MOLIÈRE DISCIPLE DE GASSENDI
de connaissances stériles, qui classent, divisent et subdivisent, qui vous diront sur chaque question ce qu’en ont pensé Aristote et tous les anciens, qui sont capables de répéter les mêmes choses en grec, latin, hébreu et syriaque, et qui n’ignorent qu’une chose, précisément celle qu’on leur demande, et qu’ils devraient savoir.
C’est là aussi le trait saillant des médecins de Molière. Tous sont des pédants ou des charlatans, deux espèces d’hommes bien voisines; à vrai dire, pourtant, je préfère le pédant. Celui-là, du moins, peut être sincère ; il est ferré sur ses principes, il connaît x\ristote et Galien par cœur, et cela lui suffit. « C’est un homme qui croit à ses règles plus qu’à toutes les démonstrations des mathématiques, qui croirait du crime à les vouloir examiner; qui ne voit rien d’obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difficile, et qui avec une impétuosité de prévention, une roideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées, et né balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu’il pourra vous faire : c’est de la meilleure foi du monde qu’il vous expédiera ; et il ne fera en vous tuant que ce qu’il a fait à sa femme et à ses enfants, et ce qu’en un besoin il ferait à lui-même1. »
Remarquez pourtant que ce n’est pas d’un pédant quelconque qu’il s’agit là, ainsi qu’ailleurs, mais bien spécialement d’un docteur imbu des plus pures doc-