ÉTAIENT PHYSIOLOGISTES
la séparation entre la psychologie et la physiologie, un mémoire qui était un manifeste. Aujourd’hui que l’expérience s’est faite, est-il bien sûr que la méthode ait tenu ce qu’elle semblait promettre ? Il est du moins permis de regarder avec regret la voie si glorieusement parcourue par le dix-septième siècle. Les excès matérialistes du dix-huitième n’ont peut-être pas eu de pire conséquence que d’effrayer à tort la grande école philosophique française , et de la jeter dans une réaction excessive. Son spiritualisme est devenu ombrageux, jaloux. De peur de se compromettre, il s’est isolé. Il s’est rappelé des unions qui avaient tourné contre lui, des alliances qui avaient été des trahisons ; il les a rompues, sauf à retomber, en croyant les fuir, dans les sentiers étroits et sans issue où s’est fourvoyée l’école idéologique du commencement de ce siècle. Il y a loin de là à la saine et large manière de ces contemporains de Descartes, pour qui la philosophie avait, avant tout, un but pratique. Tout le monde était un peu de l’avis du bonhomme Chrysale :
Oui, mon corps est moi-même, et j’en veux prendre soin.
Guenille si l’on veut ; ma guenille m’est chère.
On s’en occupait donc, on y regardait, et de près. Le spiritualisme régnant se croyait assez sûr de lui-même pour ne pas craindre de s’aventurer sur les terres de l’anatomie. On tenait fortement, comme dit Bossuet, les deux bouts de la chaîne, mais cela n’empêchait pas d’étudier les anneaux intermédiaires. Aujourd’hui les deux bouts ne
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sont plus dans les mêmes mains. A un bout se sont placés les philosophes, à l’autre les physiologistes, et, chacun tirant de son côté, l’on ne s’aperçoit plus guère que la chaîne soit continue. Et l’on va répétant tous les jours que les médecins sont matérialistes. En supposant le fait vrai, il faudrait ajouter que la faute n’en est pas à eux seuls. Elle est aussi, et pour beaucoup, à ceux qui ont volontairement détourné les yeux de cette partie de nous-mêmes, la plus difficile à connaître, parce qu’elle est multiple et complexe, mais non la moins instructive , même pour la psychologie ; consacrant ainsi un divorce qui n’est pas dans la nature des choses, sanctionnant par leur indifférence ce que d’autres peut-être avaient commencé par passion ou par calcul, et perpétuant dans la science une distinction artificielle, qui ne pouvait avoir d’utilité qu’à titre provisoire.
Au surplus, je n’entreprends pas de juger cette méthode. Je me contente de constater qu’au dix-septième siècle tous les hommes instruits s’occupaient de physiologie. Or, à la date précise que j’examine, cette étude avait, au point de vue des idées générales et de la marche des esprits, plus d’importance que jamais. En France, dans le domaine proprement dit de la métaphysique, l’aristotélisme avait vécu. La Sorbonne ellemême s’engageait, quoique à regret, dans des voies nouvelles. La physique avait marché à pas de géant, et menaçait de se passer de guides. Pourtant il se trouvait encore à Paris une institution vigoureusement organisée, où les catégories , les formes substantielles , tout