CHAPITRE PREMIER
L'ancienne Faculté de médecine de Paris. — Son installation. — Ses .origines. — Son esprit. — Côté religieux de cette institution. — Le Doyen. — Les Élections. — L’Enseignement. — Les Examens.
— Les Grades. — Serment des Bacheliers. — Cérémonies de la Licence. — Les Thèses. — Bénédiction du Chancelier de l’Université.
— Le Paranymphe. — Le Doctorat. — L'acte pastillaire. — Sources auxquelles a pu puiser Molière pour la Cérémonie du Malade imayinaire. — Banquets. — Mœurs intimes.
I. A l’angle de la rue de la Bûcherie et de la rue de l’Hôtel Colbert1, existe une -vieille et sale maison, surmontée d’une espèce de tour ronde, qu’on prendrait volontiers pour quelque ancien pigeonnier abandonné ; repaire infect et malsain, qui menace ruine de tous côtés, et qui ne tardera probablement pas à disparaître, grâce aux embellissements croissants de la capitale, qui n’ont pas encore transformé ce triste quartier. Sur l’une des façades, on peut voir un écusson, avec cette inscription à demi effacée : Urbi et orbi salus. En montant, par
. Autrefois rue des Rcils.
l’ancienne faculté.
un escalier humide, au premier étage, on trouve une grande salle circulaire , divisée , pour les besoins de la location, en quatre pièces de forme irrégulière. Audessus de quelques niches vides creusées dans l’épaisseur du mur, règne une grande corniche, dont les sculptures délabrées représentent alternativement un coq, l’oiseau du dieu Esculape et l’emblème de la vigilance, et un pélican nourrissant ses petits, emblème du dévouement. Yeiller, et se sacrifier pour les autres : les deux grands devoirs, les deux grandes vertus du médecin ! Cette masure n’est, en effet, pas autre chose que l’ancien amphithéâtre de la Faculté de médecine. C’est là qu’ont tour à tour étudié ou enseigné les grands anatomistes du dix-septième siècle, Bartholin, Riolan, Pecquet, Littré, AVin slow.
C’était autrefois une dépendance d’un vaste et bel hôtel, abandonné déjà bien avant la Révolution, et dont il ne reste plus de traces aujourd’hui. Cet hôtel, bâti en 1492, sur un terrain acheté à un bourgeois nommé Guillaume Chanteloup, ne paraît pas avoir jamais eu grande valeur comme œuvre d’architecture. Dans un de ces discours d’apparat, si fréquents à l’époque qui va nous occuper, Gabriel Naudé1 décrit tout au long et avec une singulière complaisance les colonnes, les statues, les pilastres, les festons, les astragales, que la Faculté n’a pas, mais qu’elle pourrait avoir. En revanche, le tableau qu’il nous donne du local occupé par elle nous
1 . G. Naudé, De antiquilate et dignitate scholæ medicinæ Pari siensis.