LUTTES CONTINUELLES
enlever les corps morts, et défendaient au lieutenant criminel, ainsi qu’à ses agents subalternes, de les livrer autrement que sur une autorisation écrite du doyen, revêtue du sceau de la Faculté. Mais le nombre même de ces arrêts ne prouve que l’impuissance où l’on était de les faire exécuter. Voici ce qui arrivait : lorsqu’une exécution devait avoir lieu, des écoliers en chirurgie, des apprentis barbiers se réunissaient sur la place de Grève, où il ne leur était pas difficile de recruter des gens de la plus infime populace, des bateliers, des crocheteurs, armés d’épées et de bâtons. A peine le supplice terminé, on se précipitait sur le cadavre encore chaud, on l’emportait de force dans la boutique de quelque chirurgien, où l’on se barricadait contre la maréchaussée. Cependant ces désordres restaient souvent impunis. Si la Faculté en était instruite, elle envoyait un bedeau réclamer le cadavre ainsi dérobé. Ce fonctionnaire était invariablement mis à la porte ; alors on plaidait.
A lire le récit de ces scènes féroces, on se croirait en plein moyen âge, et l’on a peine à se figurer de pareils scandales sous ce gouvernement absolu de Louis XIV, en apparence si obéi et si fort. J’ai sous les yeux le procès-verbal d’une scène de ce genre naïvement racontée par un malheureux huissier, qui y avait été acteur et victime *. Chargé d’opérer la saisie d’un cadavre au collège deSaint-Côme, il y trouva, au milieu d’un nom-