LES CONSULTATIONS CHARITABLES
tous les mardis, et plus tard tous les jours. Voici comment il exposait lui-même le mécanisme de ces consultations, à l’époque où elles furent complètement orj ganisées, et où leur popularité croissante l’obligeait à s’y faire assister par d’autres médecins l.
« Il y a trois sortes de malades. Les uns riches et accommodés, lesquels après avoir reçu le conseil que leur ont donné par écrit tant de gens d’honneur qu’ils voient présents, ou qu’étant absents ils ont envoyé consulter, sur un mémoire contenant le récit de leur mal et des remèdes qui leur ont été administrés, sans dire leur nom, qui ne sert de rien à la guérison des maladies; ces premiers exercent fort volontiers libéralité de quelque chose qu’ils destinent à faire médicamenter les pauvres, qui n’est pas la moitié de ce que leur coûterait ailleurs une consultation. Les autres sont si peu accommodés, qu’ils n’ont pas moyen de faire aucune charité ; toutefois leur pauvreté ne va pas jusqu’à avoir besoin d’aumônes, et n’est pas telle qu’ils ne puissent avoir de quoi payer à leur apothicaire et chirurgien les remèdes qu’on leur a ordonnés ; et ceux-là s’en retournent avec leurs ordonnances sans faire aucune charité ni en recevoir d’autre que celle d’un conseil qu’on leur a donné ; même offrent souvent de donner aux pauvres quelque témoignage de leur reconnaissance, laquelle on refuse lorsque leur incommodité est connue , encore qu’il s’en trouve quelques-uns de cette seconde sorte,
1. Les Consultations charitables pour les malades , 1640, dans les Archives curieuses de la France .
THÉOPHRASTE RENAUDOT
qui donnent malgré nous quelque petite aumône, sur l’opinion que leur charité redoublera la bénédiction de Dieu sur les remèdes qu’on leur a ordonnés. Les troisièmes sont pauvres mendiants, ou qui sont retenus de mendier par la seule bonté; lesquels, avec l’ordonnance, reçoivent, ou leur chirurgien ou apothicaire pour eux, la somme à laquelle on a composé pour leurs remèdes, j les faisant ressouvenir qu’ils travaillent pour des pau- j vres sur lesquels ils se doivent simplement indemniser de leur déboursé. En quoi j’ai véritablement à me louer du zèle et affection que les maîtres apothicaires et chirurgiens de cette ville ont témoignés en toutes les occasions qui se sont présentées de servir les pauvres, n’y en ayant aucun qui ne se soit volontairement offert à contribuer gratuitement sa peine et son industrie à ce bon œuvre. »
Il est à croire qu’au fond les apothicaires y trouvaient leur compte. Le grand art de Renaudot avait été de se faire des alliés de ces éternels ennemis de la Faculté de médecine. Le secours qu’il leur offrait leur venait à ! point, car en ce moment même la Faculté n’aspirait à rien moins qu’à les ruiner de fond en comble. A la suite de quelques démêlés comme il en survenait souvent, un petit livre avait paru sous ses auspices, avec la prétention avouée de faire une véritable révolution. Il avait pour auteur un docteur nommé Guybert, et pour I titre le Médecin charitable1 . C’était une suite de petits I
. Voir plus loin, p. 333.