent de Saint- Marcoul, la sœur assistante, deux autres sœurs, etc. » Du Broc de Segange, t. I, p. 321.
■* Ménin, Traité historique du sacre et couronnement de'i rois de France, p. 482. — Relation de la cérémonie du sacre et du couronnement du }-oi Louis XVI, p. 30.
* Alex. Lenoble, Relation du sacre de Charles Xy p. 78.
261) LA VI K PRIVKK D'AU T I{ KFO I S.
Sans compter les quinze saints ou saintes dont Fintercession guérissait aussi les écrouelles \ et dont le plus illustre est saint Marcoul, il existait encore une foule de remèdes tout aussi efficaces. J'ai déjà dit que l'on conseillait d'avaler un serpent. On était également sûr de son affaire si l'on obtenait qu'une jeune fille vierge et nue consentît à toucher les scrofules, en prononçant ces mots : « Negat Apollo pestem posse crescere quam nuda virgo restringat ^. i) Gœurot , premier médecin de François P", conseillait de les « bassiner avec décoction de poireaux, à laquelle sera ajouté du pyrêtre pulvérisé et du vert de gris ^. » Un manuel de santé, publié en 1539, estime que l'on obtient de meilleurs résultats en y appliquant des cloportes bouillis ^. Le seigneur Alexis^, dans ses célèbres Sea-ets, indique une multitude de panacées,* la fiente de bœuf entre autres ^.
C'étaient sans doute là de précieuses recet-
' Voy. ci-dessus, p. 222 et 229.
^ P. de Lamre, p. 163.
^ Ventietenemeiit de vie, cic, p. 10.
■^ Tiaicté nouveau intitulé bastiment de receptes, etc., p. 12.
^ Girolamo Ruscelli.
« Édit. de 1691, p. 68T
tes , mais aucune ne valait T attouchement royal. Lisez ce qu'écrivait en 1714 le savant Dionis, professeur d'anatomie au Jardin des plantes et chirur(jien de la reine : « Un grand nombre de ceux qui ont été touchés par le Roy assurent avoir été guéris; c'est pourquoi je conseille à tous ceux qui sont affligés de ces maux de tenter un moyen spirituel si doux pour obtenir leur guérison, avant de se livrer entre les mains des chirurgiens ^ » Pourtant, la Palatine ne croyait pas à la vertu de ce moyen si doux^, et le marquis d'Argenson n'y croyait guère. Ayant appris qu'un scrofuleux touché par Louis XV avait guéri, le fait lui sembla si extraordinaire qu'il jugea l'occasion bonne pour augmenter son crédit auprès du roi. Il réunit des attestations, des preuves, des certificats de médecins, et envoya le tout, par courrier spécial, au ministre La Vrillière. Mais celui-ci, mal disposé pour d'Argenson, se borna à répondre « que cela étoit bien, et que personne ne révoquoit en doute
' Cours d'opérations de chirurgie, étlit. de 1714, p. 542.
^ « Quant à ce qui est du pouvoir qu'a un septième garçon de guérir les écrouelles, je crois qu'il en est de cette faculté comme de celle dont se vante le roi de France. » Lettre du 25 juin 1719, t. II, p. 123.
le don quavoiciit nos rois cropérer ces prodiges ' . »
En vertu sans doute du caractère sacerdotal dont étaient revêtus les rois de France , ils avaient adopté la touchante coutume de laver les pieds aux pauvres le vendredi saint.
La veille de ce jour, le premier médecin visitait un grand nombre d'enfants présentés par leur famille et choisissait treize " des plus agréables. » On les peignait, on leur coupait les ongles , on leur lavait les jambes et les pieds avec de l'eau tiède et parfumée; ils étaient ensuite revêtus d'une longue robe de drap rouge descendant jusqu'à terre, et leurs parents les conduisaient dans la salle où devait se faire la cérémonie. Ils attendaient, assis sur un banc et le dos tourné à une grande table toute servie qui occupait le milieu de la pièce.
