‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 150 sur 223 · CONFIRMATION DES PRIVILÈGES · texte numérisé non relu

CONFIRMATION DES PRIVILÈGES

rien n’était fait tant que l’Université n’était pas consentante. Cette requête provoqua un tumulte épouvantable. Les bacheliers en médecine et ceux de la Faculté des arts se ruèrent sur l’assistance à coups de poing. Le recteur hésita. La Faculté de droit s’esquiva prudemment; la Faculté de théologie céda à la force, et les médecins, restés maîtres du champ de bataille, dictèrent leurs conclusions au secrétaire de l’Université.

Rebutés de ce côté, les chirurgiens recourent à la puissance spirituelle. En 1579, ils obtiennent du pape Benoît XIII une bulle qui reconnaît leur droit à la bénédiction du chancelier. — Il y eut appel comme d’abus formé par l’Université devant le Parlement, dont le gallicanisme bien connu devait lui venir en aide en cette circonstance. Mais cela n’empêcha pas qu’il ne se trouvât en 1608 un chancelier facile pour leur donner cette fameuse bénédiction, et depuis ils la reçurent plus d’une fois 1 .

1. Ici se place un curieux épisode : c’est la célèbre controverse suscitée entre les médecins et les chirurgiens à l’occasion des ossements du géant Teutobochus : la question scientifique n’y fut qu’un prétexte à une querelle de corps. En 1613, des maçons travaillant à extraire du sable , près du château de Langon , en Dauphiné, trouvèrent, à 18 pieds sous terre, des ossements énormes. C'était la première fois qu’on découvrait les restes de ces grands mammifères dont le génie de Cuvier devait plus tard reconstruire l’histoire. On conçoit quel émoi dut produire cet événement parmi les savants. Plusieurs furent d’avis que le géant en question devait être Teutobochus, roi des Cimbres et des Teutons, défait par Marius, 105 ans av. J.-C. Là-dessus il se fit des volumes. Le monarque fossile fut porté à Paris, où il obtint un succès immense. Le roi et la cour vinrent le visiter. La première

DU COLLÈGE DE SAINT-COME

Louis XIV, comme ses prédécesseurs, et sans plus de résultat, confirma, l’année de son avènement, les privilèges accordés aux professeurs du collège et Faculté de chirurgie , faisant partie du corps de V Université de

description avait été donnée par un certain Mazuyer, chirurgien à Beaurepaire. Les chirurgiens de Paris, pour faire honneur à la profession, crurent devoir profiter de ce moment de vogue pour faire parade de leurs connaissances anatomiques. J. Tissot fit paraître un récit détaillé de la découverte, « à la plus grande gloire de Dieu, et à l’honneur du sire de Langon. » Puis Habicot, celui-là même qui a pratiqué le premier l’opération de la bronchotomie, publia, sous le titre prétentieux de Gigantostéologie , une dissertation en règle sur les géants. Malheureusement son érudition était de mauvais aloi. C’est ainsi qu’en terminant il mutilait d’une façon indigne un vers fameux de Virgile, qu’il écrivait sur deux lignes, en manière de bouts-rimés :

Grandiaque fossis Mirabitur ossa sepulcris.

Et il prétendait avoir tiré ce vers du XIIe livre de l’Énéide ! ! Pour comble de sottise, il en donnait cette plate traduction :

Le monde doit-il pas s’émerveiller vraiment De voir de si grands os tirés d’un monument?

Quelle occasion pour un médecin, pour un lettré, pour un ennemi des chirurgiens, de tirer parti des bévues d’un disciple de Saint- Côme ! Ce furent les premières armes de J. Riolan dans la carrière de la polémique. Il publia contre la chirurgie une violente diatribe sous ce titre : la Gyganlomachic , pour répondre à la Gygantostêologie , par un écolier en médecine . Riolan cherche à établir que le prétendu Teutobochus n’est qu’un éléphant, animal alors inconnu en Europe, et dont il emprunte la description à Élien. Cet éléphant aurait appartenu à l’armée d’Annibal, lors de son passage dans les Gaules. Plus tard, Riolan changea d'avis et soutint « que dans la terre il se peut engendrer et former des pierres osseuses, semblables en figure aux os humains. » Les chirurgiens répliquèrent. La querelle s’envenima, et pendant cinq ans ce fut

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