PARTIES ET HUMEURS
ce point essentiel. Ce nombre quatre , qui rappelle à l’esprit les quatre éléments, a je ne sais quoi de sacramentel, et est accepté comme article de foi. Quelquesuns objectent, il est vrai, que l’une des quatre humeurs, Yatrabile, n’a jamais été vue de personne; on leur répond que si elle n’a pas été vue par les modernes, elle a dû l’être par Galien , et que cela doit leur suffire. D’autres, par contre, remarquent que les quatre humeurs pourraient bien n’être pas les seules, que le lait, par exemple, paraît, lui aussi, être une humeur. On accumulé alors les arguments pour prouver que ce n’est là qu’une apparence, que le lait n’a pas d’autre propriétés nutritives que le sang lui-même, qu’il n’est qu’un dérivé, un diminutif du sang, et qu’en conséquence il n’a aucun droit à l’honneur qu’on voudrait lui faire.
Un dérivé du sang ! Peut-être y aurait-il là toute une révélation; peut-être, l’éveil étant donne de ce côté, arriverait-on bientôt à saisir le mécanisme des principaux actes de la vie végétative : le sang fournissant à tous les organes un aliment commun, et les différents appareils sécréteurs vivant chacun d’une vie propre, et exerçant sur les matériaux qui leur sont apportés une action élective et spéciale. Mais cette idée d’une activité propre dévolue à chaque organe, à chaque élément anatomique, est absolument étrangère aux physiologistes du temps. Pour eux les quatre humeurs imprègnent les organes, à peu près comme l’eau imprègne une éponge. Le sang accomplit chaque jour dans les veines un mouvement de va-et-vient que l’on compare poéti-
PHYSIOLOGIE DU XVIIe SIÈCLE.
quement au cours de l’Euripe. Quant à la nutrition , c’est une sorte de coction ou de fermentation, dont la chylose ou fabrication du chyle aux dépens des aliments, Y hématose ou crase du sang, Yhomœose ou assimilation, sont les trois degrés. A chaque degré correspondent, comme termes corrélatifs, trois excrétions de matériaux inutiles : les fèces à la chylose, l’urine à l’hématose, la sueur à l’homœose.
Mais cette fermentation est souvent ou insuffisante, ou exagérée, ou déviée. Les humeurs sont susceptibles de s’altérer, soit par décomposition, soit par addition de produits étrangers. De ces humeurs altérées, nulle n’est plus redoutable que la pituite non naturelle. Ajoutez-y les fuliginosités , ou résidus du calorique inné et de l’humide radical, qui doivent être expulsés par la systole du cœur, la diastole servant à y attirer l’air ; si, au lieu de sortir par les poumons, leur émonctoire naturel, les fuliginosités s’accumulent dans l’économie , c’est encore une cause d’altération des humeurs.
De là les maladies ‘. Chaque humeur donne naissance
1. Ici, il est facile de retrouver jusque dans Hippocrate le principe des opinions galéniques : « Le corps de l’homme a en lui sang, pituite, bile jaune et noire; c’est là ce qui en constitue la nature, et ce qui y crée la maladie et la santé. Il y a essentiellement santé quand ces principes sont dans un juste rapport de crase, de force et de quantité, et que le mélaDge en est parfait; il y a maladie quand un de ces principes est, soit en défaut, soit en excès, ou, s’isolant dans le corps, n’est pas combiné avec le reste. Nécessairement, en effet, quand un de ces