‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 37 sur 223 · SES OPINIONS EN PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

SES OPINIONS EN PHILOSOPHIE

portée de ses écrits. Il en parle à plusieurs reprises, mais simplement à titre de renseignement : « C’est un savant homme qui a beaucoup écrit, et n’a rien fait que de bon. » Voilà un jugement qui ne le compromet pas. Pour lui, le véritable rival de Descartes, c’est Gassendi. Le philosophe provençal a ce double mérite d’être en communauté d’idées avec lui, et, de plus, d’être son client. Aussi épuise -t-il en son honneur toutes les formules de l’admiration. « C’est un abrégé de vertu morale et de toutes les belles sciences. » 11 se croit responsable envers le public d’une santé si précieuse. Mais ses conseils ne sont pas toujours écoutés, et c’est une chose assez plaisante de voir parfois comme il gourmande cet Épicurien, qui s’obstine à faire son carême malgré les ordonnances de la Faculté. Lorsque la mort le lui enlève enfin, il a pour le pleurer des paroles attendries, auxquelles vient se mêler presque aussitôt un peu de cette ironie qui ne l’abandonne jamais entièrement : « J’aimerais mieux que dix cardinaux de Rome fussent morts : il n’y aurait pas tant de perte pour le public! » C’est ici, en effet, un nouveau trait de son caractère. Le cardinal Mazarin l’avait rendu sévère pour les cardinaux, et il en rejaillit quelque chose sur tout ce qui se rattache à eux de près ou de loin. — Bayle, qui avait peut-être ses raisons pour cela, a dit quelque part que le symbole de Guy Patin n’était pas chargé de beaucoup d’articles ; et son éditeur, M. Réveillé- Parise, va jusqu’à induire de quelques plaisanteries sur la confession et sur le célibat des prêtres, qu’il avait embrassé, au

GUY PATIN

moins secrètement, le protestantisme. 11 existe dans ses Lettres plusieurs preuves péremptoires du contraire. Le fait est qu’il a, de temps en temps, de terribles boutades, et que, dans ses saillies sarcastiques, il lui arrive, comme il en convient, « d’aller jusque fort près du sanctuaire, » si tant est qu’il n’y pénètre pas. Et pourtant, malgré tout, ce n’est pas un libre penseur ; c’est simplement un libre causeur. Il n’est pas théologien, ne veut pas l’être ; il tient à une certaine indépendance philosophique, qu’il croit nécessaire à sa profession ; et tout en acceptant en bloc ce qu’il considère comme un article de foi, il ne se préoccupe pas du détail. « Credo in Deum Christum crucifixum, etc. De minimis non curât prætor. » Comme on le voit, il y a pourtant loin de là à cet autre symbole d’un sceptique anglais :

« Je crois en Dieu amen. » Sans être engagé dans

le parti janséniste (et il s’en félicite) , il lui est favorable de toute la haine qu’il porte aux jésuites. Contre « ces maîtres passefms, cette vermine des loyolites, » toutes les injures lui sont bonnes : il ne les appelle que « les carabins, les argoulois du Père Ignace, et la plus méchante peste de gens qui soient au monde. » Il se fait contre eux l’écho des calomnies les plus atroces, et cela de l’air le plus candide du monde. Des jésuites aux moines il n’y a pas loin. « Je voudrais, dit-il, que toute l’espèce et tous les individus, et les moines, et les moineaux, et les moinillons, fussent tous dans l’eau jusqu’au cou. Ah ! qu’ils seraient bien là ! Ah! le beau déblai de chétive marchandise ! Que l’Europe serait heureuse ce

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