LA CONSULTATION
allant de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d’illustres matières à sa capacité; » Clitandre, transformé en chiromancien, et ayant des remèdes différents de ceux des autres. Ils ont l’émétique, la saignée, les médecines et les lavements. Lui guérit par des paroles, par des sons, par des lettres, par des talismans, et par des anneaux constellés; sans compter le fagotier Sganarelle, devenu médecin et presque thaumaturge par peur des coups de bâton.
Pour lutter contre de tels rivaux, la première chose à faire était de refuser absolument toute consultation avec eux; et je ne crois pas qu’aucun membre de la Faculté y ait jamais manqué. C’eût été le moyen infaillible de se faire expulser : on l’était à moins. Faut-il en conclure que la comédie ait tort, et que même entre amis il n’y eût jamais ni contestation, ni querelle ? Ce serait bien mal les connaître, et j’ajoute bien mal connaître le cœur humain. Sous ce rapport, Molière a cent fois raison ; et la peinture qu’il nous a laissée de ces petites passions , de ces petites vanités rancunières et tracassières, n’est pas de ce temps-là seulement, mais de tous les temps; c’est à chacun de nous, en voyant ce tableau toujours vrai de nos travers, de s’y reconnaître, s’il le veut, et de se corriger, s’il le peut.
Il est d’ailleurs à remarquer que Molière a mis le remède à côté du mal, et que si ses docteurs comiques se prennent de querelle, il y a là M. Filerin pour les réconcilier au nom de l’intérêt commun. Les commenta-