‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 195 sur 223 · CE QUE MOLIÈRE A PU LUI PRENDRE · texte numérisé non relu

CE QUE MOLIÈRE A PU LUI PRENDRE

changer de maître, et il n’avait assurément besoin des leçons de personne pour apprendre à observer les hommes. On reconnaît pourtant en lui un esprit qui a senti le joug; il l’a brisé, mais il l’a connu de près. Ce qu’il a pris à Gassendi, ce qu’il a de commun avec lui, c’est un sentiment que la pratique de la vie a plus tard mûri dans son âme, c’est une horreur sincère et toujours éloquente pour tout ce qui est procédé d’école, classification inutile, formule toute faite ; c’est le mépris de l’érudition mise à la place de la science, des subtilités qui ne font qu’embrouiller les questions sous prétexte de les résoudre, et avant tout une aversion profonde pour tous les pédants, pour tous les discoureurs qui parlent sans rien dire, pour tous les tartufes de la science, qui prétendent enseigner ce qu’ils ignorent.

Ce sentiment perce partout dans ses ouvrages ; il lui avait inspiré ses premières pièces, dont il nous reste à peine un canevas : les Trois Docteurs rivaux , le Maître (T école , le Docteur amoureux ; et plus tard il lui fournit les éléments de l’un des caractères qu’il a le plus volontiers reproduits sur la scène : c’est par exemple le Métaphraste du Dépit amoureux , le Caritidès des Fâcheux , le Pancrace du Mariage forcé , le Vadius des Femmes savantes , et plusieurs autres encore, dont il serait facile de réunir les traits épars; l’un, bavard forcené qui disserte une demi-heure pour prouver comme quoi il se tait ; l’autre, qui raisonne à perte de vue sur la forme et la figure d’un chapeau; tous personnages gourmés et guindés, infatués d’un amas

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