‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 203 sur 223 · CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE

omet deux , tout à fait insignifiants, restent trois endroits à citer. Les voici :

Le 23 septembre 1665, il écrit : « On joue présentement à l’hôtel de Bourgogne X Amour malade. Tout Paris y va en foule pour voir représenter les médecins de la cour, et principalement Esprit et Guénaut, avec des masques faits tout exprès; on y a ajouté Des Fougerais. Ainsi on se moque de ceux qui tuent le monde impunément. »

Ce passage n’est pas long , et il contient au moins trois erreurs. La première porte sur le titre même de la pièce. 11 s’agit évidemment de X Amour médecin; les dates sont tout à fait concordantes ; et c’est d’ailleurs la seule pièce du temps où les médecins de la cour aient été mis sur la scène. Guy Patin la confond avec ce ballet de X Amour malade dont j’ai parlé plus haut1, ballet qui avait alors cinq ans de date, et dont il devait avoir vaguement entendu parler. En second lieu, il place cette comédie à l’hôtel de Bourgogne, tandis qu’il est notoire qu’elle avait été représentée au Palais-Royal; et l’on remarquera combien cette seconde erreur est capitale, la rivalité des deux troupes à la mode étant alors un fait connu de tous les habitués des théâtres. Enfin il parle de masques faits exprès. Je sais que plusieurs commentateurs ont répété la même anecdote; mais si l’on prend la peine de remonter aux sources, on verra que c’est précisément en s’appuyant sur l’au-

. Voy. plus haut, p. 203.

GUY PATIN ET LA COMÉDIE

torité de Guy Patin. J’avoue que cette circonstance seule suffirait à me rendre son témoignage suspect. Comment se résoudre à admettre un fait aussi étrange, sur la simple parole d’un homme si mal renseigné sur tout le reste? — Que Molière ait eu la hardiesse de mettre en scène les premiers médecins de la cour, cela n’est pas douteux. Mais il y a loin de là à l’insulte grossière qui consisterait à les représenter sous leurs propres traits plus ou moins tournés en caricature. L’allusion, si transparente qu’elle puisse être, n’est agréable qu’à la condition de rester allusion, et de laisser au spectateur le plaisir de la deviner. A défaut du sentiment des plus simples bienséances, Molière aurait eu certainement trop de goût pour se permettre cette innovation, d’ailleurs étrangère à tous les usages de la comédie moderne. J’aime mieux croire qu’en rapportant ce qu’il sait de cette aventure, Guy Patin y mêle, sans s’en apercevoir, ses souvenirs de l’antiquité classique, qui ne le quittent jamais entièrement. Il sera I arrivé là ce qui se passe si souvent en pareille affaire :

1 un premier confrère aura conté l’anecdote purement et i simplement, un second aura changé le titre et le lieu i de la représentation, un troisième aura ajouté l’histoire I des masques, comme s’il s’agissait d’une comédie de Plaute ou d’Aristophane, et, d’enjolivement en enjoli- I vement, le fait sera arrivé aux oreilles de Guy Patin, tout défiguré. En tout cas, si la foule s’est portée, comme il le dit, à X Amour médecin , il est certain que lui du moins ne s’y trouvait pas.

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