‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 106 sur 223 · ARRÊT DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

ARRÊT DU PARLEMENT

par la force des choses, devenu un insurgé. Telle est la fortune des révolutions. Rien ne put le faire taire. Il plaida contre les doyens ses successeurs, complices de toutes ces nouveautés, comparut devant toutes les juridictions, fut condamné à l’amende, refusa obstinément de payer, et finalement on fut obligé de faire vendre ses meubles, ce qui se fit en 1668, sous le décanat d’Armand de Mauvülain 1 .

XVII. On pouvait donc enfin discuter publiquement de l’antimoine dans les thèses. Cela ne se fît pas d’abord sans quelque scandale. Germain, lorsque son tour de présider fut venu, profita de l’autorisation pour proposer ce sujet : Potuitne hactenus ulla prœparatione antimonium emendari? (1668). Non-seulement le candidat, Dacquet, répondait par la négative, mais il reprenait à nouveau tous ces noms odieux de venin, de poison, qui avaient si fort irrité les esprits. Le doyen intervint par un coup d’État, et s’opposa à ce que cette thèse fût soutenue; il est même assez instructif de voir, en cette occasion, ce même Mauvillain, qui s’était tant escrimé pour obtenir que l’on pût parler de l’antimoine, s’opposer à la discussion, dès qu’il prévoyait qu’on en parlerait mal. Voilà la justice des partis. Blondel, dont l’afPaire était alors pendante, saisit avec empressement cet incident, et le fit joindre au procès ; il demanda que le Parlement passât outre à l’interdiction

1. Les détails de cette affaire sont rapportés tout au long dans les Commentaires pour les années 1666 et suivantes.

RÉHABILITATION DE l’ANTIMOINE.

du doyen, et fit d’office soutenir la thèse. Mauvillain plaida lui-même sa cause. Il montra combien il serait grave de laisser soutenir une thèse non approuvée par le doyen, de tout temps souverain appréciateur en cette matière. 11 gagna son procès, et la thèse ne fut point soutenue. — Enfin en 1672 Hardouin de Saint-Jacques, qui, si on se le rappelle, avait commencé la querelle en faisant introduire subrepticement l’antimoine dans le Codex de 1 637, eut la satisfaction, après trente-cinq ans de luttes opiniâtres, de présider lui-même une thèse ayant pour titre : An morbis oppugnandis et expugnandis stibium? et résolue affirmativement par Pierre Ozon. Cette thèse est caractéristique. L’auteur exalte jusqu’aux nues l’antimoine; mais en même temps, comme pour prévenir tout malentendu et toute supposition d’une alliance de près ou de loin avec les ennemis de la Faculté, il accable des injures les plus grossières les chimistes, auxquels, il le déclare bien haut, les médecins ne doivent rien, puisque c'est Hippocrate

Iqui a découvert les vertus purgatives de V antimoine. O misère de l’esprit humain !

Ce qui n’est pas moins triste, c’est que, la même année, le même Hardouin de Saint-Jacques faisait soutenir cette autre thèse que j’ai citée plus haut : Est ne san guinis motus circularis impossibilis? et dans laquelle Harvey et la méthode expérimentale étaient traités si cavalièrement.

Un mot maintenant sur le rôle du Parlement dans toute cette affaire. On en a beaucoup ri comme d’une

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