NOBLESSE DES MEDECINS
c’est-à-dire des héros de l’antiquité , ne doit-on pas croire que les nobles qui exercent cet art ne dérogent point, et qu’ils jouissent des privilèges attachés à leur naissance?... Mais si un docteur en médecine trafique de drogues et épiceries, il doit contribuer aux subsides. Si, au contraire, il ne fait aucun trafic, il est exempt de toute contribution. » Cette dernière considération exclut évidemment de la noblesse les apothicaires et les chirurgiens.
Mais il ne s’agissait pas seulement de ne pas déroger. Il s’agissait, pour les roturiers, de s’anoblir par le fait même de l’exercice de la médecine. Ici il faut s’entendre. On distinguait sous l’ancien régime bien des espèces de noblesses. Delarroque en admet vingt. S’il eût écrit cinquante ans plus tard, il en eût compté bien davantage : au moment où la Révolution supprima les privilèges, la France entière était en chemin de devenir noble. Il y avait déjà jusqu’à des conseillei's du roi , lan gueyeurs de porcs ! — Au dix-septième siècle on reconnaissait surtout trois espèces de noblesses : celle de race , dont on ne pouvait coter le commencement, celle de concession qui était conférée par le roi , et l’on sait quelle extension elle commença à prendre sous Louis X1Y ; il y avait enfin une noblesse personnelle ; telle était, par exemple, celle qui était accordée en masse à la bourgeoisie de certaines villes du royaume. Celle dont les médecins se paraient de temps immémorial ne signifiait en réabté rien autre chose. « La noblesse que l’esprit et la science impriment dans la personne des
LA PROFESSION
docteurs ne doit faire ombrage à personne... elle est purement honoraire et comme momentanée, elle s’évanouit dès que la personne cesse d’être, ou du moins cette sorte de noblesse n’est transmissible dans une famille qu’autant que le mérite et la science y sont héréditaires1. »
La question véritablement pratique était celle de l’exemption d’impôt. A Paris elle avait peu d’importance. Les docteurs, en leur qualité de membres de l’Université, jouissaient de toutes sortes d’immunités et de privilèges, c’était l’essentiel. En province c’était autre chose, dans le Midi surtout. Les pays de droit écrit revendiquaient énergiquement ce privilège de la profession, au nom des traditions du droit romain2. Montpellier était plein de ces souvenirs. En Dauphiné (comme dans le comtat d’Avignon) les médecins et autres docteurs étaient nobles, d’une noblesse réelle et transmissible, faisant souche pour être reçus dans l’ordre des chevaliers de Malte. A Lyon, on se souvenait avec orgueil qu’Antonius Musa ayant été assez heureux pour guérir l’empereur Auguste d’une grave maladie, le prince et le sénat lui accordèrent, à lui et à tous ceux qui exerceraient dans la suite la profession de médecin, le droit de porter l’anoeau d’or. Aussi le collège de cette