‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 14 sur 223 · BANQUETS A LA FACULTÉ · texte numérisé non relu

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amples développements. Le côté culinaire et gastronomique n’est pas le moins curieux de la physionomie de nos docteurs. Brillat-Savarin, qui a donné, comme on sait, une classification raisonnée des gourmands, place les médecins dans un rang honorable parmi « les gourmands par état1. » « Ainsi le veut, dit-il, la force des choses. Toujours impatiemment attendus, ils sont accueillis avec empressement. C’est une jolie malade qui les engage ; c’est, une jeune personne qui les caresse ; c’est un père, c’est un mari, qui leur recommandent ce qu’ils ont de plus cher. L’espérance les tourne par la droite, la reconnaissance par la gauche ; on les embecque comme des pigeons ; ils se laissent faire, et en six mois l’habitude est prise, ils sont gourmands sans retour. »

Je ne voudrais pas me faire garant de la vérité de cette maxime. Mais assurément elle ne fut jamais mieux justifiée que dans l’ancienne Faculté. Celle-ci, sous ce rapport, était déjà en décadence au temps de Molière, bien qu’elle conservât des vestiges respectables de ses anciens usages; mais le temps de Molière est déjà bien loin de celui de Rabelais. Dans cet âge héroïque, les repas de corps abondaient : on dînait après chaque examen, après chaque thèse, aux frais du candidat reçu ; on dînait à la Saint-Luc ; on dînait aux redditions de compte, et aussi lors de l’élection du doyen. Que sais-je encore? Tout était prétexte à dîner. Lorsque la

. Physiologie du goûf. (Méditation xn.)

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chaire de botanique fut érigée, on ne manqua pas d’instituer un banquet botanique. Il fut même un temps, rapporte Hazon , où la Faculté nommait d’office deux députés pour goûter les vins, avant que l’on s’assemblât*. Les repas donnés par les doyens, lors de leur nomination, subsistèrent toujours. Guy Patin raconte avec complaisance celui qu’il offrit à ses confrères pour son joyeux avènement : « Hier, dit-il, je fis mon festin, à cause de mon décanat. Trente-six de mes collègues firent grande chère : je ne vis jamais tant rire et tant boire pour des gens sérieux, et même de nos anciens : c’était du meilleur vin vieux de bourgogne que j’avais destiné pour ce festin. Je les traitai dans ma chambre, où par-dessus la tapisserie se voyaient curieusement les tableaux d’Érasme, des deux Scaliger père et fils, de Casaubon , Muret, Montaigne, Charron, Grotius, Heinsius, Saumaise, Fernel, de Thon, et notre bon ami M. G. Naudé... 11 y avait encore trois autres portraits d’excellents hommes, de feu M. de Sales, évêque de

1. Cette préoccupation du bien-vivre est des plus remarquables dans la liste des questions proposées ou des thèses soutenues. Sous prétexte d’hygiène, reviennent de temps à autre des questions de cuisine transcendante, comme celles-ci : — Faut il servir la laitue au premier service, les pommes au second? — Est-il bon de manger des noix après le poisson, du fromage après la viande? — Que faut-il penser du thé, du chocolat comme boissons? etc. — Les médecins du commencement de ce siècle, reçus avant la Révolution, aimaient a rappeler qu’en 4787 Corvisart, l’un des derniers représentants de l’ancienne Faculté, avait osé argumenter le verre en main sur cette grave question : • Faut-il boire du vin pur en mangeant des huilres? «

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