‹ Les médecins au temps de MolièreChapitre 40 sur 223 · SES OPINIONS EN POLITIQUE · texte numérisé non relu

SES OPINIONS EN POLITIQUE

dit, emporta le cardinal de Richelieu. » Voilà son impartialité. Il faut ajouter, pour être juste, que Guy Patin a été lié d’amitié avec l’infortuné de Thou, et que, resté fidèle à cette chère mémoire, il ne peut séparer le nom du persécuteur de celui de la victime.

A Richelieu succède Mazarin, et si les affaires n’en vont guère mieux à son gré, du moins on peut avoir son franc parler, et il en use. Sa haine contre le nouveau cardinal n’est pas le fruit de l’expérience, elle est instinctive et s’exhale dès le début. : « 11 n’en faut parler ni en mal, de peur de déplaire au roi, ni en bien, de peur de mentir. » Mais bientôt la crainte de déplaire au roi ne l’arrête plus, à ce qu’il paraît, s’il faut en juger par l’intarissable kyrielle d’injures dont il poursuit à tout propos «cet Italien astucieux, cet étranger de malheur, ce faquin, ce fripon, ce filou, ce pantalon sans foi, cet escroc titré, ce bateleur à longue robe, ce comédien à rouge bonnet, etc. » Voilà de ses douceurs. Ne lui parlez pas des réelles qualités du ministre, de ses talents de négociateur, de ce qu’il fait pour la grandeur extérieure de la France au moment même de sa plus plus grande impopularité. Guy Patin n’entend rien à toutes ces finesses de la politique 1 . Son système est fort simple : guerre à mort contre tous les impôts. C’est là ce qui excite le plus sa verve railleuse : « Le cardinal Mazarin se porte mieux. En voulez-vous une marque certaine? C’est qu’on ne parle plus ici que d’impôts et

i. Une seule fois, cependant, il rend justice à Mazarin. C’est lors de l’alliance conclue avec Cromwell.

106 GUY PATIN

de subsides. » On vient de mettre une taxe sur le vin : « Heureusement, dit-il, il nous reste la Seine ! » Il voit venir le temps où « l’on mettra un impôt sur les gueux qui se chaufferont au soleil... » Ailleurs il le prend sur le ton sérieux, et pendrait volontiers le cardinal. Aussi la Fronde le trouve-t-elle prêt. Par moments, on croirait qu’il va prendre les armes : « Je suis bon serviteur du roi, mais si on m’attaque dans ma maison je ferai comme les autres, je me défendrai tant que je pourrai. » Guy Patin eut réellement à pâtir des troubles publics : sa maison de campagne dé Cormeilles fut pillée, paraît-il, par un parti de troupes royales. Mais il n’avait pas besoin de ces raisons personnelles. S’il est aveugle et injuste dans ses rancunes, on ne saurait lui refuser un grand fonds de probité, et un sentiment très-vif des misères publiques. Ses sympathies parlementaires ne lui font pas illusion sur le mérite des meneurs qui exploitent la situation à leur profit. Le récit animé qu’il nous fait des émeutes et des barricades n’est pas sans quelque ironie pour ce pauvre peuple, qui se jette ainsi à corps perdu dans des entreprises tumultueuses, d’où ne peut résulter qu’un nouvel accroissement de ses maux. Hic et alibi venditur piper. La popularité du duc de Beaufort auprès des dames de la Halle ne lui fait point envie. D’ailleurs Beaufort, lui aussi, est un grand seigneur, et l’on n’en peut attendre rien de bon. Guy Patin s’en défie, ainsi que du coadjuteur. L’impertinence et la platitude des Mazarinades blesse au vif son bon goût littéraire. Bref, on sent qu’il serait bientôt de

Page 1