SES OPINIONS EN RELIGION
jour-là ! » — 11 ne ménage guère davantage ce qu’il appelle « les fanfreluches romaines et papimanesques, » et il lui arrivera même de parler en terme fort peu catholiques du feu du purgatoire, comme d’une invention propre à «faire bouillir la marmite des cardinaux. » J’en passe, et des plus fortes.
Il y a donc dans Guy Patin un levain d’irrévérence que je ne me charge pas de dissimuler ; encore moins voudrais-je le donner comme représentant absolument en cela l’opinion de ses confrères. Tous ces traits un peu fortement accentués lui sont personnels. Toutefois, la part faite à ces gaietés de style dont il ne peut se défendre, ce n’est point un impie, et l’impiété même lui fait sincèrement horreur. Il ne peut souffrir « ces courtisans enragés et athées, » ni ces fanfaronnades d’incrédulité, qui étaient alors de mise dans un certain monde. Il s’en tient à la liberté de conscience , et ne veut pas qu’elle dégénère en liberté d’insulte aux choses saintes. Il croit fermement à la Providence ; mais il ne veut pas qu’on la fasse intervenir à chaque pas, et selon la fantaisie de chacun. Un assassin vient d’être arrêté et pendu : tout le monde y Voit le doigt de Dieu ; lui, remarque que Dieu eût mieux fait s’il eût sauvé la vie de la victime. Est-il surpris et confondu par la marche des événements de ce monde, a-t-il à s’indigner du triomphe des méchants? Il s’écrie avec une douloureuse éloquence : « Je perds pied dans les abîmes de la Providence ! » Pourtant, il se résigne, et il attend avec conliance des temps meilleurs. 11 croit à l’efficacité de la
GUY PATIN
prière, et proteste énergiquement contre le vers du poète :
Desine fata Deûm flecti sperare precando.
Enfin, il s’en remet volontiers à la vie future du soin de remettre chaque chose à sa place. « Un ancien a dit : Je ne voudrais pas mourir, mais je ne me soucierais point d'être mort. Un autre dit que c’est quelque chose que d’être mort, et que la mort ne finit pas tout ; et, en tout cela, je suis de l’avis de notre curé. » C’est sa conclusion.
Or, savez-vous ce qu’il espère dans l’autre monde? C’est de se retrouver avec ses bons amis, avec ces honnêtes gens dont il fait sa conversation de chaque jour, et qui s’appellent Homère, Aristote, Hippocrate, Cicéron, Virgile, Pline, Juvénal. C’est là le cercle familier de ses lectures. 11 ne quitte l’antiquité que pour y revenir toujours ; il la connaît, il la savoure, il s’en pénètre; il la cite à tout moment, il parle latin quand il veut se mettre à son aise. Les modernes ne valent qu’autant qu’ils se rapprochent des anciens. Aussi ses premières affections littéraires sont-elles pour ces grands érudits du seizième siècle qui ont, en quelque sorte, reconstruit l’antiquité à force de savoir et de patience. Il note comme un des plus beaux jours de sa vie celui où il a reçu une lettre de M. Saumaise. Il ne parle de Casaubon, de Scaliger, que comme d’hommes incomparables. 11 suit avec une attention émue les travaux de tous ces savants en us qui enrichissent la Hollande de leurs infolio : Grotius, Heinsius,Gronovius, Schoockius. Quant