‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 202 sur 223 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ce que les médecins ont dit de Molière. — Guy Patin et la comédie. — Attaque directe de la médecine dans le Malade imaginaire. — Éditions apocryphes de cette pièce. — Amitiés de l’auteur parmi les médecins. Bernier. Liénard. Mauvillain ; sa participation à la guerre de l’antimoine, son décanat. Nature de ses rapports avec Molière. — Élomire hypochondre , ou les Médecins vengés , comédie de Le Boullanger de Chalussay. — Indications à en tirer. — Détails sur la maladie de Molière. — Influence de l’état de sa santé sur ses jugements. — Conclusion.

I. Il serait assez piquant de savoir ce que les médecins ont dit de Molière. Esprit de corps à part, on aime, dans un procès quelconque, à entendre contradictoirement les deux parties. En les voyant si rudement malmenés, livrés en risée à ce même public qui, en définitive, compose la meilleure part de leur clientèle, n’y a-t-il pas des moments où l’on prend involontairement le parti de ces pauvres gens? Yont-ils répondre à la raillerie par des injures? vont-ils se gendarmer contre leur détracteur, ou s’avoueront-ils vaincus sans combat? Jaloux comme ils le sont de l’honneur de leur corps, n’opposeront-ils pas aux attaques dont ils sont l’objet, sinon un procès en forme, du moins une protestation ? On aimerait à l’apprendre. Malheureusement nous sommes réduits, sur ce point, à d’assez pauvres conjectures. Molière lui-même, assez intéressé dans la

CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE. 409 question pour savoir à quoi s’en tenir, nous apprend dans la préface du Tartufe que, bien différents des dévots, les médecins « ont souffert doucement qu’on les ait représentés, et ont fait semblant de se divertir, avec tout le monde, des peintures que l’on a faites d’eux. » Et de fait, si quelque scandale notable avait eu lieu, si, par exemple, il se fût élevé quelque procès en diffamation, nous le saurions par les contemporains, et à coup sûr on en trouverait la trace dans les registres de la Faculté. Or, ils n’en disent mot. 11 y a plusieurs bonnes raisons pour ne pas trop savoir gré aux médecins de s’être ainsi laissé dire leurs vérités.

La première et la meilleure, c’est qu’instruits, il est vrai, par la rumeur publique, du rôle qu’on leur faisait jouer dans la comédie, ils étaient pourtant loin de savoir au juste dans quelle mesure, sous quelle forme, et en quels termes ils étaient attaqués. Ceci pourra paraître un paradoxe. Mais il faut se reporter au temps : on ne saurait se figurer aujourd’hui jusqu’à quel point était porté alors l’esprit d’étiquette et le sentiment des convenances sociales. Un médecin, comme un magistrat , se serait fait montrer au doigt et se fût perdu dans l’opinion s’il eût paru au théâtre. C’était un passe-temps trop frivole pour les professions dites sérieuses. Consultons encore Guy Patin, l’homme assurément, parmi ses confrères, le mieux informé, le plus au courant de ce qui se passait autour de lui. La volumineuse collection de ses lettres ne contient en tout que cinq passages qui aient trait à Molière. Si l’on en

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