GRANDS PROCÈS DE 1G
toutes les formalités requises, demandaient leur admis- | sion au doctorat, dont ils demeuraient exclus en haine de leur père. *
La parole fut portée au nom de l’appelant par son I avocat Battaille. Dans une harangue courte et pleine de I faits, il rappela à la cour les consécrations successives 1 que les divers établissements de son client avaient reçues de l’autorité royale, la protection qui l’avait couvert jusqu’à ce jour, le succès de son enseignement privé, et les services qu’il avait rendus à l’humanité par ses consultations gratuites. Ces raisons, d’ailleurs excellentes, étaient malheureusement les pires arguments à invoquer devant un tribunal prévenu à l’avance, et disposé à prendre sur cette autorité royale, dont on faisait tant de bruit, une revanche depuis longtemps attendue.
Ces dispositions furent habilement exploitées par l’avocat Chenvot, alors l’un des plus célèbres du barreau parisien, et qui plaidait pour la Faculté. 11 s’éleva avec vigueur contre cet ardclio, ce 'proxénète, qui avait introduit en France un mont d'impiété , qui pratiquait l’usure; qui prétendait donner à la Faculté de médecine des leçons de charité dont elle n’avait pas besoin, et, sous ce prétexte, faisait tenir par son valet une boîte pour soutirer l’argent des malades. Il contesta la valeur du titre de médecin du roi, que p.enait Renaudot, et dont il n’avait jamais ni exercé les fonctions, ni touché les appointements. Il le représenta comme un vagabond, comme un industriel sans foi ni nî * ce L’origine
268 THÉOPHRASTE RENAUDOT
et les mœurs de ce réformateur sont à observer : il est né à Loudun , où, selon le jugement des commissaires, les démons ont établi leur séjour; a témoigné avoir une partie de leurs secrets et de leurs ruses... » Cette allusion à l’affaire encore récente d’Urbain Grandier, qui avait tant ému les esprits, revient souvent dans ce procès. 11 y avait une habileté perfide à faire ainsi appel aux préjugés populaires contre un homme qui devait tout son succès à la faveur de la foule , et qui , après tout, n’avait pas choisi le lieu de sa naissance. Ce titre nebulo hebdomadarius , de patria diabolorum , est une des injures les plus fréquentes qu’il eut à endurer.
Contre la Faculté de Montpellier, contre ses prétentions à élever autel contre autel, Chenvot invoquait le témoignage de l’histoire : « Si, disait-il, le grand Galien lui-même avait été chassé de Rome, pour n’avoir pu se faire agréger par ses confrères, si les proconsuls romains voyaient leur pouvoir expirer dès qu’ils avaient franchi les limites de leur province, à combien plus forte raison ces principes n’étaient- ils pas applicables à des médecins provinciaux venant empiéter sur les droits de la capitale ! » Puis, se lançant dans des comparaisons médicales d’un goût suspect, il ajoutait : « Toutes les autres corporations rejettent les étrangers qui n’ont pas fait leurs preuves. C’est le propre des corps naturels de rejeter tout ce qui est d’une substance étrangère ; et pour cela nous ressentons une faculté expultrice pour purger le corps des excréments et mauvaises humeurs... La Faculté est une mère qui