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SES OPINIONS EN LITTÉRATURE

aux Français, il ne goûte guère que ceux de nos vieux auteurs, qui sont restés pour nous comme les représentants de l’esprit gaulois, mais qui, dans leur temps, n’en étaient pas moins des latins renforcés : Rabelais, Montaigne, et surtout Charron, dont la Sagesse lui paraît un livre divin.

Avec de pareils modèles, dont son style se ressent à chaque instant, on conçoit que Guy Patin ne puisse s’associer à ce mouvement littéraire du dix-septième siècle, qui va renouveler la langue en lui- donnant sa perfection, et qui, bien qu’inspiré de l’antiquité, la transforme et l’adapte aux besoins de l'esprit nouveau. Ce mouvement, on ne peut pas dire qu’il le combatte ; il ne le soupçonne pas. Il est vrai qu’il reconnaît dans Pascal un « admirable écrivain, » mais il ne voit en lui que le janséniste et l’adversaire des jésuites ; et plus tard, bien qu’il ait assisté à l’aurore du grand siècle, et qu’il en ait vu les plus belles splendeurs (il ne meurt qu’en 1673, l’année même de la mort de Molière), il y reste profondément étranger, et ces chefs-d’œuvre sont pour lui lettre morte. Il est trop vieux pour changer ; son moule est pris, et il meurt sincèrement persuadé d’avoir assisté à un temps de décadence littéraire. Tout au plus, a-t-il pris la peine de lire les lettres de Balzac et de Voiture. Il dit bien un mot de M. Corneille , illustre faiseur de comédies; il a entendu parler de Racine ; mais il est fort douteux qu’il les ait lus ni l’un ni l’autre, et, en tout cas, il leur préfère assurément Chapelain, qu’il voit fréquemment chez Gassendi.

GUY PATIN

YI . En politique, Guy Patin est de ces esprits pour qui l’opposition est un besoin et comme une seconde nature ; il croit la corruption et la fourberie inséparables du pouvoir; il se fait un devoir de conscience de fuir le commerce des gens en place; il ne voit dans la cour qu’une réunion de bandits ; les grands seigneurs, quels qu’ils soient, sont pour lui des anthropophages . Voilà les dispositions qu’il apporte pour juger les événements de son siècle; du reste, il n’est nullement révolutionnaire, et, s’il prêche la résistance, c’est au nom du bon vieux temps. Tant que dure le pouvoir de Richelieu, il y met une certaine réserve ; il est loin de l’aimer, malgré quelques éloges qu’il lui donne par-ci par-là dans sa correspondance; le despotisme, de quelque part qu’il vienne, lui est odieux. Mais le terrible cardinal sait si bien se faire respecter, qu’il n’ose pas en parler, même à huis clos ; et, à la manière concise dont il raconte ses faits et gestes, on sent percer une secrète colère, qui se devine plutôt qu’elle ne se voit. La mort même du ministre ne le rassure pas entièrement. Etiam mortuus imperat. Ce n’est qu’un peu plus tard qu’il se décide à donner son appréciation, laquelle n’a rien de transcendant , et n’est nullement gravée avec le burin de l’histoire. « Pour le cardinal de Richelieu, c’était une bonne bête, un franc tyran... » et il se met à raconter sur son compte quelques anecdotes scandaleuses, d’origine suspecte. Cette haine rétrospective ne fait que croître avec les années, et il célèbre ainsi son anniversaire en 1661 : cc II y aura demain dix-huit ans que le diable, à ce qu’on

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