LA CLIENTÈLE
rigoriste et formaliste avant tout. Aussi je m’étonne de le voir ajouter l’instant d’après : a L'on nous assembla un jour trois de nous autres avec un médecin de dehors pour une consultation où j’arrêtai toute l’affaire, et ne voulus point endurer qu’on opinât si les choses n’allaient dans l’ordre. » — Un médecin de dehors! que pouvait-ce être, sinon un docteur de Montpellier ou quelque empirique de province? Et M. Tomès a consenti à consulter avec lui ! « La malade mourut bravement pendant cette contestation. » Voilà à quoi l’on s’expose quand on sort des règlements.
Car là-dessus les règlements étaient formels : Nemo cutn empiricis , aut a collegio medicorum Parisiensium non probatis medica consilia ineat. Sans parler des docteurs de Montpellier, gens honorables d’ailleurs, et dont nous raconterons bientôt les tentatives, Paris était inondé, alors comme aujourd’hui, d’une foule de charlatans de toute sorte, vendeurs d’orviétan, médecins ambulants, chiromanciens, diseurs de bonne aventure (les somuambules n’étaient pas encore inventés) ; alors comme aujourdhui, ces guérisseurs de rencontre avaient le privilège d’inspirer la plus grande confiance, je ne dis pas au menu peuple, mais aux belles marquises et aux grands seigneurs, fort sceptiques en fait de médecine, mais fort croyants sur ce point. Tout cela, en y ajoutant le droit qu’a la comédie de dépasser un peu la vraisemblance, explique suffisamment tous ces rôles de médecins improvisés qui abondent dans les pièces de Molière : Toinette déguisée en « médecin passager,