A l'heure fixée, le roi entrait avec sa suite de princes et d'officiers. Deux aumôniers s'agenouillaient devant le premier bambin : l'un lui plaçait sous le pied droit une cuvette d'argent qui recevait l'eau versée par l'autre aumônier avec une aiguière d'or. Le roi s'inclinait
' Mémoires du marquis d'Argenson, édit. Rathery, t. I, p. 47.
alors, lavait le pied, l'essuyait et le baisait, puis il passait au cou de l'enfant une bourse de cuir rouge à treize pendants , et dans laquelle il y avait treize écus. Il répétait treize fois cette opération.
Les enfants se retournaient ensuite vers la table, où le roi les servait. Chacun d'eux avait devant soi treize plats de bois remplis de poissons, d'œufs, de fruits et de froma^je, une cruche pleine de vin et trois pains. Les petits, très intimidés, ne mangeaient guère, mais tout ce qu'ils laissaient était placé dans de grands paniers que leurs parents emportaient.
Pourquoi ces enfants étaient-ils au nombre de treize? Pourquoi ces treize plats, ces treize pendants, ces treize écus? L'abbé Oroux, chapelain de Louis XVI, déclare que l'on ignorait à la cour l'origine de cette tradition, a J'avoue, écrit-il, que je n'en comprends pas le mystère. » Fort souvent, la reine, une serviette nouée autour de la taille, et accompagnée des dames de sa maison, lavait de son côté les pieds à treize jeunes filles.
Cet usage est encore observé à la cour d'Espagne , et , le jeudi saint , la reine lave les pieds de douze enfants pauvres. La cérémonie est même plus solennelle qu'elle ne fut jamais
à la cour de France, car le nonce, la famille royale tout entière, les ministres, les grands d'Espagne et le corps diplomatique tiennent à honneur d'y prendre part. On n'y admet que douze enfants, en souvenir des douze apôtres auxquels Jésus lava les pieds au souper qui précéda sa Passion.
En France, le roi se faisait parfois remplacer par un prince du sang ou par le Dauphin. En 1611, Louis XIII, malade, désigna pour le représenter le prince de Gonti, et en 1643, Louis XIV alors âgé de quatre ans et demi.
Louis XIII lui-même avait à peine six ans quand Henri IV voulut qu'il commençât en cette occasion son apprentissage de roi. 11 s'en tira assez mal, comme le prouve le récit d'Héroard :
On lui demande s'il lavera bien les pieds aux pauvres, il répond : « Ho ! que non ! Je les laverai Lien aux filles, non pas aux garçons. » 11 n'y avoit pas moyen de le persuader : » Non, je ne veux point, ils ont les pieds puants. » Il est conduit par force, accompagné de MM. le prince de Gondé, prince de Gonty et comte de Soissons, lesquels servirent à la cérémonie comme si le Roi y eût été présent. Quand il approcha du premier pauvre, il reconnut son bassin où l'on vouloit verser l'eau pour le lavement. Gela le confirma en son humeur, et ne put
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jamais être forcé seulement pour se baisser, reculant et pleurant. Les aumôniers en firent l'olfice devant lui. Au servir de la viande, il ne voulut jamais prendre ni toucher à aucun service qu'on lui prcsentoit, mais bien aux bourses, et les donnoit fort g'aiement. Tout fini, il en fut fort réjoui.
On peut consulter, sur Fhistoire de cette cérémonie :
Divers mémoires touchant les rangs et préseaiices, manuscrit n° 2,734 de la bibliothèque Mazarine, f" 63. — L'abbé Oroux, Histoire ecclésiastique de la cour de France^ t. I, p. 171 et suiv. — Guillaume du Peyrat, Histoire ecclésiastique de la cour, p. 775. — Héroard, Journal de Louis XIII, 12 avril 1607, t. I, p. 256. — ^N. de Blegny, Le livre commode pour 1692, t. 1, p. 22. — Trabouillet, Etat de la France pour 1712, t. I, p. 102. — Mercier, Tableau de Paris, chap. 689, t. IX, p. 57. — Madame de Genlis, Dictionnaire des étiquettes de la cour, t. 1, p. 192.