‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 128 sur 223 · SES FILS · texte numérisé non relu

SES FILS

même, en leur faisant prendre leurs grades à la Faculté de Paris. On refusa longtemps de les admettre aux examens, en se fondant sur la profession de leur père, dont la honte, disait-on, rejaillissait sur ses lils. Ce qu’il y eut de part et d’autre d’intrigues dépensées pour cette petite affaire serait trop long à rapporter ici. Us ne furent admis, à la fin , aux épreuves, que par l’entremise du doyen Guillemeau, qui crut devoir en cela obliger leur protecteur Vautier, et qui d’ailleurs avait donné des gages de fidélité à la Faculté. On leur imposa cependant la plus dure des conditions, une sorte de reniement de leur père; et celui-ci eut le courage de leur conseiller le premier d’en passer par là. Ils s’engagèrent donc par serment, et par acte public passé devant notaire, à renoncer au commerce de friperie exercé par leur père; moyennant quoi ils furent admis aux examens; et, ce qui fait du moins honneur à la probité des juges, on ne songea pas à contester leur instruction, ni à faire usage de cette dernière ressource, de les refuser comme incapables. Ils furent donc bacheliers, puis licenciés. C’était le point essentiel, puisque désormais ils avaient le droit de pratiquer dans Paris.

Cependant les consultations charitables avaient pris un développement tel, que vers 1640, quinze docteurs, tous étrangers à la Faculté de Paris, assistaient Renaudot et ses fils aux séances quotidiennes de la rue de la Calandre, qui continuaient à attirer un concours de population de plus en plus considérable. Ce fut de la part de Renaudot un véritable coup de politique, de faire ainsi

THÉOPHRASTE RENAUDOT

intervenir dans sa cause le plus grand nombre possible de médecins de province : dès lors ce n’était plus une querelle personnelle , c’était la guerre déclarée à la Faculté de Paris par tout ce qui avait intérêt à pénétrer dans la place.

X. S’il eut raison, à son point de vue, de s’assurer ainsi ce concours important, on peut dire que la Faculté de Montpellier commit une faute grave en s’associant à ses prétentions. Jusque-là, malgré l’ordonnance de Blois de 1679, qui interdisait l’exercice de la médecine aux docteurs reçus dans une faculté étrangère, une tolérance tacite avait couvert les docteurs de Montpellier établis à Paris. Engager la querelle, c’était violer ouvertement une loi qu’on avait pu oublier, mais qu’il était facile de faire revivre. D’ailleurs, parmi les confrères employés par Renaudot, une très-petite minorité appartenait à Montpellier. La plupart venaient des petites universités de province, Angers, Reims, Caen, Bordeaux, Toulouse, Valence, etc., où la facilité des réceptions était en quelque sorte proverbiale. Montpellier même n’était pas entièrement à l’abri de ce reproche. La pénurie de cette École y avait introduit un abus considérable. On y recevait deux sortes de docteurs. Ceux qui devaient rester dans la ville ou dans le voisinage, et qui par là même pouvaient aspirer aux honneurs de l’agrégation et du professorat, étaient examinés avec toute la rigueur que comportaient les règlements. Mais ils n’étaient pas les seuls, ni même les plus nom-

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