Recherche de la vérité, liv, VI, 2e partie, cliap. îv
FACULTÉS DE L’AME
ventricule gauche, et la systole pour expulser les fuliginosités. De même encore pour la faculté animale. Il est vrai qu’en considérant l’excellence de cette dernière, on pourrait se demander si les actes, d’une nature si relevée, qu’elle est chargée d’accomplir, sont soumis aux mêmes conditions d’exercice que ceux des facultés inférieures. Et, par exemple, en repoussant l’intervention des esprits, ne pourrait-on pas admettre que la faculté animale, dirigée par la volonté, parcourt à la fois l’étendue entière des nerfs « comme un rayon de soleil occupe à la fois tout l’espace? » Sans doute il en pourrait être ainsi. Mais cela serait contraire aux analogies ; et puisque les autres facultés ont des esprits à leurs ordres, on ne voit pas pourquoi celle-ci en serait dépourvue. Les esprits animaux remplissent donc les ventricules du cerveau. Or la nature ne fait rien en vain ; et s’il répugne d’admettre qu’ils ne soient là que pour remplir le rôle infime de combler un vide, il faut en conclure qu’ils servent à mouvoir et à sentir.
Mouvoir et sentir, ajoutez-y penser, voilà, en effet, le but de la faculté animale. De là sa subdivision entrois facultés secondaires : la motrice, la sensitive, répartie elle-même entre les cinq sens extérieurs, et le sens intime qui reçoit les impressions du dehors, les coordonne et les compare : enfin, la faculté reine, facultas princeps , la plus élevée de toutes, celle qui nous met en rapport avec le monde de l’intelligence. Elle comprend l’imagination, la mémoire, le raisonnement. Faudra-t-il ici localiser davantage, placer l’imagination à la partie
PHYSIOLOGIE DU XVIIe SIÈCLE.
antérieure du cerveau, la mémoire en arrière, la raison au milieu ? Le seul fait qui pourrait être invoqué en faveur de cette idée, ce serait l’abolition de l’une de ces facultés, la mémoire, par exemple, à l’exclusion des deux autres. Mais cette raison serait insuffisante : « Dans une pomme , nous pouvons considérer trois qualités : l’odeur, la saveur et la couleur. L’odeur ne peut-elle pas périr et la saveur persister ainsi que la couleur, la pomme restant dans son intégrité ? »
Toutes les difficultés ne sont pas encore levées. Il est des fonctions qui participent de deux facultés différentes : ainsi, la respiration, qui occupe une si grande place dans la nutrition, n’est pas moins évidemment sous l’influence de la volonté. La faire rentrer uniquement ou dans la faculté naturelle, ou dans la faculté animale, ce serait de part et d’autre forcer les faits. Il faut donc admettre que les facultés, ainsi que les fonctions qui en dépendent, sont reliées entre elles par d’étroites sympathies , et que cet accord, pour être inexplicable, n’en est pas moins réglé par des lois constantes. La lésion de l’une des facultés retentit sur les autres d’autant plus violemment et d’autant plus vite, que la distance qui les sépare est moindre. La faculté naturelle entre plus facilement en sympathie avec la faculté vitale qu’avec la faculté animale, et les désordres de la faculté animale retentissent plus sur la faculté vitale que sur la faculté naturelle.
Mais, outre les désordres qui appartiennent, à proprement parler, à la pathologie, il en est d’autres d’une
FACULTÉS DE L’AME
nature toute morale, et qui reconnaissent pourtant une cause organique; ce sont les passions. Elles aussi sont dues à un mouvement des esprits; mais ce mouvement qui trahit d’une manière si vive les troubles de l’âme , et s’exprime instantanément par les mille nuances de la physionomie, ne saurait se concevoir sans deux nouvelles facultés, dont la création est un emprunt fait par l’école à la philosophie platonicienne. Ce sont les facultés concupiscible et irascible. La première donne naissance à celles de nos passions qui, contenues dans de justes limites, ne sont que l’expression légitime de nos besoins; elle constitue les appétits. La seconde, outre la notion d’un besoin à satisfaire et d’une fin à remplir, emporte avec elle celle d’un obstacle à vaincre. Liée intimement aux phénomènes de la nutrition, la faculté concupiscible siège avec la faculté naturelle dans le foie, et de là, par l’intermédiaire des veines, elle envoie des esprits à tous les organes. La faim, la soif, le besoin de respirer, sont autant de témoins irrécusables de sa présence, et si l’attrait qui pousse l’homme à l’union des sexes est si énergique, c’est que les veines correspondantes, naissant presque immédiatement au-dessous du foie, portent avec une extrême promptitude aux organes qu’elles alimentent un sang et des esprits imprégnés de désirs. L’amour, la haine, le désir, l’aversion, le plaisir et la douleur sont les passions les plus simples produites par la faculté concupiscible. Elles dépendent du mode suivant lequel les esprits tendent à se précipiter au dehors ou à se retirer au dedans. Par des mou-