Tout ceci est du galénisme pur
DOCTRINE DES TEMPÉRAMENTS
de chaque organe envisagé isolément. Il s’agit donc de les déterminer. Or supposez plusieurs centaines d’organes ayant chacun leur constitution propre; douez chacun d’entre eux de l’un des neuf tempéraments, lui-même permanent ou variable, et calculez, si vous le pouvez, le nombre des combinaisons possible dans lesquelles la somme des tempéraments partiels arrive à équivaloir à chacun des tempéraments totaux *. Mener à bien cet effrayant calcul, serait l’idéal de la physiologie ; aussi pose-t-on des règles générales qui puissent servir de base d’opération. Ainsi, toutes les parties du corps sont blanches ou rouges ; les premières sont exsangues, spermatiques, solides ; les secondes sont sanguines et de peu de consistance. Celles-ci seront appelées chaudes, celles-là froides. Déplus, toutes celles qui sont dures, comme les os, les tendons, les nerfs, seront sèches ; les plus molles seront dites humides. Mais encore, même avec ces données, que de mécomptes! sans parler de la difficulté de s’entendre sur la couleur et la mollesse des organes, voici, par exemple, le cerveau, qui, d’après les règles posées, devrait être froid-sec. Que va-t-il devenir, baigné sans cesse par le sang, dont le tempérament est chaud-humide? Ces tempéraments contraires vontils s’entre-détruire par leur contact, ou faut-il admettre que l’un des deux subsistera aux dépens de l’autre? — On voit d’ici combien de questions de ce genre pour-
1. Il est vrai que le problème est ordinairement réduit à étudier les dilférents tempéraments de chaque partie noble en particulier.
PHYSIOLOGIE DU XVIIe SIÈCLE.
ront être soulevées à propos de chaque organe. Ces questions ont ceci de commode, qu’on peut les discuter sans sortir de chez soi, sans se salir les mains à étudier l’anatomie, et que le raisonnement en fait seul tous les frais. Mais, en revanche, elles ont l’inconvénient grave d’être insolubles, et de lancer l’esprit dans des abstractions sans fin, jusqu’à lui faire perdre pied dans le domaine de la réalité.
Et cependant ce n’est pas tout encore. Supposez toutes ces questions résolues, il faudra en outre établir une relation entre les quatre qualités premières et les quatre saisons de l’année, les quatre âges de la vie, les quatre humeurs. Ainsi la bile, chaude et sèche, répond à l’air; la pituite, froide et humide, à l’eau ; l’atrabile, froide et sèche, à la terre ; le sang, chaud et humide, à l’air. Mêmes relations du sang avec l’enfance et le printemps, de la bile avec l’âge viril et l’été, de l’atrabile avec l’automne et l’âge de déclin, de la pituite avec l’hiver et la vieillesse. Ces analogies et ces rapprochements, présentés souvent d’ailleurs avec beaucoup d’art et de trèsfines observations de détail, devront servir plus tard à établir les principales règles de l’hygiène.
Ce qui est beaucoup plus sérieux, c’est l’exposition, donnée par les auteurs, des caractères tant physiques que moraux auxquels se reconnaissent les principaux tempéraments. Les pages consacrées par Riolan le père1 à ce
1 . J, Riolani patris opéra medica[Physiol. sect. II.) Cet ouvrage, qui m’a fourni beaucoup de renseignements pour la rédaction de ce chapitre, porte la date de 1638. Il est, par conséquent, un peu
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sujet sont un chef-d’œuvre d’observation et de bon goût. Sans doute on y trouverait encore beaucoup de vague et d’à peu près, beaucoup de vues hasardées et d’explications chimériques ; mais le fond du tableau n’en est pas moins d’une vérité remarquable. La justesse de l’instinct y supplée à tout moment au peu de précision des connaissances. On sent que l’auteur a été inspiré par un sens très-pratique de l’art de guérir, et par une étude approfondie et personnelle des nuances qui distinguent entre eux les hommes.
C’est qu’en effet la doctrine des tempéraments, qui a tenu tant de place dans les écrits du dix-septième siècle, a besoin, pour être bien comprise, d’être débarrassée de l’attirail pédantesque qui la dépare. Au premier aspect, et présentée comme corollaire de la théorie des quatre éléments, elle paraît frappée d’une nullité radicale, et destinée à périr avec l’hypothèse qui lui a donné naissance. En réalité, c’est elle qui est le fruit de l’observation directe ; le reste n’est qu’un échafaudage plus ou moins ingénieux, plus ou moins incomplet, sur lequel une science encore dans l’enfance cherche à étayer les faits pour s’en rendre compte. « S’il faut opter, a dit un éminent hygiéniste de notre époque,
antérieur à l’époque qui m’occupe. Mais il jouissait encore d’une grande autorité. A part les faits nouveaux dont s’était enrichie la science , les ouvrages postérieurs s’en rapprochent tellement par le fond des idées, que la différence n’est vraiment pas appréciable. Il m’a donc paru préférable de prendre pour guide un livre remarquable à plusieurs titres, et recommandé par le nom de l’auteur; les opinions du fils ne diffèrent pas de celles du père.
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entre les erreurs qui se sont groupées autour de l’idée vraie de tempérament, nous préférons peut-être les plus anciennes aux modernes. Il y a certainement moins de vraisemblance, moins de signification pratique dans la théorie de Stahl, qui fait dépendre les tempéraments de la proportion entre la consistance des fluides et le diamètre des vaisseaux, ou dans celle de Haller, qui les explique par deux abstractions, force et irritabilité, que dans la doctrine de Galien, doctrine si sévèrement jugée par ceux qui assignent les anciens à la barre de la science actuelle, au lieu de franchir l’intervalle, pour les considérer en quelque sorte dans leur propre horizon. Le tempérament bilieux ou chaud et sec, le tempérament pituiteux ou froid et humide, le tempérament sanguin ou chaud et humide, etc., ne sont-ils qu’une invention? Remplacez les mots chaud et froid par la dichotomie de l’irritabilité et de l’abirritation, à laquelle ils correspondent historiquement; aux qualifications de sec et humide, rattachez, par une interprétation sincère de la pensée de Galien, les phénomènes de sécrétion plus ou moins active des surfaces tégumentaires; cela fait, au lieu d’hypothèses, vous reconnaissez dans les tempéraments admis par le médecin de Pergame des types d’organisation qui se sont souvent présentés à votre observation. Il n’y a pas moins de sens dans la liaison qu’il établit entre eux et les âges, les saisons, les climats : n’est-ce point dans les climats chauds que se rencontrent en grand nombre les individus à prédominance du système hépatique?