‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 130 sur 223 · GRAND PROCÈS DE · texte numérisé non relu

GRAND PROCÈS DE

quarts d’heure, prouva que nebulo n’était pas une injure, et fit si bien rire la galerie et les juges, qu’il les désarma. Renaudot fut débouté de sa plainte. En sortant de l’audience, son implacable vainqueur l’aborda en lui disant : « Monsieur Renaudot, vous pouvez vous consoler, car vous avez gagné en perdant. — Comment donc? demanda Renaudot. — C’est, lui répliquat-il, que vous étiez camus en entrant ici, et que vous en sortez avec un pied de nez. »

XII. Mais ce procès n’était qu’une première escarmouche. Richelieu mourut enfin, et la Faculté profita de la réaction qui suivit la mort du premier ministre pour donner un libre cours à ses rancunes. On commença par signaler le gazetier à l’animadversion publique, pour s’ètre fait l’instrument du cardinal en insérant dans son journal tant d’actes odieux. Renaudot avait beau répondre qu’en cela sa plume n’avait été que greffière , et qu’il ne devait pas porter la responsabilité de mesures qu’il n’avait fait qu’enregistrer; de telles raisons n’étaient pas faites pour désarmer des haines depuis longtemps accumulées, et pour lesquelles tous les prétextes étaient bons.

Cette fois ce fut donc la Faculté qui attaqua la première. Elle cita Renaudot au Châtelet pour exercice illégal de la médecine. 11 fut condamné, a Défenses lui sont faites

bibliothèque de l’ordre des avocats. 11 serait pourtant curieux d’en retrouver l’analyse dans le procès-verbal de la séance (14 août 1612).

THÉOPHRASTE RENAUDOT

et à ses adhérents et adjoints non médecins de la Faculté de Paris, d’exercer ci-après la médecine, ni faire aucune conférence, ni consultation, ni assemblée dans le bureau d’adresses ou autres lieux de cette ville et faubourgs de Paris ; ni de traiter et panser aucuns malades, sous quelque prétexte que ce soit, à peine contre les contrevenants de cinq cents livres d’amende, au payement de laquelle ils seraient contraints; et en cas d’assemblée, permis aux intimés de faire transporter le premier commissaire du Châtelet en la maison où elle se fera, pour contraindre les contrevenants au payement de la susdite amende. » Renaudot en appela au Parlement. Après de nombreux incidents de procédure, qui sont ici de peu d’intérêt, ce grand procès fut jugé le 1er mars 1644. La circonstance était solennelle et décisive. Aussi le ban et l’arrière-ban furent-ils convoqués de part et d’autre.

En faveur de la Faculté de médecine intervenait au procès l’Université de Paris, représentée par son recteur.

En faveur de Renaudot comparaissaient : la Faculté de Montpellier, qui venait pour la première fois se mesurer en champ clos avec l’Université de Paris; plus un maréchal de France, plusieurs grands seigneurs, et un nombre considérable d’individus de tout âge et de toute profession , se qualifiant pauvres , et réclamant à ce titre la continuation légale des consultations charitables ; enfin les deux bis de Renaudot, Isaac et Eusèbe, lesquels, depuis longtemps licenciés, et ayant accompli

Page 1