‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 205 sur 223 · CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE · texte numérisé non relu

CE QUE LES MÉDECINS ONT DIT DE MOLIÈRE

ridicules et les vices de ses confrères; sorte de pamphlétaire, qui aurait joué dans la médecine à peu près le rôle de Boileau dans la littérature. Il n’y a guère d’édition de Molière où l’on ne renvoie le lecteur au célèbre épistolier, comme au redresseur universel des torts de la médecine. Je regrette de voir un éminent critique de nos jours tomber dans cette méprise : M. Philarète Chasles s’est attaché à démontrer que Molière n’avait fait que suivre un courant d’idées déjà prédominant avant lui. « Guy Patin et Gassendi, dit-il, avaient soulevé contre eux (les médecins) et leur hypocrisie doctorale l’indignation des classes élevées... Le mépris de la médecine était devenu une opinion populaire. » J’ignore où M. Philarète Chasle a pu puiser cette appréciation de Gassendi. Quant à Guy Patin , il suffît de le lire pour se convaincre que, tout au contraire, jamais homme ne poussa plus loin le respect de sa profession ; il en est fier, il la célèbre à chaque pas comme le premier et le plus utile des arts. Et l’on veut faire de lui l’accusateur public des médecins de son temps! Il est vrai que ses lettres sont pleines de traits mordants contre ceux qui compromettent , à ses yeux, ce beau titre dont ils se rendent indignes. Mais l’énergie même de ces sarcasmes prouve la pureté du sentiment qui les inspire. D’ailleurs, ne l’oublions pas : c’est à huis clos en quelque sorte, c’est dans l’intimité de ses épanchements avec un confrère, qu’il gémit des misères du métier, et ce qui ajoute un charme de plus à ses aveux et à ses emportements, c’est qu’ils n’ont jamais été des-

GUY PATIN ET LA COMEDIE

tinés à voir le jour. S’il eût soupçonné le parti qu’on a essayé d’en tirer depuis, j’estime qu’il eût préféré se taire, et qu’il ne se fût jamais pardonné d’avoir pu contribuer en quoi que ce soit au discrédit de sa compagnie et de son art.

Il y a une autre explication beaucoup plus naturelle : c’est qu’il en est un peu de la comédie comme du sermon; on ne l’entend qu’en y mettant aussitôt le correctif de l’amour-propre; les vérités qu’on y découvre, on sait à merveille les appliquer à son voisin, jamais à soi-même ; chacun fait volontiers chorus avec la satire, par la raison qu’il ne s’aperçoit pas de la part qui lui en revient. Guy Patin et, je le crois, la plupart de ses confrères ne pouvaient trouver qu’excellent de voir les médecins de la cour publiquement désignés au ridicule. C’était un monde à part qu’on pouvait attaquer sans qu’ils se crussent atteints, et il est bien possible que plus d’un se soit imaginé que Molière n’en agissait ainsi que pour défendre la bonne cause. Qui donc aurait pu se plaindre? Les personnages mêmes qui se voyaient ainsi travestis et bafoués? Mais ceux-là avaient une excellente raison pour se taire : c’est que Molière n’avait évidemment pu les jouer qu’en vertu d’un secret accord entre lui et leur maître à tous, Louis XI Y, alors jeune, ami du plaisir, et bien portant !. Ce n’est pas un des moindres inconvénients attachés au métier de cour-

1. On connaît le mot de Louis XIV à cette occasion : « Les médecins font assez souvent pleurer pour qu’ils fassent rire quelquefois. »

